Première sélection à 29 ans !

Julie Debever, 29 ans, bientôt 30 le 18 avril prochain et sa première convocation en A. Dans le sport féminin, c’est un phénomène rare car les meilleures joueuses se révèlent très tôt. Prises pendant le fil d’une génération sportive (dix ans) et peu soumises à la concurrence. Le différentiel de pratiquantes dans chaque sport expliquant cette différence par rapport aux garçons.

Alors une arrivée à 29 ans en Equipe de France A, c’est un véritable événement. Peut-être un record sur les dix dernières années au niveau de la sélection d’élite ? Où de mémoire, une des plus anciennes, Sabrina Delannoy en 2012 (PSG) avait pris sa première sélection contre les Pays-Bas à l’âge de 26 ans et demi. Pour finir sa carrière, en 2016, avec 39 sélections au compteur !

On pense à certaines joueuses de D1F qui, passées 26 ans ont dû se dire que tout est fini pour ce Mondial 2019. Cette sélection, si elle est un peu tombée dans l’anonymat, doit faire réfléchir plus d’une joueuse.

Une joueuse calme et concentrée.

Corinne Diacre, après être allée vers des premières sélections auprès de joueuses sans passé, à l’exemple de Nadjma Ali Nadjim (23 ans) auparavant au Grenoble FC38 (D2F) pour maintenant défendre les couleurs des Girondins de Bordeaux, cherche quelque chose auprès des plus anciennes. Et la première erreur serait de penser qu’il s’agit juste d’une récompense “pour service rendu” pour cette défenseure qui a évolué à Hénin-Beaumont, Juvisy, Saint-Etienne et maintenant Guingamp depuis trois saisons. La coach française n’est pas amatrice de cadeaux qui n’ont pas leurs raisons d’être, et l’attente de Gaetane Thiney (32 ans, 144) pour retrouver la sélection (six mois) pourrait en être une explication.

A écouter avec attention l’interview de Julie Debever, on pourrait penser que la jeunesse “mentale” de la bretonne “je vais profiter au maximum de cette sélection” est un argument que Corinne Diacre veut maintenir dans un groupe qui doit conserver ou renforcer un état d’esprit novateur, encore sans certitude (1 victoire, deux défaites, trois nuls) pour avoir la garantie du passé sur les résultats à court terme.

Qui peut mieux qu’elle se rendre compte de l’occasion exceptionnelle qui lui est proposée ? Diplômée comme éducatrice spécialisée, à l’écoute des trajectoires non rectilignes, elle doit savoir que rien n’est acquit, mais que tout est possible dès lors que le vent souffle dans le bon sens. Ce qui est plus que le cas ! Sans se préoccuper des raisons pour cela.

Et là, la bretonne est exactement dans cette situation. Au bon moment, au bon endroit. Sans avoir à se poser la question du pourquoi.

La seconde raison pourrait être sa maturité et son calme dans des situations où le groupe est mis sous pression. On sait qu’un groupe est constitué de 23 joueuses et qu’une Coupe du Monde se joue avec des titulaires, bien encadrées par des remplaçantes dont certaines sont des armes de concurrence alors que d’autres sont des armes de compléments.

Corinne Diacre a visiblement trouvé son équilibre pour les gardiennes avec une numéro 1 qui ne se discute pas. Sarah Bouhaddi (OL, 129 sélections, 32 buts) suivie de Karima Benameur (Paris FC, 28 ans bientôt 29, 4 sélections) et de Solène Durand (EA Guingamp, 24 ans) ; elle cherche certainement la même hiérarchie au niveau de sa défense.

Sabrina Delannoy avait pris son bail avec l’équipe de France de la même manière. Deux filles du Nord. Un caractère calme, une grande maturité, qui pourrait correspondre à ce que cherche aussi la coach française dans un groupe fait de 23 joueuses.

Dans ce rôle, elle pourrait prendre une place.

A voir ce que décidera Corinne Diacre, soit contre le Nigéria (Vendredi sur Cstar le 6 avril au Mans à 21 heures), soit contre le Canada, Lundi 9 avril à 21 heures au Mans. Si elle tient son match, titulaire à Guingamp, elle jouera certainement une carte. Sa carte.

William Commegrain lesfeminines.fr