Normalement, le football est un sport d’équipe. Collectif. Avec onze joueuses ou joueurs de part et d’autres du terrain, il est impossible que la victoire ne dépende que d’une personne. Effectivement, cela ne peut pas être le cas. Sauf que tous les matches qui laissent une empreinte émotive forte sont ceux -justement- où la victoire a été celle d’un joueur ou d’une joueuse.

Prenons comme dernier exemple la performance de Di Maria avec le PSG contre l’OM dimanche dernier (3-1). Deux superbes buts et une passe décisive. Remontons quelques jours plus tôt et souvenons-nous de la performance de Cristiano Ronaldo avec la Juventus face à l’Atletico Madrid de Griezmann. Un triplé pour un (3-0) qui élimine le club champion de l’Europa League, après une victoire espagnole (2-0) à domicile.

Si on quitte les exemples masculins nombreux, pourtant référence des joueuses féminines, ce qu’elles confessent sans souci … On peut remonter au trois buts de Carly Lloyd lors de la finale de la Coupe du Monde 2015 face au Japon (5-2). Plus loin, en 2011, le superbe but égalisateur de la japonaise Homare Sawa qui obtiendra le titre mondial contre le Japon en 2011.

Des exploits individuels qui ont donné à chacune le titre de meilleure joueuse mondiale. En 2011 pour la capitaine japonaise. En 2015 et 2016 pour l’américaine -de déjà 33 ans à l’époque-.

Et oui, quand on flambe au féminin, cela se traduit rapidement par une reconnaissance européenne ou mondiale.

“Dans ce quart de finale entre l’Olympique Lyonnais et le Vfl Wolfsburg, il y a du Cristiano Ronaldo et Lionel Messi au féminin.”

Il s’agit de l’opposition entre Ada Hegerberg, premier Ballon d’Or féminin en 2018, meilleure joueuse UEFA 2016 et de Pernille Harder, meilleure joueuse UEFA en 2018, seconde au Ballon d’Or 2018. Sans compter Amandine Henry et les autres, très souvent nommées au tableau des performances.

Deux joueuses qui ont plusieurs points communs en dehors de leurs talents. Elles sont élevées à la culture sportive de l’effort et identitaire spécifique à l’Europe du Nord (Norvège et Danoise) ; elles ne joueront pas la Coupe du Monde 2019 prochaine et elles sont présentes dans la défense du féminisme. Pernille, par choix de vie personnelle, Ada par éducation culturelle et certainement parentale.

Une absence au Mondial pour des raisons différentes. La norvégienne par choix personnel, membre d’une équipe nationale qu’elle a quitté au lendemain de l’Euro dramatique en performance de 2017 et pour des raisons d’inégalités évoquées à demi-mot et la danoise, vice-championne d’Europe 2017, capitaine d’une équipe danoise, seconde derrière la Suède en phase de qualification et éliminée en finale des Play-Off européen par les Pays-Bas, championnes d’Europe. Une conséquence du premier forfait d’une équipe nationale ayant coûté 3 points aux danoises. Une grève pour avoir les mêmes droits que les hommes.

Quand vous avez un tel environnement, au sein des deux meilleurs clubs européens de ces dix dernières années, et deux joueuses au tel impact qu’elles vous transforment un match, vous avez les conditions du tube du groupe de rock Téléphone : “La Bombe Humaine”. La chanson fétiche d’un autre grand sportif, champion de la gagne et à l’émotion, Yannick Noah.

“Nos sens sont notre vie. Notre pauvre marionnette. Nos sens sont le chemin qui mène droit à notre tête. La Bombe Humaine, tu la tiens dans ta main. Tu as un détonateur juste à côté du coeur.

La Bombe Humaine, c’est toi, elle t’appartient. Si tu laisses quelqu’un prendre en mains ton destin. C’est la Fin.

Toute l’émotion du sport de haut niveau et de la performance sont là. Ne pas laisser quelqu’un prendre en main son destin. Une joueuse ou un joueur, dans un match à très haute intensité et enjeu, n’est et ne sera qu’émotions, sens. Pour aller, espérer, aller chercher une performance et être, dans un moment, une BOMBE HUMAINE de performances et de sens.

“je suis un électron bombardé de protons, chargé d’électricité”. Il n’y a qu’à voir les célébrations pour s’en convaincre. La voix cassée de jean-Louis Aubert crie la force de la jeunesse des années 80, pour finir par l’âme du combat et de la révolte. “Faudrait pas que je me laisse aller !” La Bombe Humaine, c’est l’arme de Demain ! Tu as un détonateur juste à côté du coeur !

Les joueuses lyonnaises et allemandes auront bien un détonateur juste à côté du coeur.

Les deux adversaires savent si bien gagner qu’elles n’accepteront pas de perdre. Qui a déjà vu la poussée de Pernille Harder ne peut l’oublier, qui a vu l’intensité que peuvent produire une Amandine Henry comme une Wendy Renard dans la volonté de battre l’autre ne peut qu’en être convaincu. Qui se souvient de la force physique et mentale qui s’étaient dégagé d’Ada Hegerberg pour changer le cours des matches de la Norvège, apathique, endormie, subissant quand la Norvégienne, élevée à l’ambition de la performance, était sortie de son rôle de 9 pour devenir 6 ou 8 et pousser son équipe sur le terrain adverse. Seule, trop seule, tellement seule que l’on peut comprendre sa réaction. Je ne veux pas m’habituer à la défaite, je quitte la sélection norvégienne. 

Mercredi soir, au Groupama Stadium, à 20h30 et en direct sur Canal Plus, il y aura de la BOMBE HUMAINE dans cette opposition entre l’Olympique Lyonnais, cinq fois championnes d’Europe (2011, 2012, 2016, 2017, 2018), deux fois finalistes (2010 et 2013) et le Vfl Wolfsburg, deux fois championnes d’Europe (2013 et 2014) et deux fois finaliste (2016, 2018).

Un Vfl Wolfsburg, multiple champion d’Allemagne qui n’a gagné qu’une fois (finale 2013) contre l’OL, champion d’Europe en titre, pour trois défaites européennes (quart de finale 2017, finales 2016 et 2018).

Ca va taper. Version football féminin.

William Commegrain lesfeminines.fr

https://youtu.be/lgfoOJziPfc