Interpellé par le mot Réal Madrid, je pensais comme la plupart que les Merengues avaient repris un club significatif de la Liga Iberdrola espagnole. Curieux de toute cette effervescence et méfiant de ce milieu du football féminin qui pourrait avoir une tendance incroyable à sublimer le simple normal, très adepte de la médiatisation de l’information, je suis allé à “la pêche aux informations”.

Cette annonce en plein Mondial 2019, me rappelait trop celle de Bernard Tapie qui avait annoncé sa reprise d’Adidas en pleine Coupe du Monde 1994 aux USA.

Par exemple, le 24 Juin, les médias annonçaient huit stars au Real Madrid oubliant de dire qu’il n’était que le futur Real Madrid en 2021. Alors que la Présidente du CD Tacon, le 22/06/2019, au site elconfidencial.com, précisait que son budget 2018-2019 était de 150.000 € ! Quand on connaît le salaire de ces joueuses, on sait que même avec un budget futur de 2.000.000 euros pour toute la section, elles sont inaccessibles.

Il semble que l’on soit dans une démarche totalement marketing, avec ou sans contenu ? C’est la question à se poser.

Comme toujours, derrière le brillant, vit un contenu plus réaliste.

Une reprise pour l’an prochain en 2020-2021

Sur ce coup, les médias ne pourront pas être qualifiés de retardataires puisque le club des Merengue de Florentino Perez ne reprendra la licence du CD Tacon que pour la saison 2020-2021. On peut être surpris du silence médiatique quant à cette date et aussi y voir le cours n°18 d’un Master 2 en marketing qui propose de faire d’un accord au moment du Mondial, un événement alors que les faits nous renvoient en 2020. Au mieux, la Coupe du Monde 2020 des U20.

Ce qu’on peut comprendre d’un étudiant marketing adepte des séries “Desperate Housewife”, dans le style “pousse-toi là que je m’y mette” ; on ne le comprend pas dans un milieu professionnel qui a appris depuis longtemps que les réussites des scénarios cinématographiques sont des échecs immédiats dans le monde économique qui n’achète pas un contenant sans qu’il n’ait son juste prix en contenu.

Le CD Tacon, un petit club crée en 2014, de 150.000 € de budget en 2018-2019 !

Le Réal aurait eu du mal à racheter la licence à ses pairs l’Atletico Madrid, l’Athlétic Bilbao, le Barça, Valencia, Levante, Betis, Seville, Malaga. Impossible d’imaginer qu’un club mixte avec une section professionnelle masculine veuille revendre sa licence au Réal. Florentino Perez n’avait que deux solutions à trouver dans la capitale espagnole : reprendre le Madrid CFF, club promu en Iberdrola en 2017 et crée en 2010 par un entrepreneur espagnol en lunettes qui ne trouvait aucune possibilité pour que sa fille de 13 ans, Paola, joue au football et qui, à coups de patience est monté dans la division d’élite, non sans avoir choisi des couleurs et un écusson proche de celui de la Casa Bianca.

Il faut croire qu’Alfredo Ulluo et Florentino Perez, élu par les socios des Merengue n’avaient pas d’atomes crochus. Dommage car la construction du lunetier apportait dans la corbeille de mariage 14 équipes et 250 joueuses. Une connaissance et un travail qui pourraient être bien utile au Real Madrid en comparaison des cinq équipes du CD Tacon.

C’est pourtant le CD Tacon avec ses cinq petites équipes, qui a tiré ce que l’on ne peut encore qualifier de “gros lot”.

Un club très récent crée en 2014 en fusionnant déjà plusieurs clubs locaux et dont la Présidente Ana Rosell est présentée comme une des femmes les plus influentes du football espagnol. Avec une devise personnelle assez déterminée : “L’impossible ne prend qu’un peu plus de temps !”

Une belle phrase dans un milieu où tous les Présidents ont appris que les plus belles phrases se sont aussi transformées en miettes. La valeur défendue par le club “aucune joueuse ne peut rester sans jouer” vaudra-t-elle dans un milieu où le mot professionnel a modifié les choix, tant du côté des joueuses que des coaches dans leur onze de titulaires.

Les valeurs féministes bien définies dans le logo du CD Tacon avec une chaussure de football transformée en talon aiguille, teinté de rose auront-elles des raisons de subsister dans un club qui, par pur respect de la non-discrimination, n’aura aucune raison de les mettre en valeur.

cd tacon

Le Budget 2019-2010 et celui à venir pour les saisons suivantes. 

Aujourd’hui, le “rachat” s’est fait sur la base de 500.000 € qui devrait servir à la saison à venir. Un budget de D2F française et le budget attendu de Real Madrid tournerait autour de 1,5 à 2 millions d’euros annuel. Similaire aux trois, quatre ou cinq clubs des championnats français, allemands, anglais et dans une moindre mesure, italiens qui postulent à deux places seulement européennes.

Des places bien acquises qui bloquent les Présidents des clubs concurrents. Jugeant que l’investissement ne peut pas aller plus haut, à défaut de retour. Soit de notoriété car ce sont les équipes nationales qui créent d l’audience, eux devenant les financiers en payant les joueuses sans retour. Soit financiers, à défaut de trouver des sponsors qui investissent de manière significative dans le football féminin.

Ce qu’a réussi à faire l’Olympique Lyonnais qui parle de cinq millions d’euros de sponsoring pour les féminines. Du Fc Barcelone qui évoque un contrat avec Stanley de 2 à 2.500.000 euros pour subvenir aux Blaugranas féminines.

Le sponsoring, arme annoncée du CD Tacon avec la décomposition de son acronyme T.A.C.O.N. La dernière lettre du nom du club, le “N” signifie “non-subvention”. Le principal partenaire s’appelle Tecnocasa, GO Fit, Kappa mais la promenade sur le site officiel nous indique aussi la Ville de Madrid … Comme souvent, les mots peuvent buter contre les faits. Madrid donnant des subventions.

Quant à l’impact de l’arme sponsoring, elle est bien limitée puisque sa Présidente annonce dans une ITW, un budget de 150.000 euros annuel à la fin de la saison 2019 ! Une somme qui nous renvoie à 2011 au mieux pour les clubs français, mais pas à 2020.

Ana Rosell – Présidente du CD Tacon

Attention aux effets d’annonces

Surfer sur l’audience du Mondial 2019 demande à relativiser. Les audiences sont des sondages, on en connait tous les limites. Elles concernent l’équipe nationale et non un ou des clubs. Aujourd’hui, le fait d’être télévisé ne suffit plus. La concurrence et l’offre des chaînes étant exponentielles, il faut de l’actualité et des nouveautés pour interpeller. Pas évident pour du football féminin avec des leaders souvent déterminés à l’avance, qui ont cimenté leurs joueuses avec des contrats et des certitudes.

Est-ce que le CD Tacon ne vaudrait pas les 500.000 euros annoncés en raison de sa présidente ? C’est une question pour l’ancienne joueuse “annoncée” comme ex-Atletico Madrid, Autant mettre les choses entre guillemet tellement la Présidente annonce des choses certainement vraies mais dont les détails en réduisent fortement la portée.

L’occasion de voir que le statut repris de femme la plus influente en football lui a été donné en 2016, par un simple journal “Metadeporte”. Fort de 1834 abonnés sur leur compte twitter.  Et un instagram à 47 abonnés.

On a connu en France cette volonté de donner des informations excessives, extraordinaires, souvent marketées. On sait ce qui se passe sur la durée. Là, il faudra voir la juste part entre les messages et les réalités.

Les Faits.

asllani

Au final, le Real Madrid reprendra dans un an, le CD Tacon à moins d’une clause suspensive écrite. Un petit club madrilène au budget de 150.000 € avec cinq équipes, crée en 2014 par des fusions de petites entitées, qui vient de monter en Liga Iberdrola dans la saison 2018-2019, et qui a recruté des trois ou quatre joueuses mondialistes de talents, suédoises et brésiliennes, pour la saison à venir 2020.

Espérons qu’elles ont eu les garanties contractuelles qui conviennent en souvenant de Tyresö (Suè) qui le Samedi faisait la finale de la Women’s Champions League 2014 et déposait le bilan la semaine suivante, faute de sponsors.

Véronica Boquete, la “Christophe Colomb” du football espagnol ne dit pas autre chose dans sa récente interview avant la Coupe du Monde au site internet furialiga.Fr. La pérennité, ce qui est le plus difficile à trouver en football féminin.

Sinon, on est loin de l’exceptionnel dans ce projet juridique. Pour ce qui reste habituel en Europe. Là, une fusion.

De nombreux clubs français ont été repris par une section professionnelle masculine. L’Olympique Lyonnais avec le RC Lyon, le Stade Briochin avec EA Guingamp, dernièrement le Paris Fc avec Juvisy-Essonne. En fait, quasiment tous les clubs de la D1F l’ont fait sauf l’Olympique de Marseille et le Paris Saint Germain, arrivés de montées en montées, en D1F maintenant appelée D1F Arkéma.  En Espagne, il en a été de même comme en Italie, pour dernièrement la Juventus.

Reste la performance? Faut-il d’abord qu’en 2019-2020, le CD Tacon, club promu cette saison arrive à se maintenir. On sait tous que les grandes performances dans une compétition oblige les joueuses à récupérer la saison suivante et la Suède a réalisé une grande performance au Mondial 2019. Et qu’ensuite, sur le terrain et en dehors, le Real Madrid s’il maintient son projet, arrive à se qualifier pour deux places européennes détenues par l’Atletico Madrid et le FC Barcelone dans un championnat à 16 équipes.

William Commegrain Lesfeminines.fr

D’autant que le site confidencial annonce que des joueuses de la saison précédente pose un problème au CD Tacon.

Tacon