L’arrivée de Jodie Taylor (OL Reign, filiale de l’OL aux USA) pour six mois de contrat (31 décembre 2020) est vue comme un avantage pour l’Olympique Lyonnais. les arguments pour le reconnaître ne sont pas nombreux mais celui-ci, tient : “la liaison entre l’OL Reign et l’Olympique Lyonnais, sa maison mère, ne sont plus des hypothèses. Avec ce premier transfert, elle est une réalité.”

Après, le reste est discutable. Notamment la solution qui a été de se fournir aux Etats-Unis pour tenir compte de la guérison totale de la blessure d’Ada Hegerberg, de fin Janvier 2020 (source : l’Equipe). Une rupture des ligaments croisés qui a du mal à se solutionner. En effet, à titre de comparaison, l’internationale allemande Sarah Däbritz (PSG), s’est faite le ligament intérieur latéral mi-décembre 2019 (source LeParisien) ; elle était sur la feuille de match de la Coupe de France face à Bordeaux. Son entrée sur le terrain a montré sa disponibilité totale.

Ce qui pose la question du staff médical lyonnais. Déjà interpellé avec six ruptures de ligaments du genou (source Le progrès) pendant la saison 2019-2020. Le club avait mis en place un audit interne concluant à de la malchance.

L’OL pose la question de la concurrence interne.

Comment comprendre que dans le club qui recrute le plus au Monde, et qui signera avec Jodie Taylor, sa 35ème joueuse professionnelle pour la saison 2020-2021 -un record européen-, personne n’ait été recrutée en début de saison pour faire concurrence à la Ballon d’Or 2018, dont les performances 2019 ne sont pas à la hauteur du Top mondial ?

Cela ne peut pas être un problème de budget. L’Olympique Lyonnais ayant montré depuis longtemps qu’il n’était pas une contrainte car auto-financé pour partie par des partenaires féminins exclusifs, lui permettant d’être en tête sur le plan européen avec 7 millions alloués aux féminines de la D1F.

Si ce n’est pas un souci financier, alors le choix des recrutements est à revoir comme la formation.

Avec 10 joueuses portées comme attaquantes sur le site officiel du club rhodanien, ne pas avoir une solution de remplacement interpelle.

Cela pose même un problème de confiance pour celles dont la photo apparaît sur le site officiel mais qui disparaisse sur le terrain, choix du coach ! A quoi servent-elles ?

Une dépendance Ada Hegerberg très prononcée.

Pourquoi ne pas avoir de nouvelles grandes signatures offensives ? Une situation compréhensible du simple fait que toutes les très bonnes joueuses européennes sont sous contrat ailleurs et ne veulent pas faire banquette à l’OL considérant que les numéros sont déjà attribués. Notamment celui d’Ada.

Imaginez qu’elle n’a joué que 13 matches sur les 16 en 2019-2020, mais son décompte de minutes sur le site statsfootofeminin est de 1.144′ quand Delphine Cascarino, la seule à avoir joué les 16 rencontres a fait 951′, Nikita Parris 853′ pour 15 matches et Eugènie Le Sommer, 721′ pour 11 matches. Allez trouver une avant-centre avec une telle exclusivité pour la Ballon d’Or 2018.

Où est la formation lyonnaise ? 

On comprend la difficulté de recruter sur ce poste ; moins si on examine la formation lyonnaise, appelée à produire de la concurrence et dont on ne peut que constater, l’incapacité à faire entrer des jeunes dans le groupe de l’élite. A part Selma Bacha (19 ans) et Delphine Cascarino (23 ans) plus tôt, où sont les U19 et U20 lyonnaises ?

Tout le monde sait qu’il n’y aura pas de championnat réserve des clubs de D1F comme une nouvelle classe d’âge entre les U19F et les plus jeunes. Malheureusement les jeunes non-titulaires sont condamnées à jouer en régional (baisse de niveau) ou en D1F, sinon rien à part les entraînements.

Peut-être que l’Olympique Lyonnais doit prendre le risque de faire jouer plus de jeunes et s’appuyer sur le reste du groupe pour aller chercher des victoires, même difficiles ; plutôt que de jouer la “sécurité” des forces internationales d’un onze lyonnais titulaire -de par trop- perdant comme tout le monde, au fil des saisons, sa différence athlétique et surtout mentale. Au-delà de 30 ans, d’autres questions se posent dans l’existence des sportives de haut niveau.

Autre interrogation. N’aurait-il pas fallu laisser partir Dzsenifer Marozsan et prendre le risque de lancer un nouveau challenge quand la capitaine de la Mannschaft a signé pour trois nouvelles années. Qui viendra à ce poste pendant cette période ? Pour quel intérêt si les titres échappent à l’OL, poussé par la concurrence internationale ? Il en est de même pour Sarah Bouhaddi (quatre ans supplémentaires).

Quand des joueuses veulent vivre autre chose ; produisent-elles la même performance sur le terrain si elles restent ? Tous les coaches vous diront de changer -ce qui est naturel- plutôt que de conserver.

L’OL met la barre haute pour le onze lyonnais. Peut-être trop haute, sans prise de risque ; les subissant maintenant avec le temps.

Quant aux autres postes.

Quant au recrutement des autres postes, on a vu plus d’un profil lyonnais signer et avoir un temps de jeu famélique, faisant reculer la signature de joueuses en devenir, comprenant que les places sont chères et quasiment numérotées. La rémunération lyonnaise du passé (salaire) se trouve en Europe dorénavant, même si elle est inférieure – elle est suffisante-, et elle garantit le temps de jeu que toutes cherchent.

Que peut apporter Jodie Taylor ?

C’est dans cet ensemble que l’Olympique Lyonnais attend tout de Jodie Taylor, internationale anglaise, baroudeuse avec un 14e club à son palmarès depuis 2002, à un âge 34 ans, où jouer devant est plutôt rare, compte tenu du déficit de performance à en attendre. Tout le monde ne peut pas se prétendre Abby Wambach, 40 ans, meilleure buteuse mondiale pendant longtemps, et qui est restée avant-centre jusqu’à 35 ans.

D’ailleurs, le tournoi de la NWSL 2020 est implacable en terme de constat : aucun but pour l’avant-centre de l’OL Reign, aucune passe décisive, quatre tirs tout au plus sur cinq matches. Evoluant il est vrai dans un schéma défensif de Farid Benstiti. On peut penser qu’elle sera plus prolifique avec les qualités lyonnaises de ses partenaires ?

Sauf qu’il faut aussi constater que le Paris Saint Germain et les cinq autres écuries européennes qualifiées (FC Barcelona, Atletico Madrid, Bayern Munich, Wolfsburg, Arsenal) pour le tournoi UEFA de la WCL 2020 (21 au 30 Août) sont au moins du niveau des franchises américaines rencontrées par l’OL Reign, donnant deux matches nuls (0-0), 2 défaites et 1 victoire pour un seul but de marqué par Bethany Balcer à la 91′. Toutes équipées d’une défense internationale expérimentée. Rien ne garanti que Jodie Taylor trouvera des solutions qu’elle n’a pas trouvée pour le titre NWSL 2020. Sans oublier Glasgow Ladies capable de mettre le bus sur un match sec.

Les coaches jouent-ils la bonne carte ?

Reste la stratégie et la confiance des joueuses. A mon avis entamé. Comment peut-on dire et penser que les trois matches de préparation se sont bien passés (9-0 face au Champion de Pologne) et le dimanche suivant, constater une véritable difficulté à renverser un Guingamp bien assis sur son football (1-0). Cela veut dire que l’oeil du staff -dont c’est le métier- a été défaillant.

Le niveau pratiqué à Guingamp et son constat aurait dû enchaîner une arrivée plus rapide de l’anglaise quand on sait, placée comme joueuse à la fin des actions, qu’elle doit avoir passé le maximum de temps avec l’équipe, pour comprendre la passe qui va arriver -en excluant les hors jeu- et pour ses partenaires, de quelle manière lui adresser le ballon, en fonction de ses déplacements.

On doit s’interroger sur le regard du staff de Jean-Luc Vasseur et se poser la question : ne commet-il pas une erreur en ne faisant pas jouer Emelyne Laurent (22 ans, dans le groupe des 23 de Corinne Diacre pour la Coupe du Monde 2019) et Melvine Malard (20 ans), ne les jugeant pas encore au niveau du jeu de l’OL. De la même manière, le prêt de Jessy Daniele Roux (20 ans) à Soyaux se justifie-t-il ?

Le mois d’Août répondra à tout cela.

Au bilan, il est quand même incroyable qu’avec 28 joueuses déclarées pour le groupe de la D1F, quand le Paris Saint Germain en a 23 et que Wolfsburg, son concurrent européen en compte 22 ; il faille aller chercher un 29e profil pour jouer une Coupe d’Europe 2020.

En plaçant la barre trop haut ; l’OL ne prend pas de risques. C’est pas bon signe pour l’avenir quand les autres s’améliorent.

William Commegrain Lesfeminines.fr