INTERVIEW faite le 30 Juillet, la veille de France-Espagne. Finale du championnat d’Europe des U19. L’apport des jeunes du PSG dans cette sélection (5), l’apport des joueuses du PSG en A depuis la professionnalisation du club instituée par Farid Benstiti à son arrivée, il était intéressant de revenir vers lui après ces quelques semaines de distance par rapport au métier et d’avoir sa vision des choses sur le football féminin, la compétition des Jeux et son avenir.

Farid Benstiti, ex-coach de l’Olympique Lyonnais (2001-2010) et du Paris Saint Germain (2012-2016), sélectionneur pendant un temps de la Russie (2011-2012) et de Rossiyanka (2012-Russie) connait bien le football féminin.

Lesféminines. Bonjour Farid. Alors ces vacances ?

Farid Benstiti. Je suis toujours en vacances. Vacances prolongées. Pour l’instant reprendre en France, non. Je ne recherche pas activement et je suis plutôt en train de réfléchir à ce que je vais faire à moyen terme plutôt qu’à court terme. L’étranger pourquoi pas ? Et la France, non, à moins d’une opportunité que se présenterait comme je l’espère mais ce n’est pas le cas.

Lesféminines. Difficile de trouver un club avec des ambitions similaires au PSG ? 

En même temps, je n’ai fait que des grandes équipes. (L’Olympique lyonnais et le PSG)

Lesféminines. Que penses-tu des Jeux ? J’imagine que tu aurais adoré les faire en tant que coach. 

Oui. Après, en voir discuté avec certains .. oui pour la compétition car il y a un vrai challenge avec de très bonnes équipes qui participent à cette compétition et donner une médaille à la France. Cet intérêt là, oui. Mais après sur le fait de l’organisation, le fait d’être dans le village, non. Cela me parait compliqué pour un “sport co.” comme le football de se retrouver avec tous les athlètes. Trop de monde pour moi.

Lesféminines. C’est ce que disais Bruno Bini, en disant « on est noyé dans la masse ». (Beaucoup d’attente pour tous les aspects logistiques -repas, distance).

Voilà, j’ai peur d’avoir cette sensation là.

Lesféminines. Toi qui as dû être en France, un des entraîneurs qui a eu le plus d’étrangères avec les brésiliennes, les allemandes, les américaines, les suédoises qui sont pour la plupart aux Jeux .. quelle est ton opinion sur leurs possibilités, à Elles, par rapport aux Jeux.

Il y a des filles à très gros potentiels qui, pendant les compétitions internationales, n’ont pas brillé comme elles le devraient. Je pense à Caroline Seger ou à Cristiane par exemple. Le travail fourni en club est un travail continu, sur le long terme, alors que les compétitions internationales demandent à ce que tu te mettes directement dans la compétition.

Tu n’as pas de grandes chances de briller si tu n’es pas dans une top dimension, comme Zidane l’était à un certain moment. C’est difficile pour une grande joueuse d’exprimer 100% de son potentiel si tous les paramètres qui doivent se réunir au jour J ne sont pas réunis pour exprimer ce potentiel.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, souvent, ce sont les collectifs qui permettent aux équipes d’aller au bout. Des filles comme Seger, Cristiane, Amandine Henry, il faut qu’elles élèvent encore plus leur niveau mental pour tirer l’équipe vers le haut tout en arrivant à se fondre dans le collectif.

Lesféminines. Il n’y a que 6 matches pour aller en finale. Cela ne semble pas si difficile à produire mais pourtant à t’écouter, et à voir les U19, visiblement cette quantité de matches dans un temps aussi court semblent être l’inquiétude des sélectionneurs. C’est dû au fait que les filles n’ont pas l’habitude ?

C’est être performant sur une durée limitée et avec une répétition intense de matches. Ce n’est pas évident pour le collectif d’avoir cette dynamique pour engager tous les matches à 100 % de leurs moyens. C’est la chose la plus difficile à réaliser d’autant plus que jouer souvent “impute” sur le physique et on constate que le fait de bien commencer la compétition ou de mal la commencer n’a pas spécialement d’incidences sur le résultat final. On peut mal la commencer et aller au bout ou à l’inverse bien commencer et se faire sortir.

Revenons sur les U19, la difficulté pour elle c’est de battre les espagnoles. C’est nouveau et c’est frais. 

Lesféminines. Qui vois-tu comme favori pour ces jeux ?

Sur ces jeux, on ne peut pas dire que la France, l’Allemagne et les Etats-Unis ne sont pas favoris. Avec ces trois équipes sauf si elles se rencontrent, on risque de voir l’une de ses trois équipes au plus haut et puis le Brésil qui est en préparation depuis longtemps, et si toutes leurs joueuses sont à 100%, ont une carte à jouer.

Lesféminines. Les femmes et les hommes sont là et le Bresil n’a jamais gagné la médaille d’or !

Cette équipe brésilienne avec une génération qui va s’éteindre bientôt, c’est une de ses dernières chances pour certaines joueuses, d’acquérir un titre majeur. Quand on pense qu’une Marta ne pourrait très bien ne rien avoir gagné. C’est frustrant.

Lesféminines. Avec ta pratique des joueuses internationales. s’il y avait un match de bienfaisance à organiser, quelle serait ton équipe type ?

Il faudrait que j’y réfléchisse et que je te l’écrive mais là, immédiatement, sans hésiter une seconde je prendrais des filles comme Wendie Renard, Amandine Henry, Louisa Necib et Maroszan. Comme cela d’un premier jet. 

Beaucoup d’américaines. Alex Morgan, Tobin Heath par affinité et c’est important, Elodie Thomis à droite. Arrière droit j’hésiterais entre Houara et l’américaine Krieger qui a 20 ans à ce poste. Derrière, je mettrais Buchanan pour mettre un peu de sang frais dans cette équipe et à gauche je mettrais Majri sans hésitation et dans les buts, Hope Solo.

Je rajouterais Le Sommer car il n’y a pas grand chose entre une Le Sommer et une Morgan car Le Sommer est quand même exceptionnelle aussi.

Lesféminines. On lui fait souvent la critique qu’elle n’arrive pas trop à marquer contre les grosses équipes.

A côté d’elle il faut des vraies buteuses. Le Sommer on se focalise trop sur le fait qu’il faut qu’elle marque et on le voit des fois elle fait des choix de l’individualisme au lieu de l’altruisme et l’inverse.

C’est une très bonne joueuse et elle n’est pas encore arrivée à maturité. C’est incroyable. Elle n’est pas très âgée car elle a 27 ans, avec un nombre important de rencontres internationales et ne pas marquer pour elle, ne doit pas lui poser de problèmes. C’est aussi une très bonne passeuse.

Lesféminines. Tu avais démarré en 2012. Quatre ans après, il y a la moitié des U19 qui viennent du PSG et qui sont championnes d’Europe. Comment explique-tu cela ? Comment cela se construit ? Que s’est-il passé pour qu’il y a ait une génération d’U19 qui soit performante ?

Quand je suis arrivé, on a fait quelque chose d’important. Les joueuses étaient dispersées dans les Pôles et il était important pour moi de savoir de quels types de jeunes je disposais au club pour pouvoir alimenter le club en cas de besoin.

Nos jeunes joueuses ne s’entrainaient pas avec le club mais dans les différents Pôles. On n’avait pas la capacité d’accueil et d’entrainement régulier pour ces joueuses. Les filles allaient dans des endroits clairsemés et il n’y avait aucune identité autour du PSG. On ne s’y retrouvait pas et elles ne venaient qu’une fois le week-end. C’était une sorte d’anarchie de l’organisation.

On a bien travaillé avec Pierre Yves Robineau, le responsable de la formation et Mourad, deux personnes importantes. On a pris une décision forte et je l’ai validé, c’était de mettre notre formation à Paris. On a trouvé une école privée et on a eu le désir de la Mairie d’avancer dans le football féminin en nous donnant des terrains.

On a des secondes, premières et terminales qui sont à Paris avec des horaires aménagés qui pouvaient retrouver Pierre Yves Robineau sur les terrains à partie de 16h00. On a eu une salle de musculation.

Doucement, sur ces quatre années, on a construit avec la Mairie de Paris quelque chose qui fonctionne bien. Pourquoi Paris centre, car on avait fait un rayon d’un maximum de 30-40 Kms  et on arrivait à convaincre immédiatement que les meilleures joueuses parisiennes viennent. On a eu la possibilité de leur simplifier les choses en leur proposant pas plus d’une heure de trajet et en complétant avec un internat dans Paris pour celles qui étaient trop loin.

Puis, j’ai pris l’option de ne pas prendre de joueuses en dehors de Paris pour conserver l’identité parisienne. La seconde année, je les ai sorti des pôles Espoirs et ensuite  je les ai intégré régulièrement avec l’équipe première. Tous les stages de pré-saison, elles sont venues avec nous et elles ont pris le rythme de travail des pros en se confrontant aux meilleures joueuses du Monde. L’année dernière, j’ai décidé de les intégrer complètement et on a signé chaque contrat

Avec deux ans de travail régulier à ce régime, elles sont maintenant prêtes pour se propulser dans l’avenir avec un travail de suivi régulier, logique qu’il faut continuer. S’il n’est pas fait, cela posera un problème. Ce sont des joueuses, surtout les parisiennes, qui risquent de se retrouver en équipe de France A en 2019.

Lesfeminines. Tu les vois intégrer pour la plupart l’équipe de France A, quand d’habitude, elles ne sont que 2 ou 3.

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