Monsieur le Président, voilà des jeunes filles qui portent les couleurs du “Bleu-blanc-Rouge” dans les équipes de jeunes du football féminin. Quand vous les interrogez, elles ont été confrontées très jeunes à l’indépendance et à l’autoévaluation. Instruments de mesure qui alimentent un moteur que peu ont : s’améliorer et donner le don de soi-même pour être, le plus souvent, le ou la meilleur.

Agathe Ollivier. EA Guingamp. Crédit Gianni Pablo. Exclusivité lesfeminines.fr

Agathe Ollivier. EA Guingamp. Crédit Gianni Pablo. Exclusivité lesfeminines.fr

Souvent on oppose les garçons et les filles de la famille du football en réclamant autant de l’un pour aller vers l’autre. C’est excessif, tout le monde le sait, peu le disent. Le rapport est différent. Leur Monde est différent. Chacun évolue dans son propre environnement qui est peu ou pas comparable.

Pour autant les filles ne sont pas les plus perdantes. Le football féminin a une chance incroyable de pouvoir être de la famille du football ce qui lui donne des droits médiatiques que seule l’immense performance sportive octroie. Et quelques fois, même dans ces cas là, on a affaire à un silence médiatique quant aux performances du basket et hand féminin, nous faisait craindre d’une inopinée et soudaine surdité ? On ne peut que constater que le football est sur-consommé comme sur-médiatisé.

Pourtant, ces jeunes filles, tous sports confondus, ont la même tête bien posée sur les épaules. Car il y a bien une vérité commune aux sports féminins. C’est que les jeunes filles réalisent une sacré performance en associant le sport de haut niveau avec l’exigence d’une formation scolaire qualitative.

Etant activement intervenu pendant trois années (2013-2016) sur le double projet au sein du club féminin de l’Essonne, le Fcf Juvisy Essonne, trouvant des solutions scolaires et professionnelles pour toutes les jeunes filles nombreuses que le club m’adressait, je me suis intéressé à la motivation des joueuses qui sont, à la frontière de ces deux mondes : celui de l’exigence sportive du haut niveau et celui de l’exigence professionnelle qui conditionnera leur futur avenir.

Vous serez convaincu, en lisant les réponses d’Agathe Ollivier (EA Guingamp), jeune joueuse de Guingamp qui entre dans la sélection des U19 après être passée par les U17 comme celles de Pauline Dechilly (FC Metz), même âge mais qui avait été surclassée en U19, déjà Championne d’Europe 2016, qu’elles posent un regard précis sur cette double performance à réaliser avec pour objectif, de porter avec joie et fierté, les couleurs françaises pour aller vers un objectif commun : un titre, le titre.

Rêve et récompense de tant de travail, de doutes et de réussites. Le tout à un bien jeune âge. Le vivre est une chose, savoir le gérer et le réussir devient une sacré compétence et formation.

Lesfeminines.fr. Sportive de haut niveau et Equipe de France, cela signifie quoi quand on a moins de 19 ans ? 

Agathe Ollivier (1998) :  C’est une fierté de figurer parmi les meilleures joueuses de France. Participer à des rencontres internationales me permet également de m’évaluer par rapport aux meilleures joueuses de mon âge et cela me fait prendre de l’expérience.

Lesfeminines.fr Et cette vie de sportive de haut niveau, c’est vu comment par les autres ? 

Agathe Ollivier : A l’âge de 13 ans j’ai quitter mes copines de collège pour aller dans un sport étude, qui par la suite m’a emmené au Pôle espoir alors depuis que je suis jeune je suis dans un environnement dans lequel je côtoie des filles qui pratiquent le même sport que moi, qui ont les mêmes objectifs alors nous sommes toutes pareilles.  Après, mes autres copines qui ne sont pas de cet environnement sont contentes pour moi et pour elles ce n’est pas commun de côtoyer une joueuse de foot.

Lesfeminines.fr Vous devez faire une formation et pratiquer votre sport ? Quel est votre sentiment sur cette situation ? 

Agathe Ollivier : Le football féminin est dans la plupart des cas un sport non professionnel mais qui nous demande du temps pour autant. C’est pourquoi il faut réussir à allier le sport d’un côté et la vie professionnelle de l’autre car une joueuse ne peut pas vivre seulement de ce que rapporte le foot. Et c’est cela qui est difficile parce que l’un ou l’autre sont très épuisants car il faut être performant dans les deux domaines.

Agathe Ollivier, 18 ans. EA Guingamp. Crédit Gianni Pablo. lesfeminines.fr

Agathe Ollivier, 18 ans. EA Guingamp. Crédit Gianni Pablo. Photos : exclusivité lesfeminines.fr

Lesfeminines.fr Quel est votre objectif sportif ?

Agathe Ollivier : Pour cette saison, mes ambitions en club seraient de grappiller du temps de jeu en D1 et d’être décisive lorsque que je suis sur le terrain. Mes ambitions en sélection seraient de figurer sur toutes les prochaines listes dans le but de participer à l’Euro en août.

Dans les années qui viennent je souhaiterais m’imposer dans une équipe de D1, être titulaire et avoir le plus de temps de jeu possible. Pour les sélection nationales, j’aimerai participer à l’Euro U19 en août prochain. J’aimerai également participer à la Coupe du monde U20 en 2018 et pourquoi viser plus haut en intégrant l’équipe de France A dans les années à suivre.

Lesfeminines.fr Quelles sont vos qualités ? 

Agathe Ollivier : Mes qualités sur le terrain sont la vitesse, la puissance et la percussion. Ce que j’ai à travailler c’est la tactique de jeu, la vitesse d’enchaînement et d’exécution. En dehors du terrain mes qualités sont que je suis serviable, généreuse, ambitieuse et respectueuse. Mes défauts sont que je suis impulsive et bordélique.

Lesfeminines.fr Et sur le plan professionnel ? 

Agathe Ollivier : J’aimerai être psychologue du sport, accompagner les joueurs et les joueuses ayant des difficultés que cela soit dans la concentration, le stress, les soucis familiaux, etc en leur permettant d’être bien dans leur tête afin qu’ils puissent réussir leur vie sportive et professionnelle.

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Pauline Dechilly, née en 1998, est devenue Championne d’Europe 2016 avec la génération des 1997. Son regard est différent. Elle a goûté à la récompense suprême de la compétition. A ce titre, elle possède une expérience que peu de jeunes filles de son âge peuvent revendiquer. Avoir atteint un objectif dans une situation de concurrence. Collectivement et non pas uniquement sur sa performance individuelle. C’est rare à 18 ans.

Elle n’est pas loin d’avoir des notions de management de groupes précises et posséder, ce que les canadiens développent, des connaissances et des compétences tirées d’une pédagogie active. Quelles sont ses réponses ?

Pauline dechilly, FC Metz. Crédit Gianni Pablo. Lesfeminines.fr

Pauline Dechilly, FC Metz. Crédit Gianni Pablo. Exclusivité Lesfeminines.fr

Vous êtes Championne d’Europe. Quel sentiment vous habite encore ? 

Pauline Dechilly : Je suis fière de l’aventure que j’ai passé. On avait un groupe soudé, solidaire, agréable à vivre et avec le staff, cela s’est super bien passé. Il faut cela pour parvenir à avoir le titre. Cela donne envie d’en gagner encore plus. De gagner et de renouveler l’aventure même si chaque aventure est unique. Il n’y aura jamais les mêmes filles dans chaque aventure car chaque aventure a son histoire. 

Quel est votre plus beau souvenir ? 

Pauline Dechilly : La finale face à l’Espagne en 2016. Un des plus grands souvenirs avec le titre, la victoire et l’émotion. L’environnement et la durée du match … le temps .. les adversaires.

Vous avez connu les sélections de chaque tranche d’âge. C’est quoi une sélection à Clairefontaire ?

Pauline Dechilly : J’ai porté le maillot de l’équipe de France en U16, U17, U19. J’ai vécu à Clairefontaine pendant un an avec Marie Antoinette Katoto. Quand je suis appelée, la joie est tout le temps renouvelé et j’ai toujours envie que l’on gagne et que l’on prenne du plaisir ensemble. Qu’on puisse avoir nos automatismes.

Pour cela on travaille à chaque regroupement. On essaie d’avoir nos automatismes, on fait de la vidéo et du renforcement. On travaille pour se qualifier. J’ai beaucoup de joie et de la fierté à être sélectionnée et un vrai plaisir de retrouver les coéquipières que l’on a pas en club.

Quelle est pour vous la nation qui monte chez les jeunes ? 

Pauline Dechilly : L’Espagne. Déjà pour cette finale. Ensuite en U17, elles nous avaient battu en 1/2 finale. Enfin, tant chez les garçons que chez les filles, elles sont présentes.

Vous avez 18 ans. Vous jouez d’un autre côté avec le FC Metz (actuellement à la dernière place)en D1F. Quelle est votre opinion ? 

Pauline Dechilly : On voit qu’il y a une grosse différence par rapport à la D2, et il faut s’adapter pour progresser. On voit que l’on progresse de matches en matches. A mon âge, j’ai beaucoup de travail à faire. Progresser de matches en matches et d’entrainements en entrainements. On peut toujours s’améliorer. 

Vous n’êtes pas professionnelle. Quelle formation suivez-vous ?

Pauline Dechilly : Je fais un Dut de Techniques de Commercialisation. Pour mon avenir, je ne sais pas trop encore ?  Le commerce, le voyage, l’événementiel, le sponsoring ?  Je verrais avec mon DUT. Ma passion, c’est le football mais je n’en vis pas. Donc je me forme. 

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Voilà des jeunes filles qui sont très jeunes et qui possèdent une maturité rare à leurs âges et que peu d’entre nous ont pu prétendre autrement qu’en lisant les expériences des autres. C’est la formation de sportive de haut niveau qui demande ce regard vif et acéré sur la réalité tout en laissant la place à ce que chacun est.

Car la performance n’existe qu’avec l’expression réussie de chacun d’entre nous. Arriver si jeune à le comprendre, à le faire et à essayer de le réaliser sont des formations excellentes à la vie de Demain.

Pour les filles, qui sera certainement dans la vie professionnelle. Et pourquoi pas ? “C’est même tant mieux !”. Les féminines sont sur un autre chemin. L’une veut être psychologue, l’autre travailler dans l’événementiel, le sponsoring. Elles sont différentes et assez déterminées sur cet aspect.

Au final, elles portent toutes les deux le maillot de l’Equipe de France de football. Avec intelligence.

Et si vous les receviez ?

William Commegrain lesfeminines.fr