Paris est festif en cette soirée d’Halloween.

Lundi 30 Octobre, 19h30. Le RER C se remplit tranquillement de monde en direction de Paris.

A cette heure, il devrait être plutôt vide ; et plein dans l’autre sens, dégorgeant d’une foule de gens importants qui rentre chez eux, d’un pas ferme et rapide, retrouver la quiétude d’un moment, d’une habitude, d’une famille. C’est Paris et sa banlieue.

Pourtant, en ce soir d’Halloween, ce sont les jeunes qui ont pris leurs quartiers dans les wagons du RER, grimés, habillés, maquillés en monstres sacrés. Les yeux noircis, la bouche tordue et sanguinolente. Ils cherchent dans votre regard l’approbation du courage qu’ils ont eu ou de l’insouciance que l’on a cet âge. Des morts-vivants qui rient de bon coeur et avec joie. Heureux d’être jeunes.

L’Equipe de France des U20 féminine se prépare à l’aventure pour l’autre bout du monde et un titre !

Je viens de quitter l’équipe de France féminines des U20. Elles ont le même âge. Peut-être plus jeunes. J’ai encore les mots de Gilles Eyquem à l’esprit, en mémoire. “Les filles, nous partons à l’aventure …!”. Elles sont toutes en rond, autour de lui. Ce sont les premiers mots officiels, codés, du coach français. Elles écoutent. Têtes basses. Des mots simples qui par la magie du football, deviennent des virgules puis des points. Et si le bonheur de l’aventure les mènent au plus loin. Un matin de finale mondiale.

Un samedi 3 Décembre, en Papouasie Nouvelle-Guinée, de l’autre côté de l’hémisphère, à deux doigts de l’Australie, dans une île partagée avec la Souveraineté indonésienne, où la “baguette” s’achète en anglais, nation du Commonwealth sous la tutelle de la Reine Elisabeth, alors ses jeunes françaises auront réellement le sentiment d’avoir vécu “une aventure” et comme des Corsaires français, elles écouteront précisément Gilles Eyquem, vainqueur de l’Euro U19 2013 et 2016, bronze au Mondial canadien de 2014, leur dire les quelques mots qui seront le socle de leur objectif : “prendre le titre Mondial !”.

Chaque mot, dans cette ronde, deviendront des points d’exclamation, des intentions, sans point d’interrogation.

En attendant, elles se mettent tranquillement en mouvement à Clairefontaine.

Une heure avant, c’est Marie Antoinette Katoto qui vient dans le hall du bâtiment Elite, trainant une jambe douloureuse, portant une valise pleine à ras bord, pleine de ses espoirs de titres qu’elle avait amené avec elle. La jeune attaquante du PSG, meilleure buteuse de l’Euro U19 2016, silencieuse, me tend une vraie main ferme et franche. Comme un aveugle, je comprends à sa poigne, pourquoi cette fille est si forte, éduquée, prête à être mature ; et qu’elle le cache, avec ses mots, n’ayant que 17 ans. Blessée, “à l’insertion des ischios jambiers”, elle quitte le stage et rejoint Perle Morroni sur la liste des blessées, sa coéquipière du PSG. “Deux joueuses offensives qui vont manquer” aux couleurs françaises.

Aux couleurs françaises redoutées.

La France est championne d’Europe des U19. La plupart sont de cette génération. Il y a aussi celle de 2015 qui a été éliminé en Israël par l’Espagne mais qui avaient de belles intentions. Et il y a l’Histoire des U19, avec un titre en 2013 et 2010 et 2003 et une médaille de bronze en 2014 pour les U20 avec la génération qui avait été la première à être championne du Monde des U17 en 2012. La France des jeunes est titrée. Il faut pouvoir y entrer. Gilles Eyquem, dans l’interview qui suivra, dira : “j’ai pu faire des choix que je n’ai pas fait en 2014. Là, j’avais 30 à 35 joueuses qui postulaient réellement.”

Partir pour l’aventure de la Papouasie Nouvelle Guinée n’est pas donnée à tout le monde et, Valérie Gauvin (Montpellier), dernière appelée mesure certainement sa chance de se joindre à un groupe qui a de bonnes chances de ramener le titre mondial.

L’entraînement est un jeu

Les françaises viennent de partout (voir liste). Des couleurs françaises variées. Elles sont venues de tous les clubs. C’est l’élite du futur football féminin français. Par petits groupes. Elles avancent d’un pas assuré vers ce qu’elles connaissent et aiment le plus. Le pré vert. Le rectangle vert. Celui là est considéré comme un diamant vert, car il faut avoir le droit et la qualité pour mettre ses crampons à Clairefontaine et l’utiliser.

La pelouse du stade “de la mi-plaine” est d’une hauteur idéale en cette fin de journée. A la hauteur des crampons. Les chaussures ont l’air de glisser sur cette place verte. Il est 17 heures et le Centre de Clairefontaine voit ses dernières lumières de ciel bleu prendre un ton moins audacieux, se préparant au repos de la fin de journée.

Gilles Eyquem fait sa première causerie. Calme. Le premier mot qui sort : “l’aventure”. Avec un grand A. Puis le souvenir des blessées, l’évidence de ne prendre qu’à 100%, même si là, “pour Marie, la question ne se posait pas“. Puis la présentation du staff, connue pour certaines qui était en U19. A découvrir pour d’autres. Et enfin, la consigne “les filles, aujourd’hui, c’est juste un exercice tranquille que vous faîtes avec l’intensité que vous souhaitez. Récupération pour celles qui ont joué, plus pour d’autres”. Le message est passé.

Le staff médical et technique de Gilles Eyquem. Crédit Gianni Tableau. lesfeminines.fr

Le staff médical et technique de Gilles Eyquem. Adelaïde Desanlis. Jean Genest. Hélène Ferchaud-Bertrand, Jordan Champagnat, Jean-Yves Cuomo. Crédit Gianni Tableau. lesfeminines.fr

Sandrine Ringer se charge de l’animation et de l’organisation de l’atelier. La proposition est de tirer des numéros pour faire des équipes au hasard. C’est Hawa Cissoko qui se lance la première. Puis toutes suivent. Et ce sont les premiers cris. “Tu as quel numéro ? Et toi ?” Les rires. C’est fait, les filles sont ensemble, tranquillement. Les premiers instants se construisent sous nos yeux. Elles commencent leur histoire.

Un jeu intéressant où il n’y a pas d’opposition entre les joueuses. Chacune de chaque équipe doit aider l’autre, pour qu’à deux, elles fassent le plus gros score. Le tout en autonomie. En responsabilité. 1 minute 30 pour chaque atelier. Quand cela se croise, les interrogations fusent. “Combien tu as fait MC ?” Les filles s’interrogent. Sans se juger tout en se mesurant. C’est le sport de Haut Niveau. Ce sont des filles. On joue, mais quand même.

Gilles Eyquem regarde. L’oeil rieur. Il décompte. Le staff en rajoute ou en retire un. Personne ne sait avec une précision de métronome. Sauf les joueuses. Grace Geyoro impose un “huit” assez ferme, avec le sourire, pensant qu’on a essayé de lui retirer un point. Mais elle avait compté “huit”.

Tête en l’air, je reçois un ballon qui devait partir extérieur. Instinctivement, je le contrôle semelle pour l’avoir devant. Correct. Deux pas sans réfléchir, je le passe à la kiné. Un petit sourire de sa part qui forme un rictus. Je le sais. Je suis 60 cms à gauche pour elle. Pas dans les pieds. Ca m’énerve. Je me dis que sur 35 mètres, c’est direct la touche. Mais bon ca passe. Si elle était en mouvement, c’était oK. On se raccroche à ce qu’on peut. Quatre bonnes années que je n’ai plus voulu toucher un ballon. Ni couru. Je revois bien mon pied, je l’ai prise pas assez au centre. Plus l’habitude de la taper. Trop court dans le geste. Et puis je la tape au lieu de l’appuyer et la pousser pour qu’elle fuse sur l’herbe. Le cerveau a oublié ses adducteurs et le gainage.

Je reviens à ma caméra des yeux. J’ai l’impression de revoir les mêmes sensations qu’en 2012. Les filles jouent et elles respirent le potentiel d’implication du sport de haut niveau. Le temps de voir les jeux qui vont chercher une transversale. D’un côté, sur un tir. De l’autre, sur une louche. Des jongles du pied gauche. Un peu plus loin, des jeux de tête. Un réveil avec le ballon et il est temps de revenir sur Paris. Paname.

L’équipe de FR3 Normandie qui fait un sujet sur Théa Greboval promène sa caméra sur le terrain. Peu aux faits du football féminin, je leur donne le conseil d’interroger Clara Mateo, sa colocataire et puis on propose Claire Gaillard de l’Equipe pour qualifier le reportage.

En partant, sur le parking de Clairefontaine, le caméraman, un habitué du sport lâche “elles sont fortes ! Tout à l’heure, 148 de la tête !”. On plaisante. Et oui, elles savent jouer au ballon. Normal, elles sont en équipe de France. C’est vrai que le fait qu’elles soient filles les condamneraient à savoir faire un pointu seulement. Je revois MC et Geyoro qui se sont escrimées à réussir “intérieur-extérieur” devant nous. En mettant de la puissance. Histoire de !

C’est l’équipe de France.

L’avenir du football féminin

Dans trois ans, en 2019, certaines de ses filles, non pas en Novembre mais en Mai 2019, seront sur le même terrain. Pour défendre l’équipe de France A. Celle qui jouera la Coupe du Monde à la maison. En France. En 2019.

Le terrain sera rempli de caméras. Elles auront 23 ans. Moins peut-être. L’âge où on a la vitesse et un début d’expérience. Elles auront connu le coeur qui bat à lire leur nom sur une sélection. Elles seront vus par 12 millions de personnes si elles vont en finale. Elles seront la fierté de tous ceux qui les ont rencontré, aidé. Et elles défileront sur les Champs Elysées si elles gagnent le titre.

Elles vivront un truc unique et incroyable. Comme la fin du Monde.

Pour cela, il faut passer 2016, travailler et encore travailler car des joueuses, il y en a de plus en plus et toujours de meilleures qualités. En France, mais aussi à l’étranger.

L’avantage des sélections : c’est de pouvoir s’y opposer pour apprendre et se mesurer.

Pour les 21 qui vont partir : le voyage vaut un titre Mondial. C’est pas mal pour commencer à s’exercer.

William Commegrain lesfeminines.fr

La sélection de Gilles Eyquem : Pauline Dhaeyer (ESOF La Roche, D2) (96) Défenseur. Cathy Couturier (Rodez-Aveyron) (97) Milieu. Delphine Cascarino (Ol. Lyonnais) (97) Attaquante. Anna Clérac (ASJ Soyaux) (97) Attaquante. Mylène Chavas (AS Saint-Etienne) (98) Gardienne. Maëlle Garbino (AS Saint-Etienne) (96) Milieu. Cindy Perrault (ASPTT Albi) (96) Gardienne. Laura Condon (ASPTT Albi) (97) Milieu. Héloïse Mansuy (FC Metz) (97) Défenseur. Juliane Gathrat (FC Metz) (96) Milieu. Jade Lebastard (EA Guingamp) (98)  Gardienne. Louise Fleury (EA Guingamp) (97) Attaquante. Sakina Karchaoui (Montpellier HSC) (96) Défenseur. Marion Romanelli (Montpellier HSC) (96) Défenseur. Marie-Charlotte Léger (Montpellier HSC) (97) Attaquante. Théa Greboval (FCF Juvisy) (97) Défenseur. Estelle Cascarino (FCF Juvisy) (97) Défenseur. Clara Matéo (FCF Juvisy) (97) Attaquante. Hawa Cissoko (Paris-Saint-Germain) (97) Défenseur. Onema Grace Geyoro (Paris-Saint-Germain) (97) Milieu. Valérie Gauvin (Paris-Saint-Germain) (97) Attaquante

Le staff de L’équipe de France des U20 2016. 

  • Gilles Eyquem : sélectionneur des U20 et U19 Français.
  • Jean-Yves Fustec : chef de délégation depuis 2015.

Staff technique : 

  • Sandrine Ringler : Adjointe. Conseillère technique en Alsace. Présente depuis 2013.
  • Sandrine Roux en charge des gardiennes, présente depuis 2013, partie en A. Revenue en substitution de Mylène Pannier, absente pour maternité.
  • Analyse Vidéo : Mickael Le foll, Thierry Marszalek, service vidéo de la DTN. Observations des autres poules.
  • Staff d’observation des adversaires : Jean-Yves Cuomo, adjoint au directeur technique d’Aquitaine, avec le staff depuis 2013.
  • Staff d’observation des adversaires : Jordan Champagnat, CTR de Bourgogne.

Staff médical : 

  • Le Doc : Docteur Jean Genest, médecine du Sport depuis 2013 dans le staff de Gilles Eyquem.
  • Kinésithérapeute : Hélène Ferchaud-Bertrand, ancienne joueuse de D1F à La Roche sur Yon, Kiné U19 et U20
  • Kinésithérapeute : Adelaïde Desanlis, kiné des Girondines de Bordeaux qui vient pour la phase finale.

Organisation

  • Angélique : référente administrative.
  • Arnaud Berry et Seko Touré : intendance.