Le match nul de l’Olympique Lyonnais féminin face à Fleury FC 91 du 1er avril 2019 nous renvoie à la performance de Grenoble en 1/2 finale de la Coupe de France du 10 mars dernier. Souvenez-vous, il faudra attendre la 94′ pour que l’OL passe ce tour de coupe de France et aille en finale, qu’elles n’ont plus quitté depuis six ans de suite (2012) !

Lorsque les premiers tweets apparaissent, informations qui fait rebondir l’actualité à chaque seconde, on est interpellé. Le (0-0) à la mi-temps laisse circonspect. Grenoble est milieu de tableau d’une D2F qui est à des années lumières de la D1F actuelle. Les onze autres clubs de la D1F sont à des années lumières de l’OL. Lyon est nettement devant. Cela fait de la distance. Et pourtant le score reste vierge.

Alors quand les minutes ont fini de s’égrener et que le 90′ fatidique fait son apparition, l’exploit incroyable frappe à la porte du Stade des Alpes, inconnu au bataillon du football féminin et pourtant prêt à accueillir les cinq matches de la Coupe du Monde comme ville hôte.

A quelques secondes de postuler à l’élimination du grand OL (94′) dont le nom résonne partout au Monde comme celui des USA faisant dire à tous les quidams, qu’elles sont les meilleures au Monde. Comme une évidence pour les américaines, comme deux réalités avec les Lyonnaises.

Quand cette balle passe la ligne à la 94′, ce sont des larmes de désespoir qui s’annoncent. La descente vertigineuse de l’émotion. Le sanglot de la vérité, de l’incroyable. Que peut-il rester de tant d’investissements, de cohésion, d’esprit de groupe, d’émotions personnelles, après ?

Les féminines sont allées à la rencontre de ce moment auprès de Gladys Boilard. Une amazone inconnue du grand public du football féminin. Juste une joueuse, au marquage de celle qui a reçu le premier Ballon d’Or 2018 de l’histoire. Une joueuse de D1F au marquage de la joueuse considérée comme étant celle la mieux payée au Monde ! Ada Hegerberg, norvégienne, éduquée pendant 1 an par la suédoise Lotta Schelin, qui aura le mieux fait connaître son pays à l’Europe du Sud comme du Nord.

Quinze jours après, Pudeur et sentiment dominent pour la grenobloise. Avec une pointe d’amertume qui restera longtemps, pour s’échapper lentement. Elles étaient si près d’un exploit qui aurait fait le tour du monde. Leur exploit. Et en football féminin si la détermination est courante, l’exploit est rare. Un privilège, la médaille du sport. Celle qui te fait être reconnue et identifiée comme une sportive. Une athlète. On passe de l’autre côté du coeur des gens. Du côté de l’éternel.

Les Féminines : Avant  tout comment êtes vous arrivée dans le foot ?

Gladys Boilard : « Alors j’ai commencé le football à l’âge de 5 ans, à la Rochelle. Je suis partie en sport étude à Angoulême, pour évoluer à l’ASJ Soyaux Charente. J’ai évolue dans ce club durant 4 ans pour rejoindre Claix football durant deux saisons. J’ai eu ce besoin de rejouer en D1 à Albi pendant 1 an, pour revenir dans la région et rejouer pour Grenoble ».

Les Féminines : Que ressent-on dans un tirage quand on sait qu’on doit affronter l’OL 

Gladys Boilard : « Quand le tirage a eu lieu, je me suis dit ça a été une belle aventure et c’est très bien pour le club et l’équipe. On a fait un beau parcours et on jouera ce match sans se prendre une valise. Plus les jours avancent, et nos matches s’enchaînent avec deux belles victoires contre Yzeure et Marseille. Avec le groupe on comment à se se dire que c’est possible. Il va falloir se faire mal et mentalement être prête à rentrer sur ce terrain en guerrière et défendre tout le match en essayant d’avoir deux trois occasions offensives. On se prépare à cela, car il est impossible de se prévoir à autre chose. »

Les Féminines : Avec une intensité partagée qui commence à prendre le dessus sur la réalité, comment avez-vous vécu la veille de match ? Dur de trouver le sommeil ?

Gladys Boilard : « Toute la semaine j’ai pensé au match. A bien me préparer mentalement et encore plus samedi parce que le coup d’envoi est proche. J’avais travaille toute la journée, fatiguée. Pourtant, j’ai eu du mal à m’endormir. Trop d’émotions. La tête travaillait. Je nous voyais capable d’aller aux pénaltys si on faisait le match de notre vie. Pour vivre une finale, tu le fais ! La motivation elle est déjà en nous. Maintenant il faut faire les efforts nécessaires et espérer quelles soient pas dans un bon jour offensivement. Alors, je me faisais mon film. Après j’avais pas de réponses aux pénos car c’est au petit bonheur la chance. Et ça c’est presque passe ainsi !!

Je me suis bien préparé mentalement à avoir mal physiquement et mal à la tête après le match et j’ai essayé d’appliquer ce que je devais faire dans ce match ».

Les Féminines : C’est quelque chose de rencontrer une équipe comme l’Olympique Lyonnais, meilleure équipe de France et d’Europe avec un gros palmarès ?

Gladys Boilard : « Oui on sait que Lyon est meilleure que nous dans tous les domaines. Mais par contre pour éviter de prendre beaucoup de buts, il fallait se faire respecter sur le terrain dans l’engagement physique, c’était l’une des seules armes qu’on avait pour les déranger au maximum ».

Les Féminines : A la pause le score est vierge, malgré les assauts, quel ressenti aviez-vous et la réaction du coach Nicolas Bach, pour la seconde période ?

Gladys Boilard : « Oh, on savait qu’on allait subir une avalanche d’actions ! Et on a subit physiquement la première mi temps. Il était fier qu’on soit à 0-0 et il nous a dit qu’on pouvait reproduire tous les efforts nécessaires en deuxième mi temps pour aller chercher la chance de vivre une finale de coupe de France, en tenant le score ».

Les Féminines : Pendant le match on pouvait remarquer des marquages très individuel, vous étiez sur Ada Hegerberg ?

Gladys Boilard : « Ce n’est pas permis à tout le monde c’est une certitude, mais j’ai eu la chance de jouer face à cette grande attaquante. Après dans le match, je pense que ça a été un beau duel. J’avais cette pression quand même et je voulais éviter de lui laisser des espaces, il fallait être forte dans les duels aériens et la gêner au maximum ».

Les Féminines : On pouvait la voir s’énerver, est ce que cela voulait dire que vous la gêniez dans son jeu ?

Gladys Boilard : « Je devais être très proche d’elle et très agressive dans le bon sens du terme même si, une fois, je lui ai tiré les cheveux !! mais chut l’arbitre n’a rien vu ! C’est la meilleure joueuse du monde, elle est puissante et très forte, très intelligente, c’était un beau duel. J’ai pris beaucoup de plaisir à défendre face au Ballon d’or ».

Les Féminines : En fin de match, on vous voit faire un geste avec vos doigts vers vos tempes : Au mental, les filles !

Gladys Boilard : « Oui il restait peu de temps, les 15 dernières minutes (après je ne savais pas qu’il y allait avoir 8 minutes de temps additionnel).  J’ai donc fait comprendre aux filles que le mental allait  y jouer encore plus en cette fin de rencontre pour éviter de se prendre un but. On avait réussi à le faire pendant 75 minutes, et puis sincèrement plus le temps passait et plus tu te dis “aujourd’hui il peut rien nous arriver”. Il suffit d’une action sur 50 pour marquer et surtout face à cette belle équipe de Lyon ».

Les Féminines : Quand vous arrivez en fin de match, dans les arrêts de jeu, vous pensez que c’est fait, vous allez au tir au but ou plutôt vous avez l’angoisse de prendre un but si proche de la fin de match ?

Gladys Boilard : « C’est presque fait on va au tir aux buts les filles (pas de prolongations pour les filles en Coupe de France). On peut tenir 4 minutes et repousser tous leurs centres, toutes leurs frappes grâce notamment à notre gardienne qui a fait des parades exceptionnelles. On a tenu 90′ et plus. A ce moment, on est mortes physiquement mais très vivantes mentalement. On vit sur des réserves qu’on a jamais utilisé auparavant. Un moment unique».

Les Féminines : Malheureusement vous prenez un but à la 94e minutes, et là tout s’écroule après le coup de sifflet final. On vous voit inconsolable ?

Gladys Boilard : «   Oui j’ai pleuré, j’étais inconsolable, les larmes coulaient toutes seules. Elles ont commencé quand j’ai vu le ballon dans les filets, je me suis écroulée. Pendant tout le match, plus le temps passe et plus tu as de chance d’atteindre les penaltys, c’était notre objectif. Et cette image et ce que j’ai ressenti à ce moment là était très intense émotionnellement À ce moment là, peut importe qui venait me consoler j’étais inconsolable. Joueuses de Lyon ou de mon équipe».

Les Féminines : Une question que tout le monde se pose, comment ressent on le fait de passer de 100 spectateurs en D2F à presque 5000 au Stade des Alpes et de se faire acclamer ?

Gladys Boilard : « Effectivement ça change beaucoup de chose 5000 personnes. On avait du mal à s’entendre sur le terrain, je devais parler beaucoup aux filles à côté de moi pour les guider au maximum. J’avais  l’impression de crier même si le public s’est réveillé un peu tardivement. C’était beau et merci à toutes ces personnes d’être venue assister au match. En espérant que cela amène un peu de monde le dimanche quand on jouera sur Grenoble ».

Les Féminines : Après un match comme celui-là, on se sent comment ?

Gladys Boilard : « Oui je ressors plus forte de ce match. Je me dis que je capable aussi d’évoluer à ce poste quand l’équipe à besoin car je ne joue pas tous les dimanche. Et j’ai beaucoup appris que ce soit la communication, le placement, l’intelligence de jeu, dans l’impact physique et surtout le dépassement de soi ».

Les Féminines : Comment se ressent-on le lendemain d’un tel match ?

Gladys Boilard : « Le réveil du lendemain fut quand même difficile. Le corps fatigué et la tête pleine de souvenirs et tu te dis tu y étais presque. Les collègues de travail m’ont amené le journal. J’étais en photo de couverture. Ils étaient tous fières et en même temps déçus pour nous d’avoir pris ce but en fin de match.

Après le match et dans la soirée du dimanche soir, tout ton corps et ton mental redescend petit à petit. J’ai essayé de me souvenir du match mais j’ai qu’une image qui revenait en tête, ce but ».

Les Féminines : Quelle conclusion tirez-vous de ce match ?

Gladys Boilard : « Je tenais à féliciter toute l’équipe pour ce beau parcours et surtout ce match de dimanche. Qu’il soit une référence dans les moments plus délicats et qu’il nous renforce encore plus collectivement. Ce groupe à été magique et à laisse une belle image. Ce n’est pas donné à toutes les d2 d’arriver en demi et de faire cette prestation face à la meilleure équipe d’Europe, voir du monde. On en gardera un beau souvenir et je leur souhaite à toutes de revivre des moments aussi intense. Bravo  au team. Le staff aussi et le club de nous avoir permis de jouer dans ce stade et d’avoir mis toutes les dispositions ce jour, pour être au top.

La haie d’honneur des lyonnaises était belle et ça procure beaucoup d’émotions ».

Raphaël Gomez pour Lesféminines.fr avec William Commegrain

Depuis, Grenoble (7e) aura réalisé 1 victoire et 1 défaite pour subir la loi du leader, Saint Etienne cette dernière journée. (Photos GF 38).