KADIDIATOU DIANI. 22 ANS. Si il y a déception du jeu de l’équipe de France face à des adversaires nettement à sa portée ; il y a aussi des motifs de satisfaction. J’en vois trois. Amandine Henry, Grace Geyoro et Kadidiatou Diani.

Amandine Henry sur sa détermination qui lui fait même “engueuler” Sakina Karchaoui lors du quart de finale France-Angleterre et sur son talent lors de France-Autriche. Grace Geyoro, lors de France-Suisse, pour sa volonté à dépasser son rôle défensif de relayeur, que l’on a vu très haut sur le terrain et Kadidiatou Diani pour son impact dans les deux dernières rencontres, où enfin, on a vu une joueuse qui s’imposait comme titulaire mais plus encore, pouvait apporter un véritable plus à la performance française.

Une jeune joueuse qui est en équipe de France sans marquer.

Postée en joueuse offensive depuis ses 29 sélections en A, on avait du mal à savoir quel était réellement son apport en tant que joueuse, face à un jeu de domination des françaises pour lequel elle n’apportait pas le plus qui en font une titulaire indiscutable à ce poste, avec seulement deux maigres buts à son actif en A alors qu’elle a été de toutes les campagnes internationales de l’équipe de France depuis 2015 (Algarve et Coupe du Monde), 2016 (Tournoi SheBelievesCup et JO de Rio) et 2017 (Tournoi ShebelievesCup).

Elle semblait être comme cette jeune génération dite “dorée” de l’équipe de France. Pleine d’allant et d’ambition avec les équipes de jeunes. Timorée et rentrée dans le rang, “au bout de la file” chez les A. Se contentant d’être sélectionnée parmi les 23 ou les 18 d’une liste, sans apporter sur le terrain, le feu et le risque de la jeunesse. Appliquée à ne pas déplaire, sans prendre le risque de plaire.

Une première révélation lors de France-Autriche et de France-Suisse.

Lorsqu’Eve Perisset se fait sortir à la 17′ par Katalin Kulcsár, l’arbitre hongroise, pour avoir bloqué, comme dernière défenseure, la percée de Ramona Bachemann venue au duel ; la France ne sait pas qu’elle va voir l’explosion d’une joueuse de 22 ans, Kadidiatou Diani qui sera certainement un des rares traits de lumière de cet Euro 2017 pour les français.

Patrice Lair, le coach du Paris Saint Germain qui vient de la faire signer pour trois ans, doit s’en délecter les babines. Le match fait par l’ex-joueuse du nouveau Paris FC (Juvisy-Essonne) après la sortie de sa future coéquipière Eve Perisset a juste été, enfin, à la hauteur d’une joueuse qui prétend d’une part à la titularisation, mais plus encore, à apporter une détermination au groupe qui peut se révéler être un moteur de motivation et de performance pour les autres.

Elle a enfin pris le costume des A lors de cette rencontre (France Suisse), apportant tout son potentiel physique pour s’impliquer à renverser une situation négative (menée par la Suisse depuis la 18′) en défendant comme une acharnée, sans faire de fautes, le couloir droit dans lequel se trouvait Maritz mais aussi l’ex-lyonnaise et capitaine helvète, l’excellente Lara Dickenmann.

Sa performance permettant à Olivier Echouafni de rester jouer à dix depuis la 17′, lors d’un match où la France jouait sa tête. Sans bouleverser sa défense, ne faisant ses premiers changements qu’à la 71′. Elle avait réalisé, à mon sens, sa première véritable performance avec l’Equipe de France, allant jusqu’à faire oublier le TGV lyonnais Elodie Thomis (141 sélections, 32 buts) sur le côté droit.

Souvent entrée en cours de match pour ses sélections, Diani avait déjà marqué le terrain, lors du second match du groupe, France-Autriche (1-1). Entrée à la 70′, elle s’était proposé et avait réalisé un très beau contrôle pied droit et demi-volée cadré, suivi à la toute fin du match par un tir qui finira légèrement extérieur mais qui montrait que la jeune joueuse voulait autre chose que ce nul qui se profilait, et avait l’intention d’en être une des initiatrices. A côté de joueuse comme Amandine Henry qui avait fait son meilleur match, cela donnait encore plus de sens à ce début de performances.

Une confirmation lors de France-Angleterre des quarts de finale.

En quart de finale face à l’Anglettere (5è FIFA), placée à gauche par Olivier Echouafni, la jeune native du Val-de-Marne, fille de Vitry-sur-seine n’a pas déçue les jeunes de ces banlieues qui apprennent et savent être heureux de peu. Le regard fier lorsque l’un ou l’une d’entre eux passe “le plafond de verre” de la notoriété municipale pour aller s’amuser à poser ses pieds sur l’Autoroute du Monde, dont ils connaissent “le prix du péage”.

La voilà qui bloque les initiatives de Lucy Bronze, double meilleure joueuse du championnat anglais. Une joueuse capable de “faire du box to box” à la mode masculine, placée Latérale pour lui donner encore plus de vitesse et d’impacts quand elle s’engage. Taillée comme un trois quart centre de rugby, et qui trouve en face d’elle, la jeune parisienne en train d’apprendre et de montrer que la défense, c’est autant de la vitesse, du physique et de la détermination que de l’expérience.

Voilà ce couloir gauche qui ne bouge pas de la mi-temps ou si peu qu’Olivier Echouafni décide à la pause, d’utiliser cette force Diani pour sa véritable qualité offensive et d’aller embêter le côté gauche de la défense anglaise, armé de Stokes mais surtout de Millie Bright  (23 ans) qui est pour moi, la révélation anglaise de cet Euro.

Ni une, ni deux. Le but anglais viendra d’une perforation de Lucy Bronze, libérée, à la 60′, partie comme un boulet de canon pour servir Judie Taylor (31 ans), meilleure buteuse de l’Euro avec 5 buts.

La jeune fille, aux 29 sélections en A, constamment sélectionnée en U17 et U19, est sortie de ce palmarès fourni chez les jeunes (Championne du Monde U17 2012 et Championne d’Europe U19 2013, bronze mondial 2014 U20) dont on sait qu’il n’est pas significatif à l’étage supérieur (chez les A), tellement le gap est important entre les générations de filles, à l’opposé des garçons qui voient des jeunes de 20 ans comme Dembélé et Mbappé (18) ouvrir l’avenir de la sélection masculine.

Il faut espérer qu’elle ait pris le costume des A, pour s’imposer comme titulaire et apporter un allant dont l’équipe de France a besoin pour compenser le temps d’apprentissage de le jeunesse, qui fait qu’il y a une grande différence entre intentions et actions, au plus haut niveau.

William Commegrain lesfeminines.fr