La première fois que j’ai entendu parler de l’Espagne en terme de challengers, c’est Philippe Bergerôo, le sélectionneur basque des Bleues (2013-2016), qui en 2013, avait eu ses mots : “Attention à l’Espagne, ils travaillent très bien !”.

Le second souvenir lié aux réactions des professionnels du football féminin, je l’ai en me souvenant du regard du coach barcelonais après avoir été battu en 1/4 de la WCL 2016 par le PSG sur une tête de Cristiane à la 87′ (0-0 à l’aller, 1-0 au retour). Il était en zone mixte. Il écoutait au loin Farid Benstiti. Détaché. Au fond de lui, il savait qu’il avait compris comment passer. L’expérience et la culture du club barcelonais.

En 2017, il faisait demi-finale. Sèchement battu par le PSG (5-2 sur l’ensemble des deux matches). En 2019, le FC Barcelone faisait finale. Toujours sèchement battu par l’OL (4-1)

Les clubs avancent mais ce qui roule du côté des Ibériques, ce sont les jeunes filles de l’équipe nationale.

Depuis l’Espagne a réussi en jeunes U17F puisqu’elle a pris le titre mondial en 2018 après une troisième place en 2016 et une finale perdue en 2014.

Pour la catégorie supérieure, U19F, après d’innombrables finales perdues (2012, 2014, 2015, 2016) elle a remporté deux titres en 2017 et 2018. Enfin, en U20F, elle a réussi à atteindre la finale de son premier mondial en 2018 lors de la compétition organisée par la France.

Mais rien de concret n’arrivait à l’étage supérieur. Chez les A ou dans les clubs, on touchait des limites. L’Atletico de Madrid butait en 8e quand le FC Barcelone prenait de l’avance avec une finale très nettement perdue en Women Champion’s League  face à l’Olympique Lyonnais en 2019 (4-1).

Quant à la sélection nationale, l’Espagne faisait sa première apparition au Canada 2015 et terminait 4e et dernière de son groupe de qualification avec une Véro Boquete, leader historique en étant la première espagnole à prendre le titre européen avec le FFC Frankfurt.

Lors de l’Euro 2017 aux Pays-Bas, les choses se sont un peu mieux passées avec un quart de finale perdu devant la surprenante Autriche (0-0, 5 tab à 3).

Mais on restait un peu sur sa fin, comme avec la Roja masculine qui n’a décollé qu’à l’Euro 2008 avec le premier titre international pour l’équipe nationale. Une victoire qui lui donnera le Mondial en 2010 et l’Euro en 2012.

Le changement avec le Mondial en France.

La prestation des espagnoles en France, guidée par l’ex-parisienne Jennifer Hermoso, a été excellente. Nombreux sont les observateurs qui ont trouvé les deux pénaltys accordés à Megan Rapinoe contestables pour une victoire à l’arraché (2-1) quand le superbe but de Jennifer Hermoso (9′) annonçait un combat épique entre le talent et l’expérience.

Une continuité avec la première finale européenne jouée et perdue par le FC Barcelone dont on peut penser que l’absence de la française Kheira Hamraoui, pierre angulaire du jeu barcelonais pour lancer les transitions, pour un second carton jaune en 1/2 finale retour, a beaucoup de ce qui avait fait réagir Thierry Roland lors d’un célèbre Roumanie-France du passé.

Quelques internationales espagnoles sont passées en France. Vero Boquete et Jennifer Hermoso au PSG pour des saisons mitigées. Plus un choix d’entraîneur que de prestations. Virginia Torrecilla est restée quatre saisons à Montpellier quand la basque Irène Paredes tient très bien le capitanat parisien après une arrivée sans fioriture en 2016.

Structurellement, le football espagnol met le costume “trois pièces”. 

D’abord la signature de la première convention collective à l’échelle européenne (en février) qui donne aux joueuses, certes peu, mas plus que ce qu’elle avaient. Soit 16.000 € annuel garantis, des congés payés et des congés maternités.

Secondo, deux clubs qualifiés en quart de finale européenne et qui vont s’opposer pour une place en demi-finale lors du prochain tournoi à organiser pour compenser les quarts de finales arrêtées pour cause de Covid. Une opposition entre le FC Barcelone, nouveau champion 2020 qui a repris un titre que l’Atletico Madrid avait récupéré depuis trois saisons. Donc une place en 1/2 face normalement aux VFL Wolsburg.

Tertio, le noeud papillon européen. le choix fait par l’UEFA d’organiser le tournoi qui déterminera les gagnants de l’edition européenne 2020 à San Sebastien du 21 au 30 Août 2020 et Bilbao. Une information à confirmer par le Comex de l’UEFA le 17 Juin.

Quand on connait la passion espagnole pour le football. Le record de spectateurs lors d’un match entre l’Atletico Madrid et le FC Barcelone au Metropolitano de Madrid, les chances pour les deux premiers du championnat espagnol de surprendre la terreur de Wolfsburg augmente même si elles ne sont pas encore sur du 50/50.

L’Espagne, structurellement, a le vent en poupe. Il y a quelques jours, la Liga a décidé que toutes les clubs de Primera et Segunda division devront avoir le statut professionnel.

Beaucoup de clubs, beaucoup de matches, une passion culturelle pour le football. Il ne manque plus que des titres en A.

Sept ans après les mots de Philippe Bergerôo, le football espagnol a le vent en poupe chez les A.

William Commegrain Lesfeminines.fr