Montpellier veut des entrées financières du football féminin.

On ne peut pas s’intéresser à Montpellier sans intégrer l’état d’esprit de Laurent Nicollin à l’égard du football féminin. Le Président montpelliérain ne supporte plus d’avoir à payer une équipe de football féminin sans aucun retour financier, faisant là, dans son esprit -gratuitement- le travail de la FFF, puisque le football féminin est géré dans la sphère amateur du football. Quelques années cela va. Dix huit plus tard, la Coupe était pleine.

Dans ce cadre, l’Association du Football Professionnel Féminin créée en Janvier 2020 est sa première réponse. La seconde est passée par l’apport des clubs professionnels de 6 millions d’euros aux clubs professionnels masculins détenant une section féminine ; délégué à l’AFPF dont le Président est Laurent Nicollin et qui sera réparti, en totale autonomie, à 85% pour les clubs professionnels ayant une section féminine en D1F et 15% pour ceux en ayant une en D2F. Après avoir extourné 175.000 € à chacun des trois clubs amateurs de la D1F (Soyaux, Fleury, Issy FF).

Pourquoi ce transfert, rare dans le football féminin ?

La troisième réponse se voit dans le transfert en cours de Valérie Gauvin au club d’Everton (Ang, 5e de la FAWSL). L’internationale française, titulaire actuelle sous le coaching de Corinne Diacre, sélectionneuse française, en fin de contrat en 2021, serait partante -dans l’attente de la visite médicale de rigueur- pour le club anglais le plus au Nord Ouest des douze clubs de la Barclay’s FAWSL.

Il faut savoir :

  • L’Espagne a mis une clause dans ses règlements et toute prise directe d’un club vers un autre entraîne une indemnité de formation à payer de 500.000 €.
  • Sakina Karchaoui est partie de Montpellier libre en 2020. Un sacré potentiel que le club a formé pour la voir partir sans contrepartie. Potentiellement, un transfert qui aurait été à six chiffres sans interrogation.
  • La Covid-19 couterait une quinzaine de millions à Montpellier dans un marché de transfert masculin qui se raréfie ; source non-négligeable de l’équilibre des comptes des clubs professionnels masculins.

Dans ce cadre, chaque sou est un sou.

Expression possédant le mérite de la clarté, appliquée dans un cadre pragmatique, donnant le constat suivant pour la D1FArkema.

La réalité sportive passée met l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint Germain aux deux premières places européennes. Les recrutements présents des deux clubs cités le confirme.

Montpellier doit donc se battre pour la troisième place, attribuant pour la première fois une place européenne. Il ne reste plus qu’une seule réponse à obtenir :

Montpellier a-t-il les joueuses en interne pour jouer cette 3e place, sans Valérie Gauvin ?

  • La finlandaise Adelina Engman (1994), formée au plus haut niveau en Suède à Göteborg (2015-2018), puis à Chelsea (2018-2020), forte de 68 sélections commencées en 2012 a ce profil.
  • La jeune Mary Fowler (17 ans) qui a peu joué la saison dernière peut se révéler. L’allemande Léna Petermann (26 ans) a très bien réussi son intégration la saison dernière (9 buts). La suédoise Marija Bunesic peut jouer plus haut. Sans oublier la française Marie-Charlotte Léger (24 ans), pouvant connaître le même parcours que Valérie Gauvin avait connu, à la blessure de Sofia Jakobsson.

Transfert logique pour Montpellier

Compte tenu de ces éléments, au risque que Valérie Gauvin, après six années au club, parte logiquement la saison prochaine, pour vivre d’autres aventures mais libre ; le directeur financier de Montpellier ne peut que valider un transfert financier dès lors que le sportif confirme la situation de Montpellier, en ligne pour une 3e place européenne voire mieux.

Soyaux n’a pas raisonné autrement avec le transfert très récent d’Hawa Cissoko (23 ans) pour West Ham. Le club de la Charente, sous “encadrement de la masse salariale” par la DNCG s’est ainsi réconforté, dans l’intérêt des parties, pour un championnat anglais en mal de ressources internes qualitatives.

Va-t-on vers un système généralisé de transferts ? 

Les agents vont tout faire pour. Le réussiront-ils ? Des changements de clubs, sans souci. Des transferts et indemnisation de contrats. Bien plus difficilement. La ressource interne n’est pas suffisante pour permettre à des clubs professionnels de céder des joueuses de qualité sans prendre le risque de la descente en D2F, ou d’un recul. Ce que les Présidents de football détestent et vivent comme un échec.

Dans l’ensemble, une conséquence sportive peu conséquente en soi mais qui va totalement à l’encontre de celle de l’image, au coeur actuel des positions prises par les clubs professionnels pour prendre en charge une section féminine. Donc, tout cela à bien plus de chance de se faire pour l’instant, à l’unité près pour un club féminin.

Valérie Gauvin a-t-elle tiré le bon numéro avec Everton ? 

L’avant-centre de Montpellier, révélée en 2017 (10 buts en 14 matches) suite à la blessure de Sofia Jakobsson, ne cachait pas ses intentions de découvrir autre chose. Elle retrouvera, pour un contrat de trois ans, Maeva Clemaron, jeune internationale française membre des 23 de la Coupe du Monde 2019, au double projet qualitatif en tant qu’architecte. Elle recevra un salaire conséquent ce qui est un des objectifs des joueuses professionnelles. Avec l’Equipe de France, elle se trouve sans compétition avant l’Euro 2022 avec une série de matches qualificatifs où elle subira la concurrence de Marie-Antoinette Katoto et d’autres jeunes à venir.

A ce niveau, c’est un des risques pris par la réunionnaise dont la titularisation est affirmée par la coach française mais qui, avec des objectifs éloignés (Euro 2022), pourrait décider de choisir des éléments en France afin de mettre en valeur le travail des clubs français. A niveau égal, c’est une des réflexions à avoir et dont il faut espérer qu’elle ait pu en discuter avec son nouvel agent.

A elle de voir son intérêt et de travailler pour.

William Commegrain Lesféminines.fr