Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? disait le conte de Charles Perrault. Et la soeur Anne lui répondait: – «Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie.

Idem pour la D1F Arkema.

Photographie d’un bilan clair et juste après 15 journées.

Sur le plan économique, un million d’euros de naming pour des positions connues dès la 1ère journée de la part de la société de chimie Arkema dont l’activité est assez éloignée du grand public. Une surprise quand la publicité est faite pour se faire connaître auprès de sa cible. Un contrat pour trois saisons. C’est une somme. Soit il faut y voir du courage, soit de l’espoir inutile.

Une diffusion par Canal plus sur cinq ans pour le même montant annuel, avec une production pour chacun des matches en sus pour une audience allant de 50 à 100.000 spectateurs en moyenne.

Avec ces deux faits ; honnêtement, on aura du mal à dire que le football féminin n’a pas été aidé par le marché privé !

On pourrait même le leur reprocher ! Aujourd’hui, même les plus hauts dirigeants doivent justifier de la raison économique de leur choix quand ils ne sont pas les propriétaires. Voyez l’actualité récente avec Rennes avec un départ ad nutum d’Olivier Letang.

Avec une moyenne de 348 spectateurs sur cette journée (5 premiers matches), on est à la limite du risque ! Reprocher d’avoir fait acte d’intérêt général quand le marché demande de faire des choix d’intérêts privés. Les meilleurs juges d’une demande et d’une offre pour l’équilibrer sur un prix.

De fait, le football féminin s’est construit en devenant élite médiatique et marketing, à défaut d’être sportive. Un constat précis : à part l’Olympique Lyonnais et le PSG, rien à l’horizon ! Pour une compétition européenne dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne devient concurrentielle qu’à compter des demi-finales européennes. Maintenant, les quarts.

Un marché vanté et finalement subventionné.

Tout est parti d’un bon sentiment. Le football féminin était trop décrié alors que c’était réellement un diamant. Huit ans plus tard, le constat est en droit d’être celui-ci : le football féminin a suivi la fable de la Fontaine : “La grenouille qui voulait devenir boeuf !”. Là, voyez le football masculin au lieu et place du gigantesque bovin.

Une Grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse s’étend, et s’enfle, et se travaille
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
— Nenni. — M’y voici donc ? — Point du tout. — M’y voilà ?
— Vous n’en approchez point. La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs,
Tout petit Prince a des Ambassadeurs,
Tout Marquis veut avoir des Pages.
Jean de La Fontaine , Les fables de La Fontaine

On a du mal à saisir ce marché, subventionné par le football masculin (11 clubs sur 12) et dont le sentiment qui veut nous être communiqué, est qu’il serait moins bon s’il n’était pas professionnel.

Dans les faits, l’Equipe de France n’a jamais été aussi forte (2011-2012) qu’au moment où personne ne s’en occupait autrement qu’en mettant la priorité au jeu féminin. Le football masculin a obscurcit le diamant qu’était ce sport. Il l’a rangé dans ses cartons. A sa juste place économique, et comme prévu, parmi d’autres cartons comme les U19 masculins, les U15, Etc..

Avant le jeu était différent. Aujourd’hui, les tactiques sont les mêmes. Sauf que cela va moins vite, moins précis, moins percutant. Etc. Moralité, là où il y avait des plus dans la différence, on trouve trop de moins. Même l’accès aux joueuses pour la presse a été codifiée “football masculin”. Langue de bois au RDV, article passé à la moulinette des enjeux masculins. Codification des joueuses.

La couleur et la force d’un maillot a ses enjeux. Rien de plus normal et de moins surprenant. Sauf, que cela donne un produit “moins” quand il était un produit “plus”. On a voulu faire “du théâtre” qui a sa raison, du cinéma pour toucher le graal de la masse.

Sauf qu’à montrer trop de football féminin, on en perd le goût.

Un constat amer appuyé par cette 15e journée.

Que s’est-il passé de surprenant dans cette 15e journée de la D1F Arkema ? Rien. Des scores lourds qui sont l’antithèse des arguments de l’homogénéité du championnat. Une moyenne de spectateurs à attaquer le public français pour risque de respirianisme.

(0-8) pour l’Olympique Lyonnais face à l’Olympique de Marseille, bien collée à sa onzième place l’emmenant inéluctablement depuis plusieurs journées, sur le chemin de la descente. (1-7) pour Montpellier Hsc face au Stade de Reims qui venait de se libérer de Naomie Feller. (0-4) pour le Paris Fc qui reprend des couleurs contre le Dijon FCO et s’installe définitivement dans le haut du coeur de championnat. (0-3) pour le Paris Saint Germain sur le terrain de Soyaux qui suit les talons de l’Olympique lyonnais.

Seul le FC Metz, bon dernier (1 point) a arraché le match nul face à l’EA Guingamp.

Les positions sont donc les mêmes. On attend le match retour entre le PSG et l’OL pour avoir une couleur d’émotions potentielles : une opposition, une interrogation sur le résultat et du public qui vienne pour ce spectacle au stade. Sur le plan sportif, une sacré performance si les parisiennes y arrivent. Marquer deux buts à l’Ol sans en prendre un seul.

Même les lyonnais devraient espérer cet exploit s’ils sont fans de football féminin. Treize ans avec le même résultat, il y a de quoi s’endormir.

William Commegrain Lesfeminines.fr