La déception est grande chez les joueuses de Fleury au coup de sifflet final. Mettre autant d’envie à tenter sans réussir à percer durant les 95′ de la rencontre. Difficile à supporter. D’autant que les joueuses d’Albi ont joué un match athlétique et physique, accepté par un arbitre « à la conception anglaise » du jeu. Alors inévitablement, il suffit de peu pour que les choses débordent. Même en football féminin.

Il suffira que les joueuses d’Albi, « comme des gamines d’U19 » reconnaîtra Théodore Genoux, se mettent à faire leur chant de victoire au coup de sifflet pour que toute l’amertume explose. De la colère, des mouvements d’humeur. Rares mais pour autant compréhensibles et juste vrais.

Le match valait plus que trois points.

Pour Albi avec 16 points, la victoire leur donne de l’oxygène pour le maintien, alors que pour Fleury, bloqué à 15 points, avec seulement trois points d’avance sur Rodez, premier relégable, la situation est plus compliquée avec de plus une fin de série pour les essonniennes après deux nuls et trois victoires qui ne peuvent entraîner que de l’amertume lorsque l’on perd, en plus, sur la petite des marges à domicile (0-1). 

“Nous on joue au moins. On se contente pas de balancer devant mais on a eu trop d’erreurs d’arbitrage. L’arbitre a été mauvaise. Lavogez et Clameron prennent des coups dans la surface et elles, elles n’ont rien.” dira le coach de Fleury.

Faut-il trouver là l’énervement de la fin de rencontre ? Fleury vous répondra plutôt que tout cela est la conséquence d’un “mauvais” arbitrage, laissant trop jouer ce qui va nécessairement au profit des équipes athlétiques défensives, avec un plan du jeu mis en place par le duo d’entraîneur albigeois Theodore Genoux et Patrice Garrigues, faisant confiance à la rapidité de leurs attaquantes et une défense “coupant les relations entre Salma Amani et Claire Lavogez” pour poser des problèmes aux essonniennes. Exactement ce qui arrivera.

“On joue avec nos qualités même si des fois on aimerait avoir un jeu moins direct. On sait que l’on est rapide devant et que depuis plusieurs matches on a une bonne défense. Après une mauvaise série, on s’est appliqué sur ces consignes et cela nous a porté chance, notamment en fin de match alors que nous avons souvent été remonté en fin de rencontre face à Soyaux et Bordeaux. Donc on très content du résultat.”

Un jeu déterminé des deux côtés

Pourtant tout avait bien commencé, avec un concert d’intentions des deux côtés et notamment une main mise incroyable de Fleury sur le jeu pendant les dix premières minutes. Décidées à prendre à la gorge leurs adversaires dont il faut reconnaître la qualité d’avoir su et pu supporter ce premier challenge essonnien, à l’image d’une Charlotte Fernandes, aux jambes de feu, pour avoir “mis dans le vent”, dès la deuxième minute, trois adversaires sur le côté gauche.

Albi, de son côté, fait de joueuses athlétiques supérieures en taille et poids à leurs adversaires, ne lâche pas prise et Khoury, essentielle dans le jeu offensif de son équipe cette après-midi, au jeu très masculin à la manière d’un Dahleb parisien, glisse sur le côté gauche pour distiller un centre qui ne trouvera pourtant personne (11è).

Le jeu est au combat et la qualité de décision fera la décision.

Ce sont toujours les équipes qui font le jeu qui prennent le risque d’être discutées dans leur qualité de décision. Beaucoup moins celles qui produisent une opposition défensive, pouvant aller à perdre rapidement le ballon, armée plutôt à supporter la nouvelle attaque qui se prépare. Fleury manquera de qualité dans cette fameuse dernière décision, soit dans la passe qui décale avec trop de déchets dans le jeu comme dans les tentatives de dribbles, soit dans l’initiative de tir qui peut faire mal. Ainsi Charlotte Fernandes, auteure d’un superbe contrôle, hésitera à faire la demi-volée qui pouvait s’ensuivre (13′).

Comme souvent, c’est sur un coup de pied arrêté de l’équipe qui défend que les premiers dangers se refléteront avec une tête cadrée de Cazes (24′) bien prise par Guignoux. Et comme souvent, dans l’instant qui suit, l’équipe qui domine n’accepte pas “le coup de chaud” subit et dans la minute suivante, Charlotte Fernandes finit une action cadrée qui oblige Lambert à faire son second arrêt sur ce contre rondement mené (25′).

Albi utilise ses joueuses de contre

Les albigeoises tiendront ce rythme d’enfer proposé par Fleury en leur faisant comprendre qu’elles en avaient la capacité et, de plus, qu’elles pouvaient aligner des contres de qualité sous la baguette d’un trio Khoury, Mijatovic et Cazeau, certainement responsable de la victoire de cet après-midi.

Pilar Khoury aura d’ailleurs été le poison de Fleury. Elle se permettra même de mettre le seul but de la partie sur une position contestée de Fleury (hors jeu ?), la laissant aller au duel contre Gignoux pour aisément la dribbler jusqu’à toucher quasiment la ligne de but afin d’être sûr de marquer ce but qui s’avérera être le but en Or des cathares.

le but appliqué de Khourti qui va jusqu'à la ligne de but pour marquer (37', 0-1). crédit Remi Poirier. Lesfeminines.fr

le but appliqué de Khourti qui va jusqu’à la ligne de but pour marquer (37′, 0-1). crédit Remi Poirier. Lesfeminines.fr

La mi-temps se sifflera sur ce constat. La vitesse et la qualité des attaquantes albigeoises, Pilar Khoury, Milika Mijatovic et Kimberley Cazeau (pourtant visiblement grippée) donne une légitimité au plan de jeu des visiteuses alors que Fleury, s’enferme dans ses bonnes intentions face à une défense athlétique qui lui propose un combat à la limite du jeu et qui aurait demandé des jeux en triangle bien plus patients, sans contrôle excessifs, pour les faire déjouer.

La seconde mi-temps suit le même scénario

La seconde mi-temps se joue selon les mêmes intentions mais Fleury, dominateur, n’arrive pas à inquiéter Lambert, même sur un coup franc de Claire Lavogez (47′) alors que, pour Albi, Kimberley Cazeau aura une superbe occasion face à Guignoux (49′) suivie de Milica Mijatovic (53′, 83′) reprise sur le bout du fil par Coudon.

Cette qualité offensive oblige d’ailleurs Fleury à rester attentif dans une défense à quatre, ce qui laisse trop peu de joueuses dans le secteur offensif pour lutter avec efficacité contre les huit joueuses albigeoises qui s’alignaient face à chaque mouvement des essonniennes.

Albi vont-elles craquer néanmoins ? 

Soumis à une forte pression de Fleury, les supporters des essonniennes espèrent qu’Albi craque sur la durée et c’est là que les décisions arbitrales ont été le plus soumise, à discussion. Rappelant qu’avec un arbitre “à l’esprit anglais”, le jeu athlétique bénéficie d’un avantage évident, Fleury s’est trouvé déstabilisé par ses décisions notamment sur une claquette de Lambert face à Charlotte Fernandes qui aurait certainement donné un pénalty si la joueuse était tombée immédiatement dans l’action (84′). A l’inverse, la faute de Cazes, en attrapant son adversaire, méritait un second jaune, synonyme de rouge.

Les essonniens ayant aussi des réactions excessives en réclamant une main dans la surface alors que Rouzies ne fait qu’intercepter la balle “plein ventre” (86′, voir photo) ou sur une charge physique de Lambert sur Claire Lavogez qui vient bien chercher la balle pleine mains (voir photo). Un dernier tir de Maeva Clameron des vingt cinq mètres frôle la transversale. Tout juste internationale, elle nous fait ressentir l’excès offensif de Fleury qui aurait gagné à jouer avec une diversité d’intentions.

Tout cela fait partie de la petite histoire du football. Le football féminin vivant maintenant les mêmes émotions que les garçons. Score serré, émotions démultipliées. On peut juste conclure en confirmant qu’un arbitrage “trop anglais” ne peut que susciter des soucis lorsque le calendrier commence à se terminer.

Bilan

Le match se terminera sur de l’émotion qui concrétiseront trois points de plus pour Albi et aucun pour Fleury. Une défaite qui ne peut être qu’amertume mais qui doit aussi ouvrir la porte à l’analyse pour les essonniennes. Les prochains matches seront tous de la même facture. La fin de saison a trop d’enjeux pour que le jeu soit ouvert.

Au bilan Fleury a mis trop de coeur à l’ouvrage et pas assez d’expérience pour revenir face à une équipe albigeoise, cohérente dans son plan de jeu mais qui avait aussi le défaut d’être bien trop près de ses adversaires. Quant aux événements de fin de rencontre, elles seront le piment d’une prochaine confrontation entre les deux équipes. A l’évidence, la défaite est restée en travers de la gorge des joueuses et du staff de Fleury.

Les matches de football féminin se pimentent. Ce ne doit pas être pour déplaire à Christophe Taine, ex-coach du Paris FC (National avec une montée en Ligue 2) venu au stade de Fleury, en spectateur. 

William Commegrain lesfeminines.fr

Fleury – Albi : 0-1 (0-1), à Fleury-Mérogis (Stade Lascombe) – 244 spectateurs
Arbitre : Anaëlle Loidon

0-1 Pilar KHOURY 39′ (Lancée à la limite du hors-jeu, Khoury devance la sortie de Gignoux et pousse tranquillement le ballon au fond)

Avertissements : Butel 27′, Sissoko 58′, Haupais 64′ ; Khoury 58′, Cazes 73′, Stefanovic 90+4′
Fleury : Gignoux ; Sissoko (cap), Multari, Haupais (Coudon 67′), Butel ; Clemaron, Corboz (Chatelain 81′) ; Rabanne (Palacin 60′), Amani, Fernandes ; Lavogez
Banc : Benoist, Traikia, Palacin, Chatelain, Coudon
Albi : Lambert ; Belkhiter, Rouzies, Cazes, Stefanovic ; Leuko, Mitchai (cap) ; Cazeau, Mijatovic (Martinez 84′), Benlazar (Pantelic 79′) ; Khoury (Condon 90+3′)
Banc : Viollaz, Martinez, Schlepp, Pantelic, Condon

L'arrêt de Rouzies du ventre de la 86'. Crédit Rémi Poirier. Lesfeminines.fr

L’arrêt de Rouzies du ventre de la 86′. Crédit Rémi Poirier. Lesfeminines.fr