Rachel Saïdi aura fait du beau travail. L’écrire au passé ne veut pas dire qu’elle n’aura pas d’avenir. Il est assez rare qu’une joueuse prenne en main le coaching de son équipe pour réussir à la maintenir en performance, voire même mieux. Partie de loin, crampons rangés, elle a réussi avec des mots et des sensations “du métier des filles” à créer une dynamique positive qui a amené les lilloises, relégables,  en quart, puis demi et enfin finale de la Coupe de France.

En championnat, les Dogues au féminin, nordistes depuis longtemps mais lilloises depuis peu à la suite de la fusion du club féminin voisin jouent leurs places en D1F face à Montpellier. La défaite les condamnerait. Le nul ne leur conviendrait puisque Metz a un meilleur goal average particulier. Le football de la D1F leur demande une victoire.

La coach lilloise confirme que le football féminin dans un club professionnel masculin ne craint pas la descente. C’est certainement une des grandes améliorations de ces fusions. Le secteur masculin peut payer les salaires de la D1F si telle est la condition pour conserver ses joueuses. Sauf, que les jeunes joueuses ne veulent pas jouer en D2F quand elles ont les moyens de la division supérieure.

Normal. Les filles de 2019 jouent au football dans leurs têtes. Leur avenir dépend de leur revenu. Le revenu dépend du niveau de la division. Alors, si Lille descend demain, le football féminin ne s’arrêtera pas à Lille. Sauf que les joueuses de football chercheront une solution en D1F. Caroline Seger, capitaine de la Suède, renommée mondiale disait en zone mixte : “je suis une joueuse professionnelle, donc j’écoute les propositions”. Accoudée à la zone mixte du PSG. La saison suivante à l’OL.

Sauf que les jeunes lilloises ne sont pas Seger. Et que leur revenu n’a rien d’un avenir, tout juste d’un présent. A elles, d’évaluer le risque d’un départ ou d’un maintien.

La journée de championnat.

Bordeaux, balayé par le PSG (5-1) reçoit le Paris FC qui a perdu sur le fil contre Montpellier. Pour une opposition qui décidera de la 4e ou 5e place de la D1F. La signature de Julie Thibaut sans la présence sur la photo de Jérôme Dauba, laisse interrogateur sur son avenir 2020. Le Paris FC, concentré sur les barrages pour monter en Ligue 1, nous a confirmé par son Président, Pierre Ferracci que les choses sont bien ainsi. L’objectif étant de conserver le même budget (1;500.000 €) et lutter pour une 3e place. Les deux premières étant hors de portée.

Montpellier, très fort à Charlety, recevra le Losc, premier relégable. Très heureux d’avoir gagné sa 3e place, les suédoises de Montpellier devraient confirmer leurs montées en puissance dans l’optique de la Coupe du Monde 2019. Elles n’oublient pas qu’elles sont médaille d’argent des JO 2016. Lille jouera sa carte avec un caractère incroyable. Elles peuvent gagner à la 94′ si le jeu le leur permet.

Lyon reçoit le Fc Metz. Les lyonnaises recevront pour servir le couvert d’un 13e titre consécutif. Dans la foulée d’une coupe de France qui s’offre potentiellement à Elles et avec une Coupe d’Europe à leur portée face au FC Barcelone, démunie de Kheira Hamraoui (rouge), essentielle à leur jeu. Le FC Metz ne pourra pas espèrer grand chose, sauf que Montpellier l’emporte face à Lille. Une victoire des nordistes les condamnerait.

Rodez, déjà en D2F quand son équipe masculine monte en L2, reçoit Dijon. Club montant qui a réussi son opération maintien. Rodez, a montré des qualités lors de son opposition face au PSG. Ensuite, elles ont réalisé une superbe performance en l’emportant face à Montpellier. Rodez finira avec une bonne ou mauvaise note, mais elles ont à l’évidence le niveau de la division supérieure. On ne peut que regretter la sanction de la jeune Laurie Cance. Sept matches quand vous en jouez vingt deux ! Un barème de sanctions qui doit être adapté au nombre de matches des filles au regard de celui des hommes.

Soyaux reçoit Fleury Fc 91. Le dernier club exclusivement féminin. Certainement le plus fragile financièrement. A l’évidence celui qui possède le plus les clés de la motivation et de la détermination autre que financière face au Fc Fleury, 3e club parisien, prochainement 1er essonnien qui a beaucoup changé de coaches. Trois dans une saison. Cela mérite interrogation. Sans oublier que cela ne les a pas empêché de réaliser leur deuxième maintien.

Guingamp EA reçoit le Paris Saint Germain. Je travaille avec des jeunes, ils vivent du présent. Le mot futur ne dépasse pas la semaine. Le passé, c’est hier. Tout le reste appartient aux adultes, les autres. Marie-Antoinette Katoto ne peut pas entendre les mots de Corinne Diacre. Elle n’a rien fait de mal, juste elle n’a pas été dans les attentes de la sélectionneuse. Beaucoup d’écrits, de mots. La tête dans le sac la gamine. Il faut qu’elle se concentre sur les choses qu’elle voit elle. Elle est meilleure buteuse de la D1F. Indiscutable. Elle va pouvoir se reposer, indiscutable. Elle ne va pas être dans une équipe soumise à la tourmente de la pression, indiscutable. Elle va être moins regardée, indiscutable. Elle va penser à Elle. Elle, qui rugit quand elle marque. Elle qui s’éclate quand elle marque. Elle qui existe quand elle marque. Effectivement, dans une équipe condamnée à gagner le Mondial, au niveau du Top 3, elle ne peut pas le garantir. Donc Diacre l’a protégé. Comme une mère.

Il faut en vouloir à tous ceux qui t’ont pris pour être une star car ils veulent une star à aimer. Chez les autres, il y a cet égoïsme. La coach t’a protégé. Tu as le droit de la détester. Sauf que tu vis le problème de toutes les jeunes joueuses qui montent au plus haut niveau. 20 ans, l’âge difficile. Demande à Kadi ce qu’elle a entendu comme reproche à 20 ans ! Ils ont été légions. Pourquoi a-t-elle fait le Mondial 2015 ? Parce qu’on attendait rien de particulier d’elle. Juste de la faire grandir. D’ailleurs, elle n’était pas sûr d’y aller. Elle m’avait appelé pour lui trouver des études dans la santé. Elle a joué 7 minutes contre la Corée du Sud !

Toi, en football féminin, il y a la Tour Eiffel et toi. Toi, si tu étais venue en 2019, à la maison. L’enfer tu aurais vécu. Manque une seule chose, avec le niveau d’attente, tu passes au karcher ! Demande à Gaetane la force qu’il faut pour se relever quand tu manques un but que la France attend. Demande à tes soeurs, les autres joueuses. C’est vrai, la coach t’as protégé. Comme une mère. Parce que n’importe quel mec t’aurais pris. A l’abattoir sur le terrain. Marque ou “crève”.

Et si elle ne gagne pas le Mondial, sache que les coups qu’elle prendra, elle ne les regrettera pas. Elle sait pourquoi elle l’a fait, elle l’a dit : “tu as du talent !”. Et quand on a une jeune qui a du talent, surtout toi qui se tait et qui en a réellement, alors on la protège.

Mais ça, tu ne le sais pas. C’est normal. Il faut de l’expérience pour le savoir. Bon vent et Bonne route, Marie-Antoinette Katoto. L’avenir, ton pote, t’attend.

William Commegrain Lesfeminines.fr