D’après RMC, une TAsk Force de huit présidents a mandaté Gérard Lopez, le Président du Losc, à trouver un prêt de 250 millions d’euros. Avec ou sans l’agrément de la LFP qui cherche de son côté. Prêt, veut dire remboursement. Remboursement signifie réduction de charges. Quid du football féminin dans cet environnement ?

Les clubs “need money” very fast. Quelles sont les conséquences pour le football féminin ?

Dix clubs de D1FArkema font partie, directement ou indirectement, d’un club de football professionnel de L1 ou de L2. Seuls deux clubs restent dans la catégorie amateur. Fleury FC 91, intégré néanmoins dans la section masculine qui évolue en N2 et Soyaux Charente, exclusivement féminin et autonome.

Depuis 2015, des charges en explosion pour des recettes qui bougent mais insuffisantes.

Les revenus des joueuses ont fait exploser les budgets qui évoluent, dans une fourchette basse, à 600.000 € et, en excluant les deux poids lourds que sont l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint Germain, pour la partie haute, 2 millions d’euros. D’abord des revenus qui ont augmenté. Le simple fait d’être appelé en sélection fait passer la barre des 5.000 €.

Ensuite, le volume des joueuses payées. “200 contrats contrats fédéraux, dont 55% à temps plein” selon Brigitte Henriques, vice-présidente de la FFF dans son allocation du 31 mars 2020 ; cela charge un budget. 16 joueuses sur une feuille de match et 4 techniciens dont le coach. Douze équipes. Aujourd’hui, 83% des acteurs d’une rencontre féminines sont rémunérés.

Pour des recettes très dépendantes des autres. Dans cette catégorie se trouve le naming annuel de la D1FArkema (1.000.000 €) réparti à part égale entre les douze clubs. Soit 80.000 € qui vont dans les caisses féminines. Premier total qui se complète par la partie versée par Canal+ (1.000.000 €) répartie différemment puisqu’une part va au développement du football féminin.

Les autres recettes proviennent du sponsoring de proximité. Trois clubs, de mémoire et donc à parfaire, ont signé des contrats exclusifs pour la partie féminine. L’OL, le PSG et le Paris FC pour une petite partie. Le reste est prélevé sur les finances des sections masculines.

Un football féminin très dépendant des clubs professionnels masculins.

Pierre Ferracci, président du Paris FC, parle d’1,500.000 € sur un budget de 15 millions d’euros. Montpellier doit tourner sur les mêmes bases pour un budget masculin supérieur. Les autres imputent entre 500.000 et 1.000.000 d’euros hors PSG et OL (7 millions dont 5 abondé par des sponsors exclusifs féminins).

On ne peut que l’accorder. Tout cela reste peu en terme de montants quand on évoque le sport football ; reste que c’est une dépense sans retour. Et cela, dans le football, c’est impossible à concevoir comme étant une stratégie à maintenir dans le cadre de l’actualité du Coronavirus, encore moins à développer dans l’avenir.

La situation qui s’impose aux professionnels avec des précipices financiers potentiels incluant une réflexion de recapitalisation ou une crainte de dépôt de bilan potentiel, ne peut que réduire la voilure du football féminin.

Canal+ ne paiera pas.

Le 5 avril est pire qu’un poisson d’avril !

Ca, c’était hier et c’était déjà connu.

Aujourd’hui (5 avril), les choses se compliquent. Il est certain que Canal+ ne versera pas les 110 millions attendus, prévu ce Dimanche. La nomination par le CA de la LFP du Président Nasser al-Khelaïfi comme négociateur auprès des diffuseurs, BeIn compris, n’a pu que démontrer la faiblesse de ses cartes. Difficile d’aller contre cette vérité “pas de football, pas de paiement”.

Le conflit d’intérêt potentiel, imposant à Nathalie Boy de La Tour d’être la seule à s’abstenir, lors de la nomination du Président du PSG, par ailleurs Président au Qatar de BeIn Media Group n’a pas montré la cohésion au sein du cabinet qui gère le football professionnel français.

Que négocier quand si l’un écoute et paie, il prend le risque de disparaître. Créant les causes d’un déséquilibre financier que seul l’Etat pourra compenser. Interdit et impossible. Les couteaux s’aiguisent. Il ne faut pas voir autrement l’intervention de TF1 et M6 pour stopper net le cadeau fait par Canal+ aux non-abonnés et abonnés.

Nathalie Boy de La Tour, exclue de la Task Force

Dans ce monde où les acteurs ont la capacité d’être féroce et individualiste et pas loin d’en avoir l’envie. Tant de cautions ou garanties les rappellent à l’exigence de leurs intérêts ; dès lors que transfert fait actionner le mot caution. Certains pourraient tout perdre. Être plumé.

S’est constitué, en dehors de la Présidente -ce qui n’est pas bon signe pour elle et pour l’avenir-, une task force constituée de huit présidents de la Ligue 1 : Nasser Al-Khelaïfi (PSG), Jacques-Henri Eyraud (​OM), Jean-Michel Aulas (OL), Gérard Lopez (LOSC), Bernard Caiazzo (ASSE), Jean-Pierre Rivière (OGC Nice), Nicolas Holveck (Stade Rennais) et Olivier Sadran (TFC) pour rechercher un prêt à hauteur de 250 millions d’euros afin de renflouer les caisses.

La situation est claire :

Sans recettes, contraint par des contrats de joueurs qui n’ont pas été réellement revus à la baisse en France à l’opposé de certains clubs européens qui ont pu obtenir des réductions conséquentes (Bayern, Juventus, Barcelone), le football professionnel français manque d’oxygène.

Que, les indemnités d’Etat de l’activité partielle ne peuvent que mollement compenser.

On sent du Neville Chamberlain dans ces deux nominations. Trouver un consensus pour éviter ce qui pourrait être une future guerre.

Gérard Lopez, magicien espéré pour trouver 250 millions d’euros rapidement.

Trouver si rapidement des fonds, il faut un magicien : la task force (d’après RMC) a nommé Gérard Lopez comme médiateur.

Il faut dire que le Président lillois, venu de la F1, a l’habitude de l’endentement. En 2019, il était le second club au classement de la L1 sur ce chapitre, derrière l’Olympique Lyonnais, subissant la charge du remboursement de son stade, le Groupama Stadium.

Il va falloir trouver.

En janvier 2019, lui-même avait 127 millions d’euros à rembourser au fonds américain Elliott Management.

Première possibilité. Il existe toujours un souci de demander au même financier car le risque pris par ce dernier sur un client et une activité devient excessif. D’autant que l’activité pourrait bouger.

Il y a la voie de la caution de l’Etat dans le cadre des 300 milliards d’euros énoncés par Emmanuel Macron, et faire appel aux banques françaises mais elles rechignent à intervenir sur de l’immatériel.

Les banques françaises peu prêteuses sur l’immatériel.

Reste qu’en se promenant sur le net, après des recherches ciblées, d’autres acteurs significatifs existent du simple fait que les banques ne veulent pas prêter sur de l’immatériel, “la valeur des joueurs” et se contentent d’intervenir sur du concret. Les investissements matériels.

Là, il s’agira de trésorerie. Sauf que cette trésorerie se prête en tenant compte de remboursements futurs. Et dans le football, les remboursements sont liés aux transferts. Transferts qui vont se réduire comme peau de chagrin, en volume, en valeur et dans la fenêtre de temps où ils seront autorisés.

Possible si c’est la LFP ou la FFF qui prend le prêt. Moins pour les clubs, qui visiblement cherchent aussi une solution individuelle. Si l’un en trouve une, ne comptez pas sur lui pour participer à la solution collective. Un prêt, OK. deux, c’est mettre les pieds dans un ciment frais qui ne demande qu’à durcir.

D’autres intervenants financiers.

La société Twenty Three Capital explique sa niche. Fructueuse puisqu’elle a financé 3 milliards de projets bancaires dans le milieu sportif, artistique et événementiel depuis sa création en 2014. Et qu’elle possède un portefeuille de 4,7 milliards de dollars de projets en cours.

Le journal espagnol El Confidencial a désigné 23 Capital comme l’entreprise étant à l’origine du financement de 120 millions d’euros ayant permis à Barcelone d’engager Antoine Griezmann, et de celui de 126 millions d’euros pour l’accord de l’Atlético Madrid avec le jeune attaquant João Félix.

Sur quelle base. Un club investit tout dans les joueurs, sources futures de revenus et se trouve sans véritables liquidités pour affronter des chocs financiers.

La réalité qui va s’imposer au football féminin.

Si Gérard Lopez ou la LFP trouvent. Le football féminin -avec ou sans- doit intégrer cette réalité.

Un prêt se rembourse, soit il sera une charge, soit il faudra envoyer sa participation à la LFP ou la FFF, à moins que l’ensemble du football y participe par une augmentation des cotisations.

Il impose néanmoins de réduire les frais.

Quand bien même, les clubs le prennent en charge, il imposera le constat de regarder ses dépenses. Le football féminin comme les très jeunes joueurs ne sont pas sources de revenus à court terme. Comme d’autres secteurs des clubs, il va entrer dans une phase de récession. Un tremblement de terre pour l’économie du football ; rien pour toutes les activités économiques qui connaissent bien cela. Des mouvements haussiers, des mouvements baissiers, des mouvements haussiers. Les sociétés d’événementielles ne bougent même plus un sourcil dans ce genre de situation.

Le problème avec le football, c’est comme avec le PIB, si les revenus descendent, on a l’impression d’une fin du monde.

Ce qui manque au milieu du football ; c’est d’avoir l’expérience de l’adaptation. “Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel”. Pour les joueurs, acteurs de l’inflation. Voilà quelque chose impossible à imaginer. Imaginer que le salaire futur pendant cinq ans baissera de 30 à 50%. Impossible. Le marché n’a fait qu’augmenter.

De l’autre côté, les clubs se construisent avec l’idée que l’Histoire est leur patrimoine. Disparaître pour repartir est impossible à imaginer. Cette situation est un gros frein à la situation actuelle. Dans ce cadre, il se condamne à survivre.

Retour à la situation financière de 2013-2015 pour le football féminin ?

La politique d’un club est très simple. Une dépense doit avoir un effet positif sur les recettes. Les recettes sont masculines. Après avoir connu une inflation dans les quatre dernières années, il se peut que le football féminin revienne à la situation de 2013-2015 en France.

Un budget maximum d’1 million d’euros, naviguant entre 250.000 pour les plus petits pour aller vers le million. Moins de salaires, moins de haut salaire. Moins de contrats.

Un coût d’arrêt du football professionnel qui doit s’imaginer comme un risque. D’autant que l’investissement pourrait aller dans un autre domaine, prometteur et adapté à la situation actuelle.

Le football pourrait se tourner vers l’E-sport. Une prospective liée au capitalisme.

Une seconde réalité se profile à l’horizon. Elle s’écoute encore plus quand on applique l’analyse de Schumpeter que tout étudiant connait bien. L’histoire du capitalisme est une mue permanente. La technologie évolue, se transforme poussant des pans entiers de l’activité économique à s’étioler puis à disparaître après avoir été dominants. Le changement est structurel avant d’être quantitatif (source wikipedia).

Un domaine connaît un fort essor. Le E-sport. Déjà il est le mouvement où on trouve le plus de cette tranche d’âge du futur (15-35 ans). 85% des pratiquants. 80 millions de pratiquants. Le même ascenseur social qui a fait le succès du football avec de jeunes inconnus gagnant des revenus de 2 millions d’euros, sans compter les partenariats.

A regarder. Le capitalisme ira peut-être là ? Au détriment d’ailleurs.

Il faudrait demander à Tony Parker, futur Président de l’OL, ce qu’il en pense ?

William Commegrain Lesfeminines.fr