Faire d’un sport, sa vie. C’est un sacerdoce. On ne vit que pour cela. Les week-ends s’ajoutent aux week-ends à faire la même chose. Partir pour jouer. Certaines équipes ne reviennent qu’avec des défaites et elles doivent, à chaque fois, “remettre le couvert”. D’autres ne font que gagner, et pour Elles, la victoire doit à chaque fois avoir un goût différent, à défaut de manger, toujours, le même plat.

Puis, il y a les performances. Un “truc assez rare” qui fait que tout s’oublie, tout se sublime comme une forme d’apothéose. C’est le mot sacré des coaches : “la récompense”. Il y en a du travail, il y en a des sacrifices pour obtenir ce graal qui devient une montagne quand il s’échappe trop souvent. Si difficile à reprendre, le goût de la performance, qu’elle en devient si facilement un souvenir.

L’équipe de France des U19F a l’occasion de faire une performance “à la française”.

Mal partie, pour se qualifier à cet Euro irlandais (meilleur second attendant les résultats des autres pour le devenir) dont leurs aînées d’un an avait gagné le titre en 2016 ; mal parties dans cette première rencontre contre les Pays-Bas qui marchent sur l’eau avec le titre de championne d’Europe 2017 des A ; mal parties en début de rencontre décisive contre l’Italie, menées 0-1 dès la 9′.

Et puis, ressuscitées, à la fin du match contre les Azzuris. (6-1). Comme un ouragan méditerranéen qui ne s’annonce jamais et qui transforme la mer en “mer d’enfer”. Quelle performance collective, quelle envie de faire et de marquer alors que Gilles Eyquem, le coach français, médailles à la poitrine, regardait ses troupes, entre débâcle et retraite honorable. Et là, sur un temps qui n’est rien face au temps qui passe, des françaises de 19 ans ont donné un “coup de pied” à la porte de l’Avenir, qui s’ouvre grande : avec l’espoir ou l’attente d’une qualification en demi-finale européenne. Comme les “grandes” de l’an dernier.

L’Angleterre, terre du football mondial.

En face, il y a un vaisseau amiral qui vaut son pesant de “cacahouètes”. L’Angleterre. La fière Albion. Celle dont le monde entier connaît l’hymne national et qui donne des frissons, même aux français, lorsque le “God Save The Queen” résonne dans un stade, vide ou plein. A croire que la Reine d’Angleterre est devenue la Reine des français.

Le football anglais. Ce vaisseau amiral du football le plus cher et le mieux payé du Monde, transformant les programmes d’anglais des collégiens, non plus en “Brian is in the kitchen” but “Premier League is the most beautiful football in the world!”. Les hommes ont planté leur renommée très haut sur la montagne “football” ; le football féminin anglais n’a qu’une envie ..”faire pareil”.

La Victoire, sinon rien. Ou pas grand chose.

La France perd ? Elle sera en Coupe du Monde 2018 qu’elle organise. Juste la confiance en berne .. Ce qui est loin d’être rien quand on fait de la compétition. L’Angleterre perd ? Elle aura un dernier combat pour se reprendre face à l’Ecosse dans un match de barrage. Gérable, mais pas simple.

Alors, les anglaises, partent en mer en sachant qu’elles doivent revenir au port avec une victoire face aux françaises. Pour pouvoir traverser la Manche sans encombre en 2018, en étant qualifiées pour la Coupe du Monde U20 en Bretagne.

Gilles Eyquem avait dit que cette génération anglaise était le plus forte du groupe. Ca, c’était avant.

Avec un (6-1) des familles, les françaises face à des joueuses de la même tranche d’âge, peuvent tout à fait les condamner à retourner à quai. En attendant leur barrage, sans oublier de les saluer au passage avec une “énorme” “Good bye!”. Elles peuvent le faire car les niches de performance sont rares en sport. Et là, il y aura de quoi écrire, rêver et penser qu’elles auront fait une sacré performance si elles y arrivent.

“Parties de rien ; arrivées au loin.”

Voilà le programme de 18 joueuses de 19 ans et moins. Jouer un match de compétition pour faire une performance. Au lendemain d’une victoire des joueuses de Rugby sur l’Australie en Coupe du Monde sénior. Au lendemain des championnats du monde d’athlétisme qui ont sacré des “Campeones del Mondo” inattendus français. Au lendemain d’un PSG qui a donné la possibilité à tout français et parisien de se faire connaître dans les endroits les plus reculés du monde, avec le simple mot “Neymar”.

Et surtout, au présent d’un match qui se jouera à Ballymena sur les coups de 16 heures. Des françaises vont tenter une réelle performance pour chanter leur Marseillaise, au début et à la fin du match face aux anglaises.

Les laisser à quai et Elles continuer leur chemin avec une pensée pour les A qui avaient subi la loi anglaise aux Pays-bas en quart de finale.

A 19 ans, écrire son Histoire. Un beau programme.

William Commegrain lesfeminines.fr