Une synthèse rapide pour les étrangers et ceux hors de France. La fin de saison de Noël Le Graet, Président de la FFF depuis 2011 est loin d’être tranquille. Un sacerdoce juridique se présente à chaque coin de rue pour les services juridiques de la fédération aux 2.200.000 licenciés.

Déjà le feuilleton Jean-Michel Aulas, utilisant habituellement les médias comme sources de communiqués de presse gratuit, aussi souvent que les ailes d’un moulin soumis au vent. Donc très souvent pour qui a vu un Moulin tourner. Mettant le poing sur la table pour un arrêt prématuré de la Ligue Professionnelle de Football, allant en référé administratif puis maintenant au Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative, déjà bien occupée, ayant eu à gérer plus de 150 requêtes liées à la pandémie du Covid-19. Une de plus.

Une situation à la LFP qui a été pas loin des meilleurs pugilats. Insultes entre présidents, retrait de salaires de la Présidente Nathalie Boy de la Tour (50.000 €) et de Didier Quillot, directeur général pour 225.000 €. Contestation de leurs compétences et surtout mises au placard, les considérant comme de simples salariés pour laisser les patrons de clubs, aller à la discussion avec les médias ou entre-eux. Coupant même la video conférence lors de la présence de ce dernier, puisqu’il ne souhaitait pas s’en retirer. C’est assez incroyable comme situation pour un DG ou CEO ! Mais plus encore, que tout sorte dans les médias comme l’Equipe, devenu l’oreille attentive de tous ses règlements de compte.

Des solutions “en-veux-tu” “en voilà !” qui font sourires ternissant celle plus pragmatique que les autres fédérations de football ont suivi. Des courriers et sollicitations multiples, députés, sénateurs, Président UEFA.  Pourquoi pas le Pape puisque le football est une religion !

Qu’a-t-il manqué pour que les choses changent ? Rien. Mais “tout” n’a pas été suffisant dans le cadre de règlements et de pouvoirs qui au final reviennent au Droit et au Comex de la Fédération. Un côté monarchique bien maitrisé par Noël Le Graet, attendant que “la patate chaude” arrive dans son assiette pour l’écraser. Se posant en garant de l’institution mais oubliant les temps nouveaux qui approchent avec un management participatif contre celui autoritaire – allant à l’encontre individuellement d’une Ligue à 22 – qui n’est plus dans l’air du temps avec la judiciarisation des droits de chacun et la force des messages informels sur les réseaux sociaux.

Au final, après s’être tiré dessus comme des beaux diables, les cowboys du football, pas mécontent de leur carnage tout en étant heureux d’être toujours en vie, se quittent “bon amis”. C’est à dire de futurs ennemis à la moindre controverse. L’argent mettant clairement à mal, les meilleures relations humaines. De millions, on passe allègrement en milliard. Histoire d’être pris au sérieux.

Le football féminin, silencieux s’y met. Pourtant la récolte a été bonne avec 500.000 € pour les douze clubs de l’élite pris sur les recettes TV de la Ligue 1. Et voilà que maintenant ce sont une quinzaine de députés qui écrivent à la FFF pour solliciter la création d’une troisième poule de D2F ! “la solution retenue pour l’accession aux deux poules de la deuxième division nationale lèse un grand nombre de clubs arrivés en tête de leurs championnats régionaux qui, dans des circonstances normales, auraient pu recourir aux matches de barrages permettant l’accès à la deuxième division”. 

Cela tire de partout. Et cela risque de tirer encore longtemps. La non-participation européenne de l’Olympique Lyonnais a touché l’orgueil de Jean-Michel Aulas, supportant mal après 35 ans de présidence, le coup de Jarnac qui a fait trembler les murs de sa maison finissant par lui coûter un bras de 93 millions d’euros d’emprunt supplémentaires (Prêt garanti par l’Etat), même si une partie a été faite pour compenser la rupture contractuelle avec les diffuseurs Canal Plus et BeIn, faute de contenu aux contrats. Le ou les coupables devront se préparer à un feu d’artifice. En effet, le second Dieu du football français a une marque importante que les autres n’ont pas : il est côté en Bourse avec ses avantages et ses inconvénients. L’endettement est souvent un inconvénient.

On est pas loin d’un knysna institutionnel. 

Il parait que le football est une délégation de service public de l’Etat. Dans les faits, des “fonctionnaires” au service de l’Etat. On est loin de l’intérêt général lié au discours du Premier Ministre et aux décisions gouvernementales. Un intérêt de la Nation mis au placard ; d’autant que le fossé initial entre la Ministre du Sport et le football ou le sport collectif dit professionnel est devenu le Grand Canyon. Avec la profondeur de ressentiments réciproques qui va avec.

Le football est le seul sport sur la table des “e**erdes”. Le basket, le hand, le volley, tous ont rangé les discussions et les ballons pour s’aligner sur une position commune. Au football, cela ripaille sec. Une belle bagarre de gaulois qui ferait le bonheur d’Uderzo, parti il y a peu. On est pas loin d’un knysna institutionnel.

Quelque chose de compréhensible de l’intérieur et d’amoral ou immoral de l’extérieur. Le risque c’est que les gens s’éloignent du football, surtout quant on sait que très peu ont accepté de baisses de salaires, hormis les filles de l’OL d’après son Président. Quel est le droit ? Une entreprise si elle est en difficulté ne peut pas supporter tous ses engagements. C’est donc normalement qu’elle réduit les salaires. L’indemnité maximale est de 4.800 € net. Plus d’un ou d’une ont assez coffré pour supporter ces trois mois d’intérêt général. Pas un club n’est allé devant cette réalité économique. Les joueurs sont trop importants.

Comment peut-on se gausser d’une négociation salariale avec le syndicat des joueurs qui ne donne rien sur le plan financier ? Juste un report de salaire, au bon vouloir des joueurs. Lesquels ne manquent pas de dire, que le club ne les intéresse pas plus que cela. “Give my money back !”

Je peux vous dire, normalement, que si une usine passe en activité partielle et qu’elle paye ses cadres à un niveau supérieur aux limites fixés ; avec les plans de licenciements qui vont avec ce genre de situation … Les salariés en bas de l’échelle vous mettent le feu à l’usine.

Mais le football pense qu’il est autrement. Le salaire de Kadidiatou Diana de 37.500 € mensuel hors prime, jeune joueuse de 25 ans en devenir, en est un exemple.

Reste pourquoi s’identifier à un tel monde ? Le président Le Graet avait comme argument que le football faisait du lien social. Honnêtement, on a vu que l’argent comme sources de conflits.

Les conditions d’un knysna ne sont pas loin. 10 ans après. Voilà le football qui risque de se fêter un drôle d’anniversaire ! Surtout si le Conseil d’Etat valide la demande de JM Aulas ou si MediaPro, se vide les poches ou développe un contenu qualitatif bien inférieur à ses concurrents.

William Commegrain Lesfeminines.fr