Il y avait longtemps que les Bleues ne m’avaient pas donné cette superbe émotion de regretter de ne pas être au stade ! Un regret partagé par bien d’autres après cette superbe motivation pour refuser la défaite (2-3) et trouver, à la seconde près, la force d’aller chercher l’égalisation (3-3, 90’+4).

Une égalisation qui n’a pas été donnée mais qui a été voulue par les onze sur le terrain. Elle n’a pas été due à une performance individuelle comme le superbe but de Lieke Martens (2-3) à la 72′ qui met les vice-championnes du monde en situation de gagner cette dernière rencontre.

Une véritable injustice autant elles ont été bousculées dans une deuxième mi-temps où les Bleues, chacune dans sa nature, sont allées chercher la justice du jeu que le temps semblait leur refuser. De plus en plus. Comme il sait si bien le faire. Pire qu’un comptable, il se décompte, s’égrène, s’effrite, puis s’éteint, nous laissant “mort de faim”. Sur le bord d’une pelouse. Décapitant l’espoir, annihilant la plus grande des forces, la faisant disparaître au trois coups de sifflet !

Faut-il que nous soyons obéissant pour ne pas continuer de jouer et avoir le plaisir de revenir, de revivre, de vivre.

Perdre quand on a tant bousculé cette équipe batave. Aucune des Bleues de France ne l’a voulue. C’est rare, d’autant que c’était un match qui restait amical. Dans le silence d’un huit clos. A Valenciennes, dans le Nord de la France. Loin des lumières encore chaudes du Mondial 2019.

Ce que j’ai retenu de cette seconde mi-temps où j’ai vu les Pays-Bas, ex-12e FIFA et maintenant sur le podium mondial dominer la France dans le première acte (0-2) ; c’est que nous sommes sortis de l’axe Olympique Lyonnais – Paris Saint Germain.

Les Nouvelles Bleues sont allées chercher leur Histoire.

Deux équipes qui font le championnat de France et la sélection française. Titulaires des matches à enjeux, notamment celles proches de la trentaine. Là, sur ce match, celles qui sont allées à la quête de leur orgueil, ce sont les nouvelles des Bleues. Des joueuses qui n’ont pas le background des 1/4 de finale perdues et jamais oubliées de l’Histoire des féminines. Des joueuses qui ne jouent pas dans ce duo qui tient le championnat de France depuis bientôt 8 saisons. L’un premier, l’autre second.

Montpellier, Bordeaux, ont poussé les Bleues.

Valérie Gauvin, Montpellier 30 sélection et maintenant 15 buts, réduit le score à la 45’+1. Juste avant le coup de sifflet.

A sa manière, obstinée, têtue, toujours présente. Elle suit le jeu de la centrale, se met à sa vitesse, voit l’erreur de contact de cette remise de la tête pour la gardienne. Eloignée. Elle continue sa course et comme dans un solo de guitare, joue sa partition sans aucune fausse note. Même course, pas de panique, et la petite balle qui va se glisser dans les buts de l’adversaire.

(1-2). C’est mieux que (0-2). D’autant que les Bleues n’avaient jamais pris un tel écart depuis longtemps. D’autant que les Bleues ont rencontré une équipe des Pays-bas 12e FIFA dans son histoire et découvrait pour la première fois, cette nouvelle équipe qui avait gagné l’Euro 2017 chez eux, transformant le pays et leurs coeurs en Oranje.

Le premier but est venu d’une joueuse de Montpellier. Le second viendra d’une percée de Viviane Asseyi de Bordeaux. Une percée qui rencontrera la main de Spitze, l’expérimentée néerlandaise et permettre à Griedge MBock, jeune bronzée en U20 au Canada 2014, d’égaliser (59′, 2-2).

Quand Lieke Martens met sa mine faite d’une vitesse de décision au niveau mondial, on entend Corinne Diacre en demander encore plus. Toujours plus. C’est une chance pour les Bleues ce huis clos, elle envoie de la motivation. Elle ne veut pas perdre ce match. Les Bleues le sentent.

J’ai même cru que pendant un moment, elle allait passer de l’autre côté du terrain pour planter Sakina Karchaoui sur le côté et rester tranquille à attendre. J’y ai bien cru tellement on l’a entendu. Sauf que Saki, quand elle joue, elle émotionne son jeu. La raison est de côté, le cerveau est en pulsation seconde. Elle irradie son jeu d’impacts, de dribbles, de déplaçements.

Corinne Diacre a dû s’étrangler à un moment. Saki, milieu gauche venait jouer dans l’intervalle avec Diani, excentrée à droite.

Sauf que Saki est celle qui a dégoupillé la rencontre. Là encore elle demande le ballon. Là encore elle tient au contact de son arrière qui n’en peut plus de voir la mobylette montpelliéraine la déborder. Là voila qui s’infiltre, centre. Ouleymata Sarr (Bordeaux) se jette, la balle passe. Personne derrière.

Même tempérament, moins de vitesse. Marion Torrent, Montpellier, latérale droite est là. Dans les seize mètres cinquante. Tir, passe ? Le génie de l’envie d’Ouleymata Sarr est tel qu’elle s’est déjà relevée. L’attaquante française, filiforme, y croit à cette égalisation. Elle est maintenant seule. Les néerlandaises sont boxées, fatiguées. Elles attendent le coup de sifflet final? Il reste une poignée de seconde.

Les Bleues, pas des stars mais des joueuses, veulent ce but. Toutes. Marion Torrent de Montpellier glisse la balle à Sarr de Bordeaux et le banc français se lève. Elles viennent de gagner la Coupe du Monde comme quand on a 10 ans ! Egalisation (3-3).

L’injustice est réparée. La blessure potentielle se referme. Elles sortent de l’hôpital du sport. Avec le sourire, quand la petite mort s’annonçait.

Ce groupe a marché sur l’eau. Une nouvelle équipe est née. A charge pour Elles de nous faire rêver.

William Commegrain Lesfeminines.fr

PS : les Bleues ont remporté le premier Tournoi de France.

Tournoi de France – Troisième journée
Mardi 10 mars 2020 – 21h00
FRANCE – PAYS-BAS : 3-3 (1-2)
Valenciennes (Stade du Hainaut)
Match joué à huis clos (en raison des dispositions liées au Coronavirus) – 150 spectateurs
Temps couvert (13°C) – Terrain excellent
Arbitres : Anastasia Pustovoitova (Russie) assistée de Ekaterina Kurochkina (Russie) et Sabina Valieva (Russie). 4e arbitre : Victoria Beyer (France)Buts :
0-1 Lynn WILMS 29′ (Corner de Spitse joué à deux avec Martens, Spitse cherche au second poteau la tête de van der Gragt qui remet dans l’axe. Roord contrôle et arme une frappe contrée par Bilbault. Le ballon ressort dans l’axe à 22 m sur Groenen qui place une frappe du droit déviée par Mbock et qui arrive sur Wilms à droite à la limite du hors-jeu qui reprend du droit de 8 m à ras de terre)
0-2 Sherida SPITSE 33′ s.p. (Sur une remise en touche, Martens avance dans la surface et est déséquilibrée par Tounkara. Penalty tiré par Spitse du droit à ras de terre sur la gauche de Durand prise à contre-pied)
1-2 Valérie GAUVIN 45+1′ (Coup franc joué par Durand dans son camp qui trouve la tête de Le Sommer en déviation à 35 m du but néerlandais. Bloodworth veut jouer en remise de la tête vers sa gardienne mais Gauvin est plus prompte pour pousser le ballon du droit à 11 m dans le but)
2-2 Griedge MBOCK BATHY NKA 59′ s.p. (Asseyi sur la gauche dans la surface se joue de Wilms puis centre en retrait. Spitse commet deux mains au sol. Penalty tiré par Mbock du droit à ras de terre sur la droite de van Veenendaal prise à contre-pied)
2-3 Lieke MARTENS 72′ (van der Gragt depuis son camp allonge sa relance pour trouver Beerensteyn couloir gauche qui contrôle dans la course et se déjoue du marquage de Torrent, entre côté gauche de la surface, fixe Tounkara pour servir dans l’axe Martens qui place une frappe du cou du pied droit de 13 m dans la lucarne gauche de Durand)
3-3 Ouleymata SARR 90+4′ (Karchaoui fait la différence sur le couloir gauche et avance dans la surface pour centrer en retrait où Asseyi au premier poteau est trop juste, le ballon passe devant le but et arrive au second sur Torrent qui remet en retrait sur Sarr plein axe qui se jette pour tacler du droit à 5 m)Avertissements : Charlotte Bilbault 65′, Marion Torrent 74′ pour la France ; Jill Roord 70′ pour les Pays-Bas

France : 1-Solène Durand ; 4-Marion Torrent, 5-Aïssatou Tounkara, 19-Griedge Mbock Bathy Nka, 23-Perle Morroni ; 11-Kadidiatou Diani (7-Sakina Karchaoui 66′), 6-Amandine Henry (cap.) (8-Grace Geyoro 46′), 14-Charlotte Bilbault, 9-Eugénie Le Sommer (18-Viviane Asseyi 46′) ; 12-Marie-Antoinette Katoto (15-Kenza Dali 77′), 13-Valérie Gauvin (17-Ouleymata Sarr 66′). Entr.: Corinne Diacre
Non utilisées : 16-Sarah Bouhaddi, 21-Pauline Peyraud-Magnin, 2-Eve Périsset, 3-Wendie Renard, 10-Amel Majri, 22-Estelle Cascarino

Pays-Bas : 1-Sari van Veenendaal ; 15-Lynn Wilms, 3-Stephanie van der Gragt (18-Danique Kerkdijk 78′), 20-Dominique Bloodworth, 5-Kika van Es ; 14-Jackie Groenen, 8-Sherida Spitse (cap.) (13-Renate Jansen 64′), 19-Jill Roord ; 7-Shanice van de Sanden (22-Inessa Kaagman 84′), 21-Lineth Beerensteyn, 11-Lieke Martens. Entr.: Sarina Wiegman-Glotzbach
Non utilisées : 23-Loes Geurts, 4-Merel van Dongen, 6-Anouk Dekker, 12-Feikje Kalma, 17-Ashleigh Weerden, 24-Joelle Smits