Que de choses ont été écrites sur l’échec des Bleues lors de l’Euro 2017. Moins sur les échecs des Bleues depuis la rupture de contrat de l’époque de Bruno Bini (2013) qui disposait d’une équipe en pleine expression de son talent français et dont il avait eu la sensibilité et l’intelligence de ne pas charger de principes tactiques académiques qui lui auraient fait perdre ses ailes.

On a coupé les ailes de l’équipe de France en 2013. Elle ne sait plus voler. 

Je sais, parler de Bruno Bini est tabou car il signifie reconnaître l’erreur. Et l’erreur n’est pas compatible avec l’ambition du pouvoir dans un univers où l’erreur est la faute qui expulse, à l’extérieur, toute personne qui veut vivre à l’intérieur. Mais c’est la vérité.

Depuis, l’équipe court après une performance en compétition qu’elle ne réalise pas alors qu’elle maintient ses performances en matches amicaux. Le problème est là. Entre les mots “compétition” et ceux “amicaux” qui ne sont pas joués de la même manière tant par les françaises que par leurs adversaires avec le maillot national. Il ne faut pas voir ailleurs les échecs répétés de 2015 lors de la Coupe du Monde (1/4 de finale), 2016 aux Jeux Olympiques (1/4 de finale) et maintenant, 2017, de manière plus prononcé, lors de l’Euro aux Pays-Bas (1/4 de finale).

Pourquoi écrire cette dernière affirmation, tout simplement en s’appuyant sur le constat qu’en club, les mêmes joueuses sont en réussite avec l’OL et le PSG (6 finales européennes dont 4 titres sur les 7 dernières éditions) qui fournissent souvent 8 à 11 joueuses, titulaires sur le terrain, lors d’une rencontre de l’Equipe de France.

Pour gagner au très haut niveau féminin, il faut un allant qui brise les rênes du possible pour aller vers l’impossible.

J’appelle cela “le rêve” sachant très bien la connotation négative qu’il a pour les pragmatiques. Sauf que pour tirer l’impossible, il faut mettre en tête, le cheval fou “du rêve” et de l’exploit pour lequel, à mon sens, le mot “humilité” n’a pas sa place et doit être simplement remplacé par celui du “respect”. Car, la France féminine n’a pas ou n’a plus les moyens de vaincre uniquement avec le possible.

C’est une évidence depuis plusieurs années et c’est un fait avec le parcours de l’Euro 2017. On peut l’argumenter avec l’arrêt de Louisa Necib qui avait le jeu pour mettre l’impossible dans l’univers du possible français, en complémentarité idéale avec la determination physique et mentale de Gaetane Thiney qui trouvait, auprès de Camille Abily, l’intelligence tactique et technique compensant leurs faiblesses défensives. Il y avait un équilibre et on pouvait en trouver d’autres avec Elise Bussaglia et même, Amandine Henry, qui possède les couleurs Bleue Blanc Rouge, en plus de son talent, qui l’impose dans la formation française.

Tout cela, c’était en 2013. Après les temps changent, les événements aussi. On ne revient pas sur le passé pour en faire un avenir mais la France ne pourra pas avancer si elle ne reconnait pas ses erreurs. Après, il faut trouver une nouvelle alchimie mais on ne me retirera pas de la tête, sans mettre en cause Philippe Bergerôo et Olivier Echouafni que, si on avait continué avec Bruno Bini, en 2015, la France était championne du monde.

Les demi-finalistes ont cet allant vers le rêve qui les a libéré du simple possible.

L’équipe des Pays-bas possède ce rêve (12è FIFA, aucun club au-delà des 1/8è européen, 18 millions d’habitants). Celle du Danemark aussi (15è FIFA, 6 millions d’habitants). L’Autriche (24è FIFA, 9 millions d’habitants) l’exprime dans une solidarité défensive à toute épreuve et l’Angleterre (5è FIFA, 65 millions d’habitants) peut parier sur son impact physique associé à une confiance inébranlable dans l’opportunité de réussir (fighting spirit), qui lui font faire le geste juste, au moment juste.

Que reste-t-il de tout cela ? Non pas uniquement un sacré travail mais “un travail sacré !”.

Que reste-t-il de tout cela ? Pour les personnes extérieures, il y a le vide que procure la déception dont on sait que “le temps fera son office”. Le remplissant d’un quotidien, pour au final, en faire un souvenir. Avec la réserve, pour l’équipe de France féminine qui a enclenché une telle image médiatique (entre 3 et 4 millions sur les antennes de France TV), et dont la déception a été si répétitive qu’il faudra vraiment une série d’événements à émotions positives pour que cela ne reste qu’un souvenir, au lieu et place d’une vérité de vie qui change la confiance que l’on peut avoir en quelque chose. Inévitablement, le grand public va mettre du temps à y croire à nouveau.

Pour ceux et celles qui ont travaillé à réaliser une performance sans la réussir. Certains et certaines pour la quatrième fois, le meilleur texte à écrire a déjà été écrit, bien mieux que celui que nous pourrions écrire. Les stars des médias comme les bénévoles de l’internet. Il s’agit de la Fable de La Fontaine, dont le titre initial est “Le Laboureur et ses enfants” et qui pour l’occasion présente, pourrait s’écrire “Le laboureur et son champ”.

Un Laboureur, à l’orée de sa mort, doutant de la volonté de ses enfants à continuer le travail qu’il a réalisé, leur fait croire qu’il y a un Trésor dans son champ. Bien entendu, il leur conseille de tout labourer, car il ne sait où se trouve le Trésor. Dès le lendemain de sa mort, les enfants labourent et labourent, tant et si bien que le champ devient le Trésor. La morale ? Le travail est déjà le fruit.

Il donnera toujours un Trésor. C’est la meilleure vision positive que l’on peut avoir et donner à cette génération de l’équipe de France qui a tant travaillé pour obtenir, sans obtenir. Le Trésor est ailleurs ; certaines en ont déjà les bénéfices. Il y aura, pour cette génération, le même regard que celui attribué à ceux de 98.

Reste les blessures, elles resteront certainement. Reste les supporters, les grands perdants de cette histoire. Reste les erreurs, elles risquent d’être payées en 2019.

William Commegrain lesfeminines.fr

Le Laboureur et ses Enfants

Jean de La Fontaine

Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

Jean de La Fontaine