Des points communs, elles ont démarré ensemble en 2003

Les deux coaches qui vont s’opposer dans cette rencontre traditionnelle de novembre ne manquent pas de points communs. De la même génération, Steffi (44 ans) a porté le maillot de la Mannschaft la même année que “Coco” devenue Corinne Diacre (2003). Les deux sont restées fidèles à leur club de coeur puisque l’internationale française (121 sélections, 14 buts) a toujours porté les couleurs de Soyaux quand la milieu de terrain allemande (111 sélections 9 buts) a fait un démarrage ponctuel aux Etats-Unis (2002-2003, Washington Freedom) dont elle porte la double nationalité et jouer la quasi totalité de sa carrière pour les couleurs de la quadruple championne d’Europe, le FFC Frunkfurt.

A une année près, elles sont devenues sélectionneure de leur nation. 2016 pour Steffi Jones, 2017 pour Corinne Diacre. Leur vision du jeu est proche. Toutes les deux défensives et connaisseuses du football féminin.

Pourtant un seul match commun entre les deux joueuses, 

De la même génération, sur les 15 oppositions enregistrées par la FFF, elles ne se sont rencontrées qu’une seule fois. Le 30 mai 1999 pour une sévère défaite française (4-1) dans un tournoi amical Outre-rhin.

C’est peu, et la balance pèse du côté allemand avec 9 victoires pour 3 nuls et 3 défaites contre les françaises.  Cependant, la roue récente est plutôt plus favorable pour les françaises dans la période (2012-2017) avec trois bons matches nuls (2012, 2013, 2017) en contenus pour ceux qui s’en souviennent contre une seule défaite aux USA (2016, 0-1), précédée par l’inoubliable défaite en 2015, lors de la Coupe du Monde au Canada aux tirs au but (1-1) et pour le point positif, une victoire historique française à Offenbach en novembre 2014 (0-2). C’est d’ailleurs le dernier match joué en Allemagne, puisque tous les suivants se sont faits lors à l’extérieur (2015, 2016, 2017).

Cette période est un bon indicateur de la proximité des deux équipes avec un match tous les ans à compter de 2012 entre la Mannschaft et les Bleues.

De 2007 à 2009, il y eu seulement trois matches dans cette courte période où l’Allemagne avait doublé son titre de championne du monde (2003 et 2007) et remportait son cinquième euro consécutif. Dont deux lourdes défaites (5-1 et 0-3) mais la France (2007) avait réussi, là encore à remporter une victoire au Portugal qui constitue d’ailleurs le dernier match de Steffi Jones face aux françaises.

Il y aura une autre période, de 1991 à 2003, avec cinq matches. Celle-ci est totalement en faveur des allemandes sauf, là encore, une victoire française en 2003 à Ozoir la ferrière où Corinne Diacre fêtait sa 99è sélection quand Steffi Jones n’était pas dans les joueuses sélectionnées.

Le bilan est donc de 9 défaites, 3 matches nuls et 3 victoires pour les Bleues.  Un decompte qui n’est pourtant pas mauvais pour Corinne Diacre qui a connu une des rares victoires françaises (2003) quand Steffi, dans un autre match (2007), aura subi la défaite en tant que joueuse face aux Bleues.

Tout cela donnerait à penser que l’Allemagne recevra tranquillement la France à BIELEFELD, le 24 mai 2017, sous les caméras de CStar en fin d’après midi (18 heures). Pourtant Steffi Jones est sur la sellette.

Steffi Jones. Ex internationale allemande. Présidente du comité orga de la CM 2011 en Allemagne. Sélectionneuse de la Mannschaft depuis 2016.

Steffi Jones. Ex internationale allemande. Présidente du comité orga de la CM 2011 en Allemagne. Sélectionneuse de la Mannschaft depuis 2016.

Steffi Jones discutée en Allemagne

La victoire de l’Islande en Allemagne (2-3) sous le sifflet de Stéphanie Frappart dans ce groupe 5 de la qualification au Mondial en France mi-octobre a du mal à être digérée (première défaite depuis 20 en qualification) après l’élimination en quart de finale de l’Euro 2017 des troupes de Steffi Jones, quand Silvia Neid avait laissé la Mannschaft avec une médaille d’Or Olympique aux JO de Rio 2016 !

Le président de la DFB a soufflé sur des braises : «Dans la phase de la qualification les prestations de la sélection n’ont pas été améliorées, mais ont été déteriorées. Cela ne vaut pas la peine de tourner en rond sur cela. » Le président du DFB, Monsieur Grindel, l’a dit à une chaîne de télévision allemande lors de la mi-temps du match Allemagne contre les Îles Féroé. En référence au match amical contre la France il a aussi dit «… on va bien analyser les prochains matches pour voir si nous croyons que l’augmentation de la performance, que nous attendons bien sûr, suffira pour la qualification.”

Nous voulons, avec de fortes actions défensives, empêcher le jeu des françaises !
Alors les médias s’interpellent et Steffi Jones s’explique dans la presse (traduction de Gerd Weidemann) : “Comme nous, l’Équipe de France vit un grand changement de joueuses. Nous sommes toujours en étroite communication avec la sélectionneure des U-20 pour éviter tout surcharge car on veut aussi avoir une équipe performante en U-20 qui participe à la Coupe du Monde en France l’année prochaine (2018).“”

De plus, elle doit faire face à une cohorte de blessées : Pauline Bremer (fracture tibia péroné), Sara Däbritz (blessure articulation cheville), Carolin Simon (problèmes musculaires), Sara Doorsoun et Kristin Demann (les deux ont une blessure à l‘épaule) !

C’est une Allemagne interrogative qui reçoit la France en y voyant un indicateur précis de leur niveau actuel : “Pour nous il s’agit d‘un test idéal à haut niveau, qui nous montrera où nous en sommes. Elles disposent d’un bon mélange de joueuses jeunes et de joueuses expérimentées. Nous connaissons les françaises en tant que joueuses qui maîtrisent très bien le ballon, font de très bonnes passes et techniquement elles sont incroyablement fortes. À tous les égards elles vont exiger beaucoup de nous. Il nous faudra une mentalité forte, de la présence sur le terrain et nous voulons, avec de fortes actions défensives, empêcher le jeu des françaises”. 

L’Allemagne conquérante a changé comme la France challenger a changé !

Les joueuses sont dans le même état d’esprit.

Linda Dallman confirme : “Avec la France nous aurons devant nous un adversaire de l’élite internationale. Il s’agit d’un adversaire avec qui nous voulons nous comparer, c’est notre prétention de jouer sur ce niveau. Et justement pour cela il est très important de voir où nous en sommes avec notre développement et nos forces. Sarah Doorsoun, pourtant blessée, précise : “Ce sont toujours des matches à un niveau élevé et ce match demandera beaucoup de nous” quand Simone Laudehr voit la France comme : “C‘est un des adversaires les plus difficiles, une des équipes les plus fortes en Europe. Après ce match nous saurons où nous en sommes et surtout à quoi nous devons encore travailler”.

Elle s’attendent à un match difficile sur leur terre puisque la dernière confrontation en Allemagne s’était terminée par une victoire française à Offenbach (novembre 2014, 0-2) pour un bilan récent qui reste favorable à l’Allemagne. Avec en 2017, match nul aux USA (0-0) à l’occasion du ShebelievesCup, défaite (0-1 aux USA) lors de la 1ere édition du même tournoi et défaite aux tirs au but en 2015 (1-1) pour le quart de finale de la Coupe du Monde. Toutes à l’extérieur.

Quant à la question de la pression sur Steffi Jones. Elles appliquent toutes la même théorie que Thierry Henry quand on l’a interrogé sur son amitié avec Karin Benzema et Didier Deschamps, le sollicitant dans un rôle de médiateur : “dans le football, c’est chacun son combat.”

Pour les joueuses de Steffi Jones, la réponse vaut tout autant : Simone Laudehr : “Naturellement je ne connais pas les discussions internes”. Sarah Doorsoun : “Je crois que nous, les joueuses, nous ne devrons pas nous occuper beaucoup de cela”.

William Commegrain avec les interviews et la traduction de Gerd Weidemann.