Jackie Groenen au micro de Gerd Weidemann. A quelques jours du choc entre Montpellier et l’OL et la rencontre fraternelle entre Shanice Van de Sanden (Ol) et Anouk Dekker (Mhsc), nous revenons avec Jackie Groenen sur ce qui a fait la victoire des Pays-Bas à l’Euro 2017. Une envie folle de montrer au pays qu’elles savaient jouer et qu’elles jouaient bien. Pour aimer le représenter et en être aimées. Comment s’est passée cette performance, saluée par les stars masculines des Oranjes ?

Jackie Groenen. Championne d'Europe. Crédit Katrin Müller. Lesfeminines.fr

Jackie Groenen. Championne d’Europe. Crédit Katrin Müller. Lesfeminines.fr

Les Pays-Bas ont véritablement surpris en obtenant le titre de Championne d’Europe de cette douzième édition après une hégémonie de huit titres allemands sur les onze précédents. Comment s’est passée la construction de cette victoire ? Jackie Groenen, vingt-deux ans, joueuse du FFC Frankfurt qui n’a pas joué l’Europe avec son club depuis la finale gagnée de 2015 face au PSG, nous donne les mots et émotions de l’intérieur !

Lesfeminines.fr. Comment s’est passé la préparation au Championnat d’Europe de football féminin 2017?

Jackie Groenen. Après avoir manqué la qualification aux Jeux Olympiques en mars de l’année dernière (2016 aux Pays-Bas) nous nous sommes concentrées sur la préparation du grand tournoi dans notre propre pays. Ainsi nous avons eu des matchs contre les grandes nations du foot féminin comme l’Allemagne et  les États Unis. En janvier 2017 Sarina Wiegman est devenue sélectionneuse. Nous avons encore renforcé la préparation et presque chaque mois nous nous sommes réunies pour préparer l‘Euro. On avait préparé un vrai plan. Comment organiser au mieux le temps jusqu’au premier match de l’Euro ? Lors de la phase de préparation en 2017 nous avons joué contre de grandes équipes de tournoi comme la France, et après aussi contre l’Autriche et l’Islande. La préparation a été longue. Directement après la fin des championnats nous nous sommes retrouvées – moi par exemple après la fin de la Bundesliga il ne me restaient que trois jours de libre. La préparation s’est déroulée de façon qu’au début du championnat d’Europe chaque joueuse soit vraiment au top. Pendant ce temps, surtout sous Marina, nous avons progressé. Contre la France en avril nous avons perdu 1 – 2. Cependant, pour nous le score final n’était pas important, nous voulions jouer d’une certaine façon et aussi montrer durant la préparation que nous sommes capables de jouer au foot, enthousiasmer le public aux Pays Bas pour qu’il ait envie de venir voir nos matches. Je crois que cet état d‘esprit nous a énormément aidé dans ce tournoi.

Lesfeminines.fr – Dans votre premier match contre la Norvège (vice-champion de l’Euro il y a quatre ans) l‘équipe a fait un match extraordinaire, est-ce que vous vous etiez attendu à cette victoire en ouverture?

Jackie Groenen. Dans un certain sens Oui. Lors de la phase de préparation nous avons senti que c’était notre tour. Nous sommes une équipe qui a des joueuses avec beaucoup de qualités, très différentes et aussi une équipe qui se bat ensemble. A nos yeux, nous n’étions pas favori, mais nous avons compris quand tout va ensemble, que nous pouvons battre toutes les équipes. C’est avec beaucoup de confiance en nous-même que nous étions sur le terrain. Et il ne faut pas sous-estimer ce que cela fait avec les joueuses quand tant de gens de ton propre pays te soutiennent, et cela nous a donné un essor supplémentaire.

Lesfeminines.fr – Qu’est-ce que vous avez ressenti avant le tout premier match?

Jackie Groenen. J‘étais très nerveuse, bien sûr. Pour moi c’était le premier grand tournoi avec l’équipe nationale et c’était aussi très spécial parce que le tournoi avait lieu dans notre propre pays. Quand nous sommes arrivées avec le bus au stade, alors honnêtement, nous avions toutes des larmes aux yeux. Il y avait là déjà tant de gens qui nous attendaient, qui étaient habillés en orange, c’était quelque chose de si beau. Nous sommes allées dans les vestiaires et nous avons pensé : “alors, c’est très spécial, on y va et on y prendra plaisir !”. Pendant tout le tournoi nous avons eu cet état d‘esprit et cela nous a beaucoup apporté pour la compétition.

Lesfeminines.fr – Depuis quand êtes-vous  dans l’équipe nationale et pourquoi est-ce que c’est si spécial que vous portiez le numéro 14?

Jackie Groenen. Depuis janvier 2016 je fais partie de la sélection et quand en janvier 2017 Sarina Wiegman est devenue le nouvel entraîneur, elle m’a tout de suite dit qu’elle avait confiance en moi et ainsi elle m’a utilisé. Quant au numéro 14, pendant la préparation j’avais encore le numéro 18. Sarina savait que j’aimerais beaucoup porter le numéro 14 et quand la joueuse, qui portait le 14 s’est blessée peu avant la compétition, Sarina est venue et m’a demandé si je voulais avoir le numéro 14. Bien sûr j’ai tout de suite dit Oui. Pour moi c’est un grand honneur, puisque c’est le numéro de Johan Cruyff. C’est lui vers qui je me suis toujours un peu orientée. J’ai toujours regardé des vidéos de ce footballeur. Il a toujours été un modèle pour moi quand j’étais jeune, et à cause de cela c’est vraiment quelque chose de très spécial pour moi de pouvoir porter son numéro.

Lesfeminines.fr – Votre phase de groupe s’est très bien passée. Vous avez battu la Suède et l‘Angleterre, est-ce qu’il y avait un match qui était particulièrement difficile?

Jackie Groenen. Oui, en tout cas, c’était le match contre le Danemark dans la phase de groupe. Un match vraiment très difficile dans lequel nous n’avons pas montré ce dont nous étions capables. Peut-être bien à cause de notre premier match ? Le match d’ouverture de l’Euro contre la Norvège, où nous avions vraiment donné tout. Quand on fait un très, très bon match, le match suivant est souvent difficile à jouer. La pression avait aussi grandi, de la part des Pays Bas, des supporters, des médias. Nous devions nous battre pour emporter ces trois points. Mais cela nous a montré aussi pourquoi nous avions le sentiment de pouvoir devenir champion d’Europe. On dit souvent, que l’équipe qui maîtrise aussi les matches difficiles devient “champion”. Et cela a bien fonctionné avec nous.

Lesfeminines.fr – Est-ce qu’il y avait un match après lequel vous vous êtes dit “maintenant nous y arriverons !” ?

Jackie Groenen. Au fait, dès le début du tournoi nous avons pensé que nous pourrions le faire. Le match le plus grand, le plus décisif, c‘était le match contre la Suède. Avant nous avons toutes pensées : “La Suède, c’est le deuxième lors des jeux Olympiques de 2016, cela va être un match très dur”. Mais à vrai dire nous avions un bon sentiment pendant tout le match. Le sentiment de pouvoir battre les Suédoises. Dans un certain sens c’était un petit tournant, quand nous avons pensé: “Si nous gagnons ce match, nous pouvons atteindre encore plus”.

Lesfeminines.fr – La sélection a bien été couverte dans les médias, qu’est-ce que cela a signifié pour vous, les joueuses?

Jackie Groenen. Pour nous, c’était une nouvelle expérience d’obtenir tant de soutien, mais c’était bien, nous en avons tiré beaucoup d’énergie. C’était aussi un bon signe qui montrait qu’on nous prenait au sérieux. Et en plus il y avaient des footballeurs masculins ainsi que des analystes qui autrefois se sont exprimés négativement par rapport au foot féminin, et qui alors ont apporté leur soutien au foot féminin. Pour nous cela montrait que, dans notre pays, nous avons pu changer quelque chose de l’opinion générale sur le foot féminin.

Lesfeminines.fr – Et les spectatrices et spectateurs au stade?

Jackie Groenen. … ont été géniaux. Nous savons toutes que jamais nous allions revivre encore une fois quelque chose de pareil, d’une telle dimension, parce que c’était un championnat d’Europe chez nous, à domicile. C’était la première fois qu’on nous a tellement soutenu, ce n’était pas tout à fait inattendu, mais la dimension du soutien nous a surprise. Le lendemain de la finale nous sommes allées en bus à Utrecht, ensuite nous avons pris un bateau sur les canaux de la ville et du bateau, nous sommes allées dans un parc pour monter sur une scène et il y avait là une foule de  22,000 personnes qui nous ont fêté. Une folie, c’est  quelque chose qu’on n’oubliera jamais. J’aime toujours regarder des photos de ce jour. C’était simplement grandiose.

Lesfeminines.fr Décrivez-nous un peu la situation du foot féminin dans les Pays Bas?

Jackie Groenen. Il y a dans les Pays Bas un championnat  relativement récent, qui existe maintenant depuis environ 10 ans. Ce championnat est en train de se développer, et il y a de plus en plus de clubs du foot masculin qui créent des sections féminines comme l’Ajax Amsterdam et PSV Eindhoven. Dans le passé c’était presque toujours le club de Twente Enschede qui jouait dans la Ligue des Champions, et il y a deux ans elles avaient même battu Bayern München. Pour la saison à venir, c’est l’Ajax Amsterdam qui participera à la Ligue des Champions.

Lesfeminines.fr  Qu’est-ce qui signifie votre victoire pour le foot féminin dans les Pays Bas?

Jackie Groenen. Je pense que c’était très important pour le foot féminin et j’espère que cela créera davantage de possibilités pour les jeunes filles qui veulent jouer au foot. Et comme j’ai souvent dit dans les Pays Bas : “Quand j’étais jeune fille, j’avais comme modèle toujours un footballeur et la différence maintenant c’est que les jeunes filles peuvent avoir des footballeuses comme modèles”. Aussi pour nous, les joueuses cela signifie un grand honneur.

Lesfeminines.fr – En quoi la fédération doit contribuer pour soutenir et encourager le foot féminin?

Jackie Groenen. L’association a déjà commençé à être active dans ce sens, mais le problème qui existe toujours, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes joueuses qui vont à l’étranger. La raison est simple : elles y gagnent plus d’argent et cela sans devoir travailler à côté du foot et cela met le foot féminin sur un niveau plus professionnel. Dans les Pays Bas, c’est toujours le cas que les joueuses dans la première division travaillent des heures et des heures à côté de leur sport. Dans ce sens, la fédération pourrait simplement investir plus d’argent et arranger de façon que les joueuses touchent un salaire mensuel pour pouvoir en vivre et cela aiderait le foot féminin dans les Pays Bas à devenir plus professionnel.

Lesfeminines.fr – En retrospective qu’est-ce qui était décisif pour le succès de l‘équipe?

Jackie Groenen. Je crois que la volonté absolue nous a poussé, et nous voulions montrer au public quelque chose de bien à regarder. Les joueuses, avaient aussi beaucoup de grandes qualités différentes, il y avait Lieke Martens, une joueuse qui sait très bien dribbler, devant il y avait Vivianne Miedema, qui est toujours très dangereuse et qui peut marquer à chaque moment, et il y avait Shanice van de Sanden, qui est si rapide que personne ne peut la stopper. Nous avions aussi un milieu de terrain très stable, et notre défense était aussi solide. Jusqu’à la finale nous n’avons encaissé qu’un seul but. Nous avions vraiment toutes les qualités techniques pour gagner.

Lesfeminines.fr – Est-ce que la sélection des Pays Bas, dans l‘avenir, sera capable de jouer au même niveau que les Grandes?

Jackie Groenen. Et oui, je crois que nous avons la qualité. Notre victoire ne rend pas les choses plus facile parce que nous ne sommes plus considérées comme “underdogs”. On le voit quand on regarde l’Allemagne, alors si on a cette pression de toujours devoir gagner, cela ne rend pas les choses plus faciles. Je crois que notre équipe aura cette qualité aussi dans l‘avenir mais nous n’accepterons pas qu’une telle pression se développe.

Lesfeminines.fr – Quelle était lors du Championnat d’Europe, l’expérience la plus particulière?

Jackie Groenen. À part le premier match qui était extra et la finale ; le plus spécial c’était pour moi le fait que les footballeurs masculins nous ont soutenu. Cela paraît peut-être un peu drôle que je dise cela, mais ce n’était pas toujours comme cela et ce soutien nous a donné beaucoup d’énergie. Ils ont vraiment regardé notre foot, des choses importantes ont été critiquées. La critique n’est pas mauvaise, ce qui est décisif : C’est le respect avec lequel ils ont regardé nos matches comme des matches de foot et pas comme quelques jeunes femmes qui passent leur temps à courir sur un terrain. Et cela, c’est la grande différence. Pour nous c’était un des points les plus importants de l‘Euro : Nous voulions montrer que nous savons vraiment jouer au foot et que cela fait plaisir de nous voir jouer. Ce développement est si important pour le foot féminin dans les Pays Bas, comme aussi dans d‘autres pays. Nous voulions montrer comment nous jouons, c’est pour cela que nous avons toujours poussé vers l’avant. Nous n’avions pas l’intention de jouer tactiquement, nous voulions montrer que nous sommes capable de bien jouer au foot. C’était l’état d‘esprit, qui nous a fait atteindre notre objectif.

Lesfeminines vous remercie de cette interview. Gerd Weidemann.