Marozsan Dzsenifer, capitaine de la Mannschaft, sous un sweat à capuche a tout d’une rapeuse. La très grande joueuse de la D1F que toutes les joueuses encensent sort, comme une demi de mélée de la zone mixte du Camp des Loges après un match nul et un pénalty raté. Juste derrière l’intendant qui lui ouvre le chemin. Tête baissée, capuche enfoncée dans le noir de cette fin de soirée où la nuit est bien marquée.

Seuls les traits fins du visage interpellent, le regard clair. Pas celui des fins de journée qu’on trouve dans les banlieues adeptes de ce code d’identité. Toujours à la recherche du regard des autres. Prêtes à la baston du regard. Histoire de ..

Non, la fille qui sort de cette terrible zone mixte parisienne -quand on est timide et réservée- est bien Dzsenifer Marozsan, la “best women’s player” de la D1F à chaque saison (2017, 2018) depuis les deux saisons qu’elle est à l’Olympique Lyonnais. La meilleure et pour autant, la fille la plus silencieuse de la D1F.

Avec la capitaine de la Mannschaft, ce n’est pas “silence-radio”, c’est “silence-micro”.

Le temps de s’interpeller sur cette ombre qui vient de passer, cinq centimètres plus bas que ces 1m71 et elle est déjà cinq mètres plus loin dans le tunnel de la sortie. Tête relevée. Grande. Contente. Heureuse. Peinarde. Sans avoir la moindre envie de se retourner si on l’appelle. Trop tard. Tchao. Tranquille.

Et pourtant sur le terrain superbe du Camp des Loges, certainement le plus beau de France, elle prend dix centimètres si ce n’est pas quinze de talents. Elle nous paraît grande, puissante, forte, rapide et décisive. Assez unique sans être transcendante. Juste au-dessus. Avec cette capacité incroyable de lancer une note inattendue, surprenante, guitare en main ou plutôt ballon aux pieds, dans un solo qu’elle aura sentie, puis jouée, sans savoir pourquoi mais en sachant comment. Le talent maitrisé.

Peut-être trop.

C’est le seul reproche que l’on peut faire à cette joueuse que j’ai gardé en mémoire avec son but incroyable (33′) face à la Suède en demi-finale de l’Euro 2013, sur les terres suédoises de Lotta Schelin et des nombreuses autres qui font notre championnat. Du bout du soulier dans un tacle offensif impossible pour une qualification en finale de la Mannschaft (0-1), pourtant bien décriée dans cette compétition par les anciennes, et qui finira avec son 8e titre (1-0) face à la Norvège d’Ada Hegerberg.

Comment oublier aussi sa présence lors de la finale WCL 2015 face au Paris Saint Germain (1-2) avec le gain pour le FFC Frankfurt de son quatrième trophée, club exclusivement féminin, orphelin maintenant de sa protégée d’origine hongroise, bien descendu d’un cran en Bundesliga (6e, 10V, 1N, 9D).

Dans ses rares interviews, la capitaine allemande, plus qu’honorée individuellement dit “que les reconnaissances individuelles la laisse de marbre, et qu’elle n’apprécie que celles collectives”.

Meilleure passeuse de la WCL 2018 ; la finale européenne face au club leader, Wolfsburg, devenu l’Olympique Lyonnais de la Bundesliga, sera une bonne occasion pour elle d’apporter quelque chose d’unique à l’Olympique Lyonnais (2011, 2012, 2016, 2017) : un cinquième titre dont un troisième consécutif, plaçant l’OL sur le plus haut toit de l’Europe, et en football féminin, pas loin de celui du monde.

Pour une allemande en football féminin, élevée au biberon des exploits européens (8 titres pour la Mannschaft), 6 titres de WCL sur neuf éditions dans la période 2002-2010, 3 titres et deux finales pour celle de 2011-2017, mettre son club au plus haut du toit européen, c’est tout simplement une motivation naturelle et normale. Et pour une joueuse professionnelle, peu importe que l’adversaire soit allemand.

Elle qui sait parler juste en reconnaissant “que la Bundelisga est bien plus difficile et homogène que la D1F”, très heureuse à l’Olympique Lyonnais, “dans le plus grand club du monde, qui a un niveau d’entraînement unique au monde”, Dzsenifer Marozsan (26 ans), capitaine de la Mannschaft, est prête à faire briller l’Olympique Lyonnais face au Vfl Wolfsburg, pour écrire l’Histoire.

En face, les Louves allemandes (2013, 2014), jeudi 24 mai à 18h00, “les deux meilleures équipes européennes” pour Camille Abily.

Pour une fois, l’Olympique Lyonnais n’est pas garantie de sa victoire. Un match réservé aux championnes. Cela existe chez les filles, sans tricher.

William Commegrain lesfeminines.fr