Etre sportive de haut niveau, c’est souvent partir tôt de la maison. Prendre la décision de la passion qui inquiète tant les parents, en charge de préparer l’avenir de leurs enfants. L’enfant, lui est ailleurs. A l’écoute de ses émotions. Son moteur de vie.

TABEA KEMME, internationale de la Mannschaft nous fait découvrir l’origine du football féminin de ce côté du Rhin. Entre passion et raison, l’Allemagne s’organise pour rester au plus haut niveau. Un modèle peut-être dépassé en 2018 qui explique “les toux” actuels du football allemand.

Comment se passe cet enchaînement de vie en Allemagne, pays où on trouve le plus grand nombre de footballeurs au Monde (plus de 5 millions).

Lesfeminines.fr Quand avez-vous commençé à jouer au foot?

Tabea Kemme. Très classique, dans la cour de récréation. À l’âge de cinq ans à l‘école, nous avons profité de chaque récré pour jouer au foot, parce que dans la cour il y avait toujours quelqu’un qui jouait au foot. Il y avait peut-être une ou deux autres filles, autrement j’ai toujours joué avec les garçons.

Lesfeminines.fr Est-ce qu’il y avait dans votre famille des frères et des soeurs qui ont joué au foot?

Tabea Kemme. Non, mes deux soeurs se sont intéressées pour les chevaux. Moi aussi j’ai fait du cheval, tout simplement parce que nous avions des chevaux chez nous. Mais pour moi cela devenait de plus en plus clair que je voulais jouer au foot. C’est plus facile, moins de préparation ! On file des chaussures, prend le ballon et on y va.

Lesfeminines.fr Quand êtes-vous entrée dans un club de foot ?

Tabea Kemme. Mon premier club était SG Freiburg /Oederquart en Basse Saxonie. C’est un club au nord de l’Allemagne près de l’Elbe. À l’âge de neuf ans. Mes parents n’avaient pas voulu me permettre de joindre un club d’un sport spécifique avant l’âge de dix ans. La raison était qu’ils pensaient qu’il ne faut pas tellement se fixer sur un seul sport, mais aussi entraîner tous les groupes de muscles. Et puis j’ai fait la gymnastique pour enfants et tous les autres types de sports. Mais j’ai pu les convaincre, il ne restait qu’un an et alors quand j’avais neuf ans je suis entrée dans un club de foot, j’ai fait partie d’une équipe de filles.

Lesfeminines.fr Vous étiez relativement jeune quand vous avez quitté votre famille pour jouer au foot à Potsdam? Comment cela s’est passé?

Tabea Kemme. En septembre 2005 il y avait ce grand évènement “La Jeunesse s’entraîne pour les JO”. Je m’étais qualifiée avec mon école, parce que nous étions championnes régionales. Chaque Land avait envoyé une équipe pour participer à ce grand tournoi à Berlin. Brandenburg y était représenté par la Sportschule Potsdam. Et ils ont regardé pour découvrir des talents, ils ont contacté mes parents et proposé de faire un entraînement d’essai. C’était au mois de septembre. En octobre j’ai participé à un entraînement à Potsdam et en février 2006 j’ai déjà été élève de l’École de Sport de Potsdam.

Tout cela s’est vraiment passé en seulement quatre mois. Moi personnellement, je n’aurais jamais eu l’idée de m’orienter vers un haut niveau dans le foot. Mais ma soeur m’a récemment dévoilé que j’aurais dit à l’âge de quatre ans: «Je veux devenir joueuse de l’équipe nationale» Moi, je ne m’en souviens absolument pas. Probablement j’avais déjà très tôt des idées dont jusqu’à présent je ne savais rien.

Lesfeminines.fr Avez-vous longtemps réfléchi si vous quittez votre famille pour jouer au foot à Potsdam?

Tabea Kemme. Non, absolument pas, je n’ai réfléchi aucun moment. J’avais 14 ans, c’était 100 % clair ce que je fais. Tout simplement parce qu’il s’agissait du foot. J’ai pensé “jouer au foot deux fois par jour, génial !” Et en même temps finir l’école ici à l’internat, encore mieux !

Lesfeminines.fr Cela fait 12 ans que vous jouez pour le 1. FFC Turbine Potsdam. Qu’est-ce qui vous a motivée de rester si longtemps au même club?

Tabea Kemme. Jouer au foot tout simplement. Ou plutôt je n’ai jamais choisi d’être exclusivement joueuse professionnelle. Dans ce cas j’aurais du dire, je mise tout sur le sport et je m’y oriente complètement. Cependant à partir de la quatrième j’ai été à la Sportschule besucht et en 2011 j’ai passé mon bac. Pour moi c’était tout à fait clair que je cherchais un métier.

Et en 2012 la police du Land de Brandenburg a établi un projet pour soutenir les sportifs. J’ai posé ma candidature et j’ai été acceptée. Je n’avais absolument pas l’idée d’aller ailleurs. La première fois, c’était en 2015 l’idée d’aller à l’étranger me plaisait. C’était peut-être parce que cette année j’avais participé au premier tournoi de l’équipe nationale, parce que j’avais voyagé et l’idée d’aller à un moment donné jouer au foot à l‘étranger m’était venue.

Changer de club au sein de la Bundesliga je n’y ai jamais pensé. Pour cela Turbine Potsdam est ma seule et première adresse. L’année dernière j’ai fini mes études, j’ai travaillé dans ma profession et maintenant je veux quitter ma zone de confort et pendant un certain temps me consacrer exclusivement au foot.

Lesfeminines.fr Est-il possible auprès de Turbine Potsdam de combiner formation ou études avec les hautes exigences sportives?

Tabea Kemme. Oui, en tout cas. Je pense à la bonne coopération avec le Olympiastützpunkt (centre olympique). Nous avons toujours eu des interlocuteurs et des conseillers pour la carrière. C’est quelque chose de très spécial ici à Potsdam. Déjà par les sponsors régionaux, où quelques joueuses travaillent à côté du foot. Je ne sais pas si on a de telles possibilités auprès d’autres clubs. Ici à Potsdam on a de très bonnes conditions pour une “carrière duable”. Je l’ai toujours ressenti comme un privilège.

Lesfeminines.fr Est-ce que c’est quelque chose qui est aussi important pour le club / Est-ce que le club y tient?

Tabea Kemme. En tout cas, les heures d’entraînement sont adaptées pour que chacune puisse travailler ou on fait des accords avec le partenaire, l’entreprise de formation. On tient compte de la période de formation et des heures d’entraînement. Pour la préparation d’un examen la joueuse parle avec l‘entraîneur et si nécessaire on est absente pendant un entraînement et après l’examen on se donne à fond dans les entraînements. C’est une question de bonne communication, moi j’ai toujours eu le soutien des deux côtés.

Lesfeminines.fr À l’âge de 14 ans vous êtes allée à Potsdam. Quels conseils donneriez-vous aux filles qui ont 14 ans et qui veulent jouer au foot à un niveau élevé?

Tabea Kemme. Moi j’ai toujours été très ambitieuse, toujours poursuivant mon but, très disciplinée. Ce sont des caractéristiques que chaque joueuse devrait avoir. Je n’ai pas pensé à ma carrière, je ne me suis pas mis de pression pour autant mais j’avais des exigences.

J’ai toujours donné le maximum pendant vraiment chaque session d‘entraînement – nous nous sommes entraînées deux fois par jour – . Naturellement, cela n’a pas toujours fonctionné, on a aussi de mauvais jours et on est abattue. Dans ces moments, il est important de voir comment on réagit et comment on s’en sort. Si on n’arrive pas à s’en sortir, on n’est pas fait pour cela.

Ce qui m’a aidé beaucoup après le bac, c’était l’idée que je ne voulais pas être dépendante du foot. Pour cela il m’était très important de me créer un second pilier. Avoir un métier comme chaque autre personne normale. Pour moi c’était la carrière auprès de la police où j’ai fait mes études que j’ai pu finir à côté du foot. Bien sûr si tu as de grandes ambitions, si en plus tu joues au foot avec succès, tu as des gens qui te soutiennent de la part du club, de la part des études, de la part du patron.

Et dans le cas de ma blessure quand ce n’était pas évident comment cela va continuer sur le plan sportif, j’avais toujours la certitude que j’ai ma deuxième possibilité, le métier que j’ai appris. Je crois que, si cela manque, on peut facilement se retrouver dans un tunnel. Pas seulement dans le foot masculin, mais aussi dans le foot féminin il y a des personnes qui ne se sont jamais immergés dans la vraie vie, mais qui vivent seulement dans leur bulle de foot. Si on vit seulement dans un tel cercle spécial, on ne se développe plus. Mais cela devrait être au premier plan: l’idée de se développer, dans le foot aussi bien que personnellement. Et pour cela le deuxième pilier est toujours une grand aide.

Gerd Weidemann pour lesféminines.fr