1/2 finale mondial. FRANCE-JAPON. Mardi 29 Novembre 10h30. Eurosport. Le Big Day arrive. Celui qui fait battre le coeur, qui donne mal au ventre et qui vous arrache le coeur vous obligeant à vous créer une armure pour passer le moment où, tout d’un coup, il ne reste plus rien, que ce que les joueuses connaissent le mieux : un terrain, une balle, du jeu et des adversaires à dominer. Une envie brusque vous prend, vous envahit. S’imposer, s’imposer ; S’imposer ! Souffler. S’imposer !

Jamais la France U20 n’est allée aussi haut si elle va en finale.

La France, aux portes du statut de leadeur européen devant l’Allemagne.

Une finale mondiale qui donnerait un nouvel éclat au titre Mondial des U17 féminine obtenu en 2012. Qui ferait rêver autant que celui des U20 obtenu par la génération Pogba en 2013. Plus que celui européen de 2016 et qui placerait la France comme le leadeur des jeunes générations en Europe, devant l’Allemagne, pour l’avoir éliminé en quart de finale et gagné l’Euro en 2016.

Les Kadidiatou Diani, Aissatou Tounkara, Eve Perisset, Claire Lavogez, Charlotte Le Bihan, Griedge MBock Bathy, Sandie Toletti ont du avoir un “coup d’émotions” en voyant la génération 2016 prendre le meilleur sur l’Allemagne (1-0) qui leur avait barré la route pour la finale 2014 (1-2) pour ne leur laisser que le droit à une troisième place face à la Corée du Nord (3-2).

Je me souviens de Kadidiatou Diani lors d’une discussion. Elle n’avait eu que ces mots : “On était meilleurs qu’elles.“. Comme une évidence, comme une évidence que l’Allemagne remporte le match face à la France. Comme une évidence qu’en 2015, toujours au Canada, l’Allemagne ait éliminé la France en quart de finale (1-1, 5 tab à 4). La fifa avait titré “Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne !”.

Mais les joueuses de 2016 ont renversé la tendance.

Elles commencent à matérialiser l’idée, le concept, la vérité, que lorsque tu joues la France, il devient normal qu’elle gagne. Peu importe la qualité du match. Elle ne perd pas et sur le fil, celui que tu veux, elle remporte le gain de la victoire et se qualifie pour le tour suivant.

Oui, ces jeunes filles écrivent une autre histoire du football français. Oui, pour les 21 joueuses de l’élite française, un diamant se dessine. Oui, elles ont la capacité d’imposer leur rêve.

Là, face aux japonaises. Le 3 décembre, pour la finale, face aux américaines ou aux coréennes du Nord.

Tout cela sent le haut niveau. Le grand frisson. Celui qui leur appartient. Leur Histoire. Leur compétition et leur gagne.

En France, certains les regardent encore plus fort que d’autres.

Cela aurait pu être les parents. Cela sera certainement les parents. Cela pourrait être les frères et les soeurs, la famille. Les ami.es. Cela sera certainement eux ou elles.

Mais derrière ces mots, je pense à d’autres personnes. A ces coaches qui les ont suivi, aidés, accompagnés, “engueulés”, protégés. A ces anonymes du football féminin, compétents pour le football masculin et qui se trouvent, heureux, à voir des filles pousser cette balle avec un tel esprit d’identité, qu’ils en deviennent même fiers. Très fiers.

J’ai quelques noms qui m’ont été donnés : Jerôme Bonnet pour Saint-Etienne, Arnaud Favrelière (ex-OL), Nicolas Delepine (EAG, ex-Mhsc), Florence Audouin pour la Roche sur Yon, Pierre-Yves Bodineau (PSG) et tant d’autres.

Lorsqu’ils racontent leurs joueuses, il y a de l’émotion. Pierre-Yves Bodineau raconte la fantasque Hawa Cissoko ainsi : “Hawa s’est faite remarquer lors d’une détection organisée par le club. Ce jour-là, j’ai très vite compris à qui j’avais affaire, pour cette jeune qui jouait avec les garçons du FC Solitaires Paris 19eme. Une vraie guerrière, un diamant brut qui ne demandait qu’à être poli. Hawa est une fantastique équipière. Son brin de folie et sa gnac font la différence dans les grands moments. C’est une femme exceptionnelle au niveau de son état d’esprit. Ses capacités, tant de remise en question que de dépassement de soi, sont impressionnantes. Hawa est accompagné par son grand-Frere Bouba, footballeur et educateur de l’ES Parisienne Paris 18ème. Ses valeurs sont le travail, le respect et l’humilité. Je n’ai jamais eu l’occasion de croiser leurs parents mais ils ne peuvent certainement être étranger à tout cela. 

Quant à Grace Geroyo, il l’identifie ainsi : “A l’époque, Grace, qui sortait du Pôle de préformation de Tours, est arrivé au club dans le même temps que son entrée au Pôle France de Clairefontaine.  Sa confiance en elle a toujours été sa force et nous l’avons très vite ressentie. Les parents de Grace lui procurent beaucoup de confiance. On sent beaucoup de respect et d’amour également. Ils suivent et appuient leur fille, totalement, dans toutes ses décisions.  Elle a travaillé avec tous les entraîneurs majeurs en France (Ferrier, Precheur, Diacre, Benstiti, Eyquem, Lair…). Son amour du jeu, mêlée à son professionnalisme, font évidemment d’elle une femme de défis. Sa sérénité palpable et sa classe naturelle sont autant de garanties pour le football français.

Et quand on termine cet échange en posant une question personnelle :  “vous ne travaillez pas dans la filière la plus connue et la plus médiatisée. Vous y trouvez quoi ?” La réponse est là : “Leur passion et leur envie de montrer à tous ce dont elles sont capables nous motivent inévitablement.”

Là ce sont des mots d’un homme. D’un individu. Il est certain qu’ils auraient été identiques, complémentaires si d’autres étaient intervenus. Oui, ces gens de l’ombre sont heureux de voir que ces filles sont près de toucher la Lumière. La vraie, celle de leur performance. Là, pour un Titre. Pas loin. Tout près.

“Ecoutez le football féminin de France, Mesdemoiselles.” Il vous regarde. Il bat. Il espère. Il vous souhaite le meilleur match qui soit.

Et,

J’oubliais. Et n’oubliez jamais d’être heureuse quand vous entendez un tel compliment :

“Le football féminin de France est fier de Vous !”.

Vous avez du talent, il est reconnu. Pas de triches ni de stratégies. Soyez Grandes et Uniques. Vous êtes le sport dans son âme et dans sa vérité. Meilleures et, à chercher à l’être encore plus. Alors bon match et donnez ce que vous savez donner : “un esprit d’équipe tel que celui qui vous anime et que nous voyons depuis le début de votre Mondial.”

Bonne chance et bon vent. “Envoyez-nous de bonnes nouvelles !”

William Commegrain lesfeminines.fr

Lorsque l’on marque un but à la 95′, à deux doigts d’être éliminés. C’est que quelqu’un vous a désigné.