Le jeune coach vit en Espagne. A Barcelone. Il pratique la langue de Cervantes à la vitesse d’un Don Quichotte ! Fougueux, du talent à en revendre. La démocratie de la Jeunesse dans ses avis. L’apprentissage de la mesure dans ses réflexions et la compétence d’avoir raison dans ses raisonnements.

C’est cet ensemble qui fait que j’ai intégré les commentaires de l’ex-coach d’Albi et de Bordeaux sur lesfeminines.fr qui se veut porté à la compétence dans l’analyse du football féminin. Les faits sont les faits. Ils ne sont ni le monopole de l’expérience comme celui de la jeunesse. Ils ne demandent qu’à être vus et pour celui qui les voient, laissons-lui la parole et l’art de les expliquer.

Le jeu de la démocratie directe. Je crois que si les jeunes doivent apprendre à écouter. Les gens d’expérience doivent réapprendre à se lâcher. Chacun en respectant deux valeurs : la vérité et la compétence. A chacun ensuite de se faire son avis et un avis.

Theodore, comment étaient ces américaines que j’ai trouvé faible derrière face à la France ? 

Théodore Genoux : Agressives, puissantes, physiques comme une équipe d’Amérique du Nord. En terme de courses, c’est très volontaire. Agressives bien plus haut que contre les françaises. Empêchant immédiatement le jeu “barcelonais” espagnole à se mettre en place avec un bloc assez haut. Récupérant très haut et très vite. Elles basculent vite de gauche à droite et elles ont frappé très souvent !

Pourtant un résultat serré et un but (Press 53′) qui aurait pu être sauvé !

Théodore Genoux : si j’avais eu un rapport à faire pour Corinne Diacre j’aurais dit que le jeu américain est pénalisé par un manque de créativité flagrant. Dans les phases de possession, elles ne sont pas extraordinaires. Elles ne savent pas quoi faire de dangereux quand elles ont le ballon. A mon sens, face à elle, il faut leur laisser la possession et les punir en contre.

D’autant que leur défense a été très faible au Havre !

Theodore Genoux : là, elles ont été meilleures sur ce plan mais en face, il n’y avait pas de la vitesse comme avec Kadidiatou Diani et Marie-Antoinette Katoto. Le coach espagnol avait mis en pointe Jennifer Hermoso qui est une joueuse d’appui. C’est d’ailleurs la faiblesse espagnole. Comme pour le FC Barcelone, elles sont bien moins fortes dans les 30 derniers mètres qu’elles ne peuvent l’être dans la construction de leur jeu. Bien maitrisé, sans panique avec des phases cohérentes même face à un adversaire comme le numéro 1 mondial mais sans intensité pour marquer dans les vingt derniers mètres.

L’Espagne ne vous a pas convaincu ? 

Theodore Genoux : je ne dirais pas cela. Elles ont de la maturité. Savent gérer les situations délicates. Elles ont gardé leur philosophie de relancer propre tout en répondant à l’impact américain mais ensuite, elles sont bien moins dangereuses dans les trente mètres. Et c’est quand même essentiel pour gagner des matches. Face aux meilleures, il faut marquer plus que d’encaisser !

Il reste que l’Espagne a bien tenu mais la victoire américaine n’est pas un hold-up. Les USA ont eu plus de situations de tirs au but -sans outrance- mais dans une compétition avec l’enjeu, cela aurait pu se terminer – c’est exact- sur un (0-0).

Pour moi, l’Espagne sera la grande surprise de ce Mondial, je crois à un retour du jeu vif qui fera la différence sur les sept matches de la compétition. Comme le Japon l’a fait au Mondial U20. 

Theodore Genoux : je mets un bémol (joker).

Et le Chili que vous avez vu jouer face à une sélection catalane ? 

Theodore Genoux : Je suis parti au stade avec une délégation. Pour moi, c’est faible. Essentiellement défensif. Plus faible que le jeu africain qui a plus de puissance. Un jeu physique et une mentalité à toute épreuve mais aujourd’hui, le football féminin international a dépassé ces enjeux. Et face à une sélection catalane amputée de celles convoquées dans la sélection espagnole, elles n’ont rien montré (0-0) malgré quelques occasions en fin de match. Pour moi, dans un groupe avec les USA, la Suède et la Thaïlande, elles ne peuvent qu’espérer face à ces dernières. Pour les deux autres, elles vont exploser.

Lesféminines.fr Il faut dire qu’elles ne jouent que tous les deux ans … ! Si elles n’avaient pas organisé la Copa América, certainement qu’elles n’auraient pas été au Mondial (2e de la compétition).

Et la gardienne capitaine Christiane Endler ? Qui partage la titularisation avec Kiedrzynek ? 

Theodore Genoux : elle n’a pas fait un grand match. Deux fois, sur les pénalties elle part du bon côté sans toucher le ballon. Pour moi, sur ce match, j’ai des réserves.

Au final, quel est votre sentiment sur l’Espagne et les USA ? 

Theodore Genoux : si j’avais eu à faire un rapport à Corinne Diacre, voilà ce que je dirais en sachant que la vérité n’existera que lors de la compétition. J’en veux pour exemple la défaite de la France contre la Colombie (2-3) et cinq mois plus tard, ils finissent champions du Monde.

Les américaines ont une organisation tactique très cohérente. Elles n’ont pas de phases de possession extraordinaires. Par contre, elles ont des phases de transition très dangereuses. Elles font très mal dans les phases de contre-attaques. Le plus gros danger, pour moi face aux USA, c’est quand on a le ballon et qu’elles le récupèrent.

Sur le plan individuel, elles ont Press qui fait mal mais j’ai été déçu d’Alex Morgan qui court à gauche comme à droite, sans être extraordinaire (98 buts en sélection).

Il faudra les revoir bien plus tard.

lesfeminines.fr On ne les reverra pas en Europe. Elles vont faire leur huit prochains matches de préparation aux USA. L’intérêt était de voir si la prestation face aux Bleues allait être la même contre l’Espagne (12e Fifa), jeune nation dans le concert des équipes mondiales A. Visiblement, les grandes tendances sont les mêmes, reste à voir quel a été l’impact des deux mois de trêve américaine dans ces deux prestations européennes. 

Pour moi, les américaines manquent d’intelligence en défense mais sont quasiment les meilleures au Monde en contre-attaque. Sauf qu’elles n’ont pas de numéro 9 devant.  

Theodore Genoux pour lesfeminines.fr