Twitter ne comprend pas le nouveau certificat d’entraîneur de football féminin. En soit, cela pourrait être un bon indicateur de compétences compte tenu que les réactions émotives sont rarement les plus justes.

Un coup de fil à Elisabeth Loisel, responsable pédagogique et conceptrice du contenu, ex-sélectionneuse des Bleues (1997-2007), membre du jury du BEPF, nous ouvre les raisons de cette réalisation.

Une D1F et D2F pas assez ouverte aux coaches féminines.

D’abord un constat qui fait noter que les coaches féminins sont peu nombreuses en D1F et D2F et d’autant moins que les postes sont occupés par des hommes, diplômés du DES au minimum voire de plus en plus du BEPF. Jean-Luc Vasseur ) l’OL ; Olivier Echouafni pour le PSG ; Frédéric Biancalani avec le BEFF (EA Guingamp), Pedro Martinez Losa (Bordeaux), licence Pro UEFA équivalent au BEPF, par exemple.

Une formation très couteuse prise en charge par les OPCO à la demande des clubs professionnels ou fédérations, accordées au regard des cotisations versées par lesdits clubs, calculés sur la masse salariale.

Une inégalité conséquente dès lors que l’on connaît la différence de masse salariale en un PSG (leader D1F) et le Paris FC (19e de Ligue 2) par exemple. Elle devient abyssale si on inclut les nombreux clubs amateurs de D2F, souvent encore restés exclusivement féminins, pour une masse salariale qui correspondrait à la virgule d’une ligne du futur contrat de Kylian M’Bappé. Petits clubs, petites cotisations et donc peu de possibilités de voir sa formation financée, d’autant plus qu’elle est plutôt salée financièrement.

Une formation maintenant sur un an, augmentant le nombre de diplômés (dix sur dix pour la dernière session) qui, si dépassant le budget d’un requérant (27.100 €), alors explosant celui d’une requérante au niveau de salaire de sa pratique sportive bien inférieur, et dont les bancs de Clairefontaine -de plus- sont pavés d’initiatives masculines compte tenu que les clubs choisissent d’assurer la promotion, reconversion et formation de leurs joueurs professionnels.

Voici la liste de la promotion 2019-2020 : La liste : Julien Sablé (ASSE), Claudio Caçapa (OL), Franck Haise (Lens), Philippe Bizeul (Lorient), Pascal Moulin (Jura Sud), David Bechkoura (Monaco), Alexandre Dujeux (AC Ajaccio), Stéphane Dumont (Stade de Reims), Sonia Haziraj (Pôle Espoirs féminins Rennes), Romain Pitau (Montpellier).

Quelle internationale de D1F a des chances d’être prise dans ce groupe ? Les plus connues des A peut-être, mais pour les autres ? Si il y a de la place éventuellement pour une A, où iront les autres ? Voyez vous une Camille Abily devenir coach d’Albi Asptt ?  Est-il besoin de rappeler que seuls Corinne Diacre et Sarah M’Barek ont pu passer par la formation initiale alors qu’Elisabeth Loisel a pu valider son BEPF avec la VAE sur pas loin de 200 titulaires du BEPF en France ; qui augmente à chaque session annuelle (dix) quand … le nombre de clubs reste le même (40) ! quand bien même, l’obligation d’avoir le BEPF est descendu au niveau de la N1.

Dans une D1F féminine tenue par dix clubs professionnels sur douze ; que certains coachs ont une très belle rémunération entre celle de L2 et de L1 ; l’opportunité de voir des femmes postuler au chemin des formation BEPF est proche de « pas grand chose » ! Actuellement deux seulement exercent leurs talents, Sandrine Soubeyrand (Paris FC) et Amandine Miquel (Stade de Reims), sans le BEPF.

Quand on constate que Sarah MBarek (récente diplômée) a été obligée d’aller chercher un poste de sélectionneuse à Djibouti, on se dit qu’un diplôme intermédiaire plus accessible, moins cher et plus ouvert ne peut-être qu’une bonne idée. Ou alors, soit on accepte la situation, soit on cherche des moyens d’ouvrir la situation.

La certification d’entraîneur de football féminin, un petit BEPF bien plus abordable et riche en contenus.

« J’ai crée une sorte « de petit BEPF » puisqu’il faut “le DES pour y postuler, bien moins cher puisqu’une partie très conséquente est prise en charge par l’UEFA, très à l’écoute de ce projet, dont la principale innovation a été d’ouvrir une porte d’accès réservée aux joueuses ou ex-joueuses des Equipes de France » nous dit en résumé Elisabeth Loisel.

En ouvrant large, puisqu’elle comprend les A, B et U20. Une population qui ne croit pas assez à ces formations puisque le BEFSHN n’a rencontré que six candidates dont Laetitia Tonazzi (Paris fc), Elise Bussaglia (Dijon Fco), Solène Durand (EA Guingamp), Ophélie Meilleroux (Yzeure), Tandia Siga (Soyaux), Benoit Alice (Paris FC) alors que tout était pris en charge par l’UEFA et que les cours étaient dispensés soit à Clairefontaine voire même en Pôle régional.

Ce faisant, elle leur propose un outil de reconversion future.

Des joueuses qui, à l’avenir, auront aussi des difficultés conséquentes de reconversion dès lors où la D1F demande une quasi-professionnalisation de leur pratique, leur faisant abandonner études et emplois complémentaires, “certaines et elles sont nombreuses signent des contrats de 1.000 euros mensuels”, terminant le tout au-delà du SMIC avec les primes et les avantages en nature. Cela fait peu pour l’avenir. Avec cet outil, pour celles qui seront intéressées, elles posséderont une qualification certifiée par l’IFF, pour postuler à des postes en D1F et D2F.

Un marché qui s’ouvre dans l’hexagone mais surtout à l’international, pour des rémunérations à venir qui leur permettront de continuer à vivre du sport quand la plupart, vont se chercher des situations d’adjointes ou de membres du staff, bien moins valorisantes sur le plan personnel.

Qualification requise à l’avenir pour la D1F et D2F

Qualification qui sera d’ailleurs certainement demandée et exigée dans les quatre prochaines années en France, pour prendre un banc féminin dans l’élite française. Le temps que la formation trouve son rythme de croisière, avec une session annuelle composée d’une dizaine de personnes, sur 7 semaines et un planning gérée au mieux pour ne pas interférer dans l’organisation des clubs féminines, pour les candidates qui en feraient parties (Lundi-Mardi-Mercredi).

Ainsi Elisabeth Loisel crée un outil pour répondre à un besoin de reconversion des joueuses qui en même temps a pour finalité, en le mettant à hauteur du BEPF, d’élever le niveau de compétences tout en le certifiant. Une certification qui donnera d’ailleurs une équivalence à la 1ere unité de valeur du BEPF qui en contient quatre, en attendant d’être reconnu au niveau UEFA, dans le cadre d’une initiative pilote demandée d’ailleurs par Noël Le Graet.

Enfin, la réalité pédagogique : on en gère pas des hommes comme on gère des femmes.

Reste la question de la différence entre un effectif féminin par rapport à celui masculin. La question de mon point de vue est essentielle. Enseignant depuis longtemps dans différents domaines, il est évident que mes messages et ma gestion est totalement différente suivant une question féminine ou une question masculine. Alors encore plus, si l’ensemble du groupe est totalement féminin comme masculin. Quiconque exerce un métier de messages et de contenus le sait.

En dehors de cette approche pédagogique, les raisons et sources de la performance ne sont pas les mêmes entre une athlète féminine comparée à un athlète masculin. L’attente, le suivi, la recherche de performance, l’expression de son identité. Tout est différent. On découvre une Megan Rapinoe exubérante et revendicatrice alors qu’il y a longtemps que ce genre de personnalité existe dans le football masculin !

Dans le passé, on a laissé les compétences agir et certains coaches s’en sont très bien sortis quand d’autres « sont passés au travers ».

La qualification, la porte ouverte à la promotion.

Mais dans la monde de Demain, tout le monde sait que les compétences vont devoir être validées par des qualifications. Rolland Courbis, Bruno Bini, Elisabeth Loisel, des instinctifs du football ont validé leurs compétences avec un BEPF en VAE, ce qui a leur a permis pour Courbis de s’asseoir sur le banc de Caen, pour Bini d’être sélectionneur des Roses d’Aciers et pour Loisel, de faire partie du jury du BEPF comme de s’occuper de l’Equipe de France militaire féminine, championne du monde 2016.

Les qualifications sécurisent de plus les moins talentueux en leur laissant une chance légitime de travailler, et souvent, ils le font très bien et elles permettent aux talentueux un regard introspectif qui dans le temps, les sécurisera dans leurs décisions. Le talent a ceci de particulier, qu’il rayonne en entrant par la porte et sort tout aussi facilement par la fenêtre.

A mon sens, c’est une certification bienvenue. Elle s’ouvre au genre féminin, les barrières à l’entrée pour les joueuses sont réduites au minimum (disponibilité, coût, formation et promotion par les clubs), elle donne une identité au football féminin. Dans un proche avenir, elle sera une référence en D1F et D2F. Voire, une reconnaissance européenne pour un football féminin demandeur de qualifications et de compétences.

William Commegrain Lesfeminines.fr

Article réalisé sur la base d’un RDV téléphonique et échange avec Elisabeth Loisel le 13 février 2020.

Candidature à faire sur le site de la FFF avant le 3 avril. Des tests d’Entrée seront réalisés le 5 mai pour une décision communiquée les 2 et 3 juin 2020.

lien pour s’inscrire : https://www.fff.fr/actualites/188805-ouverture-des-inscriptions-au-certificat-d-entraineur-de-football-feminin