Le Mondial, c’est gigantesque. Un produit FIFA qui vient toucher un monde d’ombre pour l’illuminer. On touche au grandiose notamment quand le football féminin se bagarre dans le silence pour faire une performance.

Mais le Mondial, c’est aussi le moment de voir ce que sont au plus près ces joueuses. Je trouve qu’il illumine des traits de caractères qui compensent l’excès des évolutions qui ne demandent qu’à exploser pour exister.

La “confrérie” des joueuses 

Il y a du compagnonnage dans cet univers du très haut niveau. Toutes les joueuses souvent se connaissent. Un cercle fermé, qui s’ouvre lors de ces matches couperets.

Il fallait voir la tristesse d’Ashley Lawrence en zone mixte après la défaite contre la Suède, deviner les larmes de la jeune Huitema qui passait en coup de vent, prochaine parisienne sans temps de jeu dans ce mondial, et surtout la simple rencontre entre Kosovare Asllani et Stéphanie Labbé, les yeux rougis qui deviennent des larmes séchées, dans l’accolade qui suivra. La joueuse d’origine du Kosovare ayant des gestes d’amies envers la gardienne adversaire.

Ces internationales se connaissent toutes, même sans se connaître. Il y a comme une confrérie entre elles. Je ne serais pas surpris que surgisse un jour de l’ombre, une société secrète de ces joueuses, et réservée. Il y a quelque chose de commun entre elles qui les amènent naturellement à se reconnaître, s’aimer, partager.

Les photos sont nombreuses à montrer cela. C’est particulier au football féminin. Partager le bonheur, réconforter l’autre.

Saki Kumagai, responsable de la main à la 89′ qui va éliminer un Japon dominateur face aux Championnes d’Europe, en pleurera. Shanice Van de Sanden sa coéquipière viendra naturellement à elle mais comment expliquer que l’immense Van Veenendaal (1,80) gardienne d’Arsenal étende ses grands bras pour les insérer sur son coeur ?

Les joueuses ont ceci de différent. L’adversaire n’est pas une ennemie. Il est là, pour leur demander de démontrer leur force. Sans adversaire, pas de victoire.

La force du maillot international

Dans ce football où les clubs ne voyagent pas ou peu, faute de moyens et de niveau, les seuls moments où elles peuvent vivre des émotions extraordinaires, elles les ont avec leur équipe nationale. Les avions, les hôtels, les pays, les gens, les voyages. Toutes ces découvertes n’ont qu’une seule agence de voyage : leur équipe nationale.

Dans un mondial, elles savent toutes l’espoir réel que ces matches à élimination directe font ressentir aux joueuses. Des matches qui ont le goût de la réussite et d’un titre. Plus important qu’un salaire dans ce moment où il ne reste plus deux matches pour jouer la finale mondiale. Bien plus que l’argent.

Dès que commencent ces matches, les joueuses ne sont plus les mêmes. Elles se transforment en fauves. C’est leur seul véritable salaire.

En face, pour une qualification en 1/4, on voit le bonheur total des suédoises qui éclate d’un son bien différent d’un match de club. Les filles marchent sur l’eau. Je découvre le vrai bonheur d’une Sofia Jakobsson, la plénitude d’une Linda Sembrant. Elles touchent à un bonheur différent, elles le savent ou le sentent.

Jamais avec un club, elles n’auront le même sentiment, le même sourire.

A comparer avec les hommes qui dans leurs clubs connaissent des émotions extraordinaires : public, compétition, média. Les filles n’ont cette chaleur, cette force, ce regard que lorsqu’elles s’alignent pour chanter l’hymne national. Et là, un Mondial, c’est à part.

C’est la raison pour laquelle vous ne verrez jamais la même joueuse, si vous la rencontrez avec son club ou si elle joue avec un maillot international au Mondial. L’arrêt de Lindahl face au Canada, elle le fait pour ses coéquipières, pour ce projet d’aller chercher le titre mondial, pour un objectif national. Pour d’autres, en Suède. Pour un hymne qu’elle a entendu. Pour relever la tête d’une nation. C’est fort, nécessairement très fort. Un rêve de gamine. Quand on rêve qu’on va sauver son pays.

Jean-Louis Saez, le coach de Montpellier, a dû taper dix fois sa table en regardant Stina Blackstenius jouer si fort, si haut et si bien avec le maillot suédois, elle qui est partie au mercato d’hiver sans s’y être particulièrement intégrée. Christophe Parra (OM) et Jerôme Dauba (Bordeaux) doivent se demander s’ils n’auraient pas dû embaucher Sidonie, la maman de Viviane Asseyi pour voir sa fille si bien réussir ses entrées ou titularisations dans le onze de Diacre.

Et toutes les joueuses sont ainsi. Avec le Coq, avec un autre maillot international, la joueuse de football féminin se transforme. Elle n’est plus la même. Une Terminator du football féminin. Abnégation, entêtement, positivisme, énergie, toutes concentrées au travail de la réussite collective en y apportant leur part individuelle.

Les joueuses se donnent dans l’effort collectif. La seconde mi-temps du Japon en est l’exemple personnifié.

La célébration

Tous ceux qui découvrent le football féminin le disent. Les célébrations des buts ne sont pas les mêmes. pour l’habitué du football masculin, il verra une célébration souvent individuelle. Une signature personnelle. Pour les filles, c’est un agglutissement sur la buteuse. Impossible de la retrouver sous la masse des joueuses venues.

Au football masculin, le but est une performance individuelle. Au football féminin, le but est le résultat d’un effort collectif.

William Commegrain Lesfeminines.fr Photo : Eric Baledent.