A la lecture des comptes rendus de la première conférence de presse d’Olivier Echouafni à Clairefontaine, on peut ressortir plusieurs messages forts qui sont certainement l’axe de la future équipe de France :

-> “Des choix ont été faits” (source footofeminin.fr)”. La liste présentée est une liste de sélections. Celle d’Olivier Echouafni. Ce n’est pas rien à entendre pour une joueuse qui s’y est insérée. Ce n’est pas rien à comprendre pour une joueuse qui ne l’est pas. Difficile de savoir qu’elles sont les bases des choix du nouveau sélectionneur. On peut cependant admettre que son passé de joueur (500 matches en D1) et de coach masculin (Nice, Amiens, Sochaux) sont un cadre qu’il ne peut avoir changé en l’espace de quinze jours.

-> “Du caractère et des valeurs”. A la relecture, c’est pour moi les deux caractéristiques qui pourraient encadrer les choix du sélectionneur. Lorsque l’on s’adresse aux sportifs de haut niveau, toutes et tous revendiquent ces deux principes. Il est donc difficile de lui donner le même contenu compte tenu que les comportements de chacun sont tous différents, les uns des autres. Ce sont des mots souvent galvaudés et l’essentiel est de voir les faits et les actes qui les justifient. Pour Olivier Echouafni, il faudra apprendre à l’écouter et à le regarder pour savoir ce qu’il met à l’intérieur de ces deux notions.

-> “Les fondations sont excellentes” (source lequipe.fr). Déjà, Olivier Echouafni, dans ses valeurs, met en premier lieu le respect des anciens sélectionneurs. Il a de ce point de vue, la tradition africaine de ses racines. Vous trouverez dans l’article un long commentaire sur le travail réalisé par Philippe Bergerôo, au sein de l’équipe féminine comme au sein de la formation des coachs français. De la même manière, vous aurez un rappel précis de la période Bruno Bini.  Les choses sont claires et apaisées. Elles conviennent au moment.

-> “On va faire en sorte d’amener ce groupe vers le très haut niveau”. Le constat est fait. Le groupe n’y est pas. Le constat semble d’ailleurs partagé par les joueuses elles-même qui ne comprennent pas la raison cartésienne -celle qui ne change pas- du fait qu’elles n’arrivent pas, depuis 2011, à obtenir une médaille mais surtout un titre quand leur niveau de jeu leur permet -de manière cartésienne- à en réclamer la propriété. C’est la première fois où le constat “à l’intérieur du groupe” est communiqué.

-> “recréer une cohésion”. En sport de très haut niveau, lorsque le diagnostic est fait, il entraîne une action. La période de Philippe Bergerôo avait porté l’accent sur le problème de l’impact physique et des décisions avaient été prises pour y faire face. Là, le diagnostic est différent. Nul doute que le travail sera réalisé pour que cette cohésion se fasse, en éliminant le problème des clubs qui semble avoir été l’antagonisme interne. La cohésion se fera sur une seule identité : “le maillot de l’équipe de France”.

-> “Les U20. Déjà on donne priorité à ces U20, elles ont une Coupe du Monde à préparer, il n’y en a aucune dans la liste. elles vont évoluer, grandir, prendre de l’expérience. Olivier Echouafni nous livre les bases de sa construction. Chaque chose en son temps. En football, il y a des multitudes de choses organisées pour un seul moment livré à l’émotion et à l’inconnu : le match. Il ne se trompe pas de rectangle vert. Celui des U20 a sa priorité et ses talents. Comme dans le football masculin, elles prendront “le temps du temps” pour passer au stade supérieur. A charge pour elles de conserver la même compétitivité. Et cela, c’est loin d’être facile.

-> “Gaetane, élue deux fois meilleure joueuse du championnat”. Un choix du sélectionneur. Il écrit une feuille blanche. Sans nul doute, elle aurait été sur la liste de Philippe Bergerôo si tant d’événements n’étaient pas venu donner à cette situation un ressenti excessif. La capitaine juvisienne est dans la liste car elle avait le niveau, en tant que joueuse, d’être dans la précédente. Elle peut y rester mais elle peut aussi en sortir, comme les autres.

La problématique de réflexion proposée ?

C’est toute la question du football féminin de l’élite française. Faut-il sortir “toute joueuse” ou le groupe féminin a-t-il besoin d’une constante ? En football masculin, la réponse a depuis longtemps été donnée. On sort et on entre. Est-il possible de faire la même chose en football féminin quand les équipes de club sont, d’années en années, encore plus fortes quand elles gardent les mêmes joueuses.

Ce constant obligeant même à faire entrer, “sur la pointe des pieds”, des jeunes dans les groupes des élites. Le problème n’est-il pas dans cette situation plutôt que de regarder celui de l’équipe de France ? Si il est mental, on peut aussi s’interroger et demander aux coachs de clubs de créer une concurrence qui n’existe quasiment pas dans les clubs.

Pour ma part, je l’ai écrit lorsque Philippe Bergerôo a quitté la sélection. Le sélectionneur n’a que, pendant très peu de temps, les filles sous sa coupe. Physiquement, le travail a été partagé avec tous les préparateurs physiques des clubs sous la conduite de Philippe Aubert. Et pour la concurrence ?

De la même manière, il faut que les commentaires sur la production des joueuses soient plus exacts. Le miroir est bien trop déformant et trompeur en football féminin. Il y a peut-être là une source de différences à développer avec les autres pays ?

Le Paris Saint Germain de Patrice Lair pourra apporter une première réponse à cette question. Avec l’introduction de jeunes joueuses de l’élite dans un groupe qui a vocation à être leader dans le championnat de France, en Coupe d’Europe. Cette capacité à s’adapter à la situation pour arriver à gagner en 90′ face à des adversaires dominées comme dominants.

Le niveau de l’équipe de France, c’est le top 3. C’est un beau et sacré challenge. Sans oublier que, chaque fois que nous avançons, les autres avancent tout autant. Voyez dans notre championnat avec la constante différence qui se maintient malgré les efforts de tout le monde. Il faut donc aller deux fois plus loin que les autres pour passer devant.

C’est pas si simple et c’est un sacré challenge. Avec l’avantage, qu’avec des sportives de très haut niveau, faire deux fois plus que les autres, c’est juste un plaisir et une évidence. Il faut juste que le diagnostic soit bon.

William Commegrain lesfeminines.fr