Le Ballon d’Or, sacre unique dans le football masculin, repris par le Monde entier. Pas si loin d’une fumée blanche pour annoncer le nouveau Pape, renouvelé ou à nommer, à chaque début du mois de décembre. Il annonce le meilleur joueur de l’année civile dans un sport qui fonctionne par saison installée sur deux années.

Depuis l’an dernier, le Ballon d’Or féminin est proposé au vote d’un panel de journalistes sportifs. Ada Hegerberg (Ol et Norvège) l’avait obtenu en 2018 au vu de ses résultats avec l’OL, six fois Champion d’Europe (WCL) plus qu’avec son équipe nationale, dont elle avait décidé de se désengager depuis fin 2017. Pour l’Histoire, elle était devenue la première récipiendaire de ce nouveau sacre féminin.

La saison 2019 a proposé deux événements : les championnats nationaux et sa Women’s Champions League habituelle d’un côté ; la Coupe du Monde, une fois tous les quatre ans, de l’autre.

Voici une présentation catégorielle des 20 nominées, faite en fonction des performances en clubs et équipe nationale.

Excellentes avec leurs équipes nationales dans un championnat homogène mais sans titre intercontinental

La Coupe du Monde 2019 gagnée par les USA à quatre représentantes (Megan Rapinoe, Alex Morgan, Rose Lavelle, Tobin Heath) dans la liste des 20 joueuses pré-sélectionnées. Avec une bonne chance de bien se placer en tant que vainqueur du Mondial et créatrice d’une première série américaine (2015 et 2019), joueuses certes d’un championnat américain de qualité mais sans véritable enjeu. Les franchises et le système de placement des internationales ne garantissant pas un niveau continuel pour les clubs. Les américaines sont bien plus “One team, one nation” qu’elles ne sont clubs et championnat.

Excellentes avec leurs équipes nationales, moins avec leurs clubs.

Dans une autre catégorie, on mettra celles sans incidence dans un club sans influence mais qui ont apporté plus d’un rayon de soleil au Mondial. Une compétition mondiale qui a mis en avant les deux suédoises (médailles de bronze) Kosovare Asllani et Sofia Jakobsson, parties de clubs à forte identité nationale (Rosenberg et Montpellier) mais sans présence compétitive au niveau européen. Excellentes avec leur équipe nationale, à l’origine certainement du bronze mondial. Beaucoup moins avec leurs clubs passés, d’autant qu’actuellement, parties rapidement au CD Tacon (futur Real Madrid ?), elles se trouvent toutes deux, sans surprise, aux portes de la relégation en Iberdrola.

Ce qui est moins le cas pour Nilla Fischer (SUE) défenseur. Partie à Linköping (SUE), qui a sauvé son pays sur sa ligne de but grâce à son expérience, et bien mieux placée en club avec le Vfl Wolfsburg (championne d’Allemagne) pendant le premier semestre de l’année. Sauf qu’un geste défensif peut-il valoir plus que de la reconnaissance ? Cela semble peu probable.

Excellentes avec leurs clubs, moins avec leurs équipes nationales au Mondial.

Voià une 3e catégorie qui serait première sans un Mondial 2019. Géantes dans leurs clubs respectifs, sauf que la Coupe du Monde aura minimisé leurs performances. Sam Kerr (Australie, meilleure buteuse aux USA, éliminée en 1/8e) comme des trois françaises sélectionnées, multi-championnes d’Europe, et encore en 2019 : Sarah Bouhaddi (OL), Amandine Henry (OL) et Wendie Renard (OL), éliminées en 1/4 par les USA. Il en est de même pour Dzsenifer Marozsan (All, OL) sortie en 1/4 par la Suède, et Marta (Bra, joueuse phare aux USA), éliminée en 1/8e face à la France. Des joueuses qui, sans cette compétition, présentent le meilleur palmarès du football féminin.

Il en est de même pour Ada Hegerberg (OL, Nor) et Pernille Harder (Den, Wolfsburg), non présentes au Mondial et pourtant excellentes joueuses européennes.

Excellentes dans les deux environnements

Les trois néerlandaises sont de sérieuses concurrentes, mais avec des réserves. Sari Van Veenendal (Ned) gant d’Or du Mondial 2019, de l’Euro 2017, finaliste de la Coupe du Monde 2019. Auteure d’une très belle finale. Pas qualifiée en Women’s Champions League mais gardienne d’Arsenal Ladies qui a repris le titre anglais oublié devant Manchester City et Chelsea. Un accessit à revoir cependant puisque l’essentiel de la compétition avait été fait par la française Pauline Perrault Magnin, partie deuxième pour s’installer première. Pour autant, la gardienne batave est maintenant dans les buts de l’Atletico Madrid, double championne et sur le podium espagnol en 2020. Donc au plus haut niveau.

Dans la même veine, on peut mettre la meilleure joueuse FIFA 2017, Lieke Martens. Finaliste mondial 2019, finaliste de la Women’s Champions League 2019 face à l’OL (0-4), seconde du championnat d’Espagne avec le FC Barcelone, mais sans impact lors des grands moments de ces compétitions. Des matches corrects, sans plus. Rien qui ne puisse lui garantir ce titre royal même si son parcours 2019 a été le plus complet des candidates.

La néerlandaise qui aurait le plus de suffrages serait sans conteste Viviane Miedema. Meilleure joueuse 2019 du championnat anglais, finaliste Mondial, essentielle dans le jeu des Oranje. Grâce à elle et à ses performances, Arsenal Ladies a repris un titre oublié et cette année, en WCL, elle vient de terminer son 16e aller avec un quadruplé sur les cinq buts anglais marqués, il est vrai, face au modeste Slava Praha.

Une prestation de qualité tout au long de la saison 2019.

Les deux anglaises seront présentes dans le résultat final.

Il y a aussi Lucy Bronze. Meilleure joueuse UEFA 2019, championne d’Europe et de France avec l’OL. Excellente au mondial 2019. Dommage que l’Angleterre ait fini quatrième du mondial. Pour Ellen White, brillante au mondial comme avant-centre. Volée par une technologie si implacable (VAR) qu’elle lui a retiré ce que l’oeil humain lui aurait accordé, certainement le Soulier d’Or 2019. Mais joueuse de Manchester City, éliminée trop tôt (1/8e) par l’Atletico Madrid en Women’s Champions League.

L’intelligence, le choix des Best FIFA de Septembre 2019.

J’avais trouvé que le Best FIFA attribué à Milan en septembre dernier avait mis en avant l’intelligence dans le jeu plus que la prestation.

Megan Rapinoe, élue avait marqué cinq buts dont trois sur pénaltys. Une prestation discutable et discutée. A l’inverse, elle avait mis son intelligence au service du jeu américain. Avant, pendant, après les matches. Le 1/4 contre la France en a été l’exemple abouti. Il suffit de la voir dans la zone mixte pour se dire qu’elle y est aussi naturelle qu’elle doit l’être chez elle. Sûre d’Elle.

Alex Morgan avait été extraordinaire d’intelligence. Si le coup franc de la 4e face à la France est obtenu, c’est tout simplement que sa tête avait tout commandé. Avec une telle exigence, que tout s’était joué au fil du rasoir avec Griedge M’Bock. La jeune internationale française était au contact physiquement de l’américaine. Alex Morgan était au contact intellectuellement à la défenseuse. Six ans les séparent. ils ont été profitables à Morgan. Derrière, Megan Rapinoe avait joué sur la surprise.

En finale mondial, le pénalty qu’elle obtient est tout autant une volonté incroyable de pousser l’autre à la faute. Là, la néerlandaise, à bout de souffle mental vers la 60′, quand l’américaine continuait à ressentir tout sur le terrain pour chercher le simple moment d’une faute potentielle chez son adversaire.

Pied levé, pénalty obtenu après VAR. Les USA prennent le titre mondial pour la 4e fois et la première fois, en réalisant une série (2015, 2019), égalant l’Allemagne. Juste ce qu’il faut de motivation pour aller chercher un 3e titre.

Lucy Bronze avait fini 3e. Un monstre de coeur, de mental et de métal.

Quel choix pour le jury final ? 

Pas facile. Le football féminin est trop récent pour se passer d’une image. D’autant que la mayonnaise médiatique est retombée et qu’il faut un porteur de la féminisation comme de la crédibilité des LGBT. Le sport féminin étant très sensible à cette dernière notion.

Megan Rapinoe, intuitive, est donc la vainqueur logique et légitime. meilleure joueuse du Mondial 2019 et Soulier d’Or, même si la saison en club a été moyenne. D’autant qu’elle veut en avoir le statut. C’est une femme qui aime briller.

Une américaine au plus haut, met Alex Morgan de côté, jolie tout en étant impliquée sur le féminisme, pour un titre donné par un journal européen et français. Trop d’américaines pour mondialiser une récompense.

Consécration qu’elle aurait pu mériter si l’intelligence avait été mis au coeur de la décision. Elle a tiré le meilleur partie de ce qu’elle pouvait faire dans une équipe américaine dont le fer de lance a été la complémentarité.

Pour la seconde place, on se doit d’aller sur le terrain pour que le sacre soit crédible. Je mettrais en second Lucy Bronze (Ang), incroyable en club avec l’Olympique Lyonnais (triplé 2019) et en équipe nationale (4e mondial), quand bien même l’Angleterre ait fini 4e, face à une incroyable Suède. Auteure en plus d’un but extraordinaire au Mondial.

Pour la 3e place, je mettrais Viviane Miedema (Pays-bas). Finaliste du Mondial 2019, excellente au Mondial, vainqueur du championnat anglais 2019, meilleure joueuse anglaise 2019. Auteure pour le début de cette saison 2020 d’une excellente prestation avec le club londonien, tant sur le plan national que sur le terrain européen. Une jeune joueuse de 24 ans, déjà devenue meilleure buteuse des Oranje avec plus de 60 buts marqués, qui a passé le stade d’être prometteuse.

Pour la 4e, je mettrais Wendie Renard (Fra). Capitaine lyonnaise, Championnes d’Europe possédant tous les titres lyonnais, buteuse essentielle avec l’Equipe de France dans cette Coupe du Monde (3) comme tout au long de son parcours. Une compétitrice incroyable qui est un exemple sur le plan mental et certainement un Top Mondial en défense centrale.

Enfin la 5e place reviendrait à Kosovare Asllani (Sue). Une influence un peu plus importante que sa compatriote Sofia Jakobsson, très forte sur le plan offensif mais l’ex-joueuse du PSG, capitaine ponctuelle de la Suède, a porté la volonté suédoise de tirer le meilleur parti de son équipe. Détonatrice d’une volonté incroyable qui a permis à la Suède d’accéder à la 3e place. En fait, un véritable fer de lance.

Un choix qui essaye d’équilibrer entre l’influence médiatique nécessaire au football féminin pour une identité LGBT qui lui correspond en partie et lui donne une légitimité représentée par Megan Rapinoe ; une performance sportive au Mondial comme en championnat avec Lucy Bronze et Viviane Mediama ; la force de compétitrice, nationale et européenne de Wendie Renard et la détermination incroyable de Kosovare Asllani, mettant à mal son talent pour se transformer en guerrière suédoise.

William Commegrain Lesfeminines.fr