Camille Abily est connue des joueuses du monde entier. Sur la planète football féminin, avec ses 166 sélections qu’elle a démarré le 26 septembre 2001 face aux Pays-bas alors qu’elle avait encore 16 ans, ce n’est pas loin de 44 nations différentes qui ont croisées la route de la milieu de terrain bretonne, née à Rennes et qui parle le Lyonnais (Ol de 2010 à 2016), le parigot (PSG 2009, 2010), la langue d’Oc (Montpellier de 2003 à 2006), le breton (1992 à 2001 avec quatre clubs breton dont l’actuel EA Guingamp), le Vendéen (La Roche sur Yon de 2001 à 2002) et enfin l’américain (Los Angeles 2009 et Gold Pride 2010) couramment.

Et pourtant, elle n’a que 32 ans !

Cette joueuse n’est connue que des aficionados du football féminin et si une internationale française comme étrangère devrait la décrire, elle dirait : “son sourire” quand elle est en dehors du terrain et “son intelligence et sa lucidité” quand elle est sur le terrain.

La gardienne canadienne Erin Mc Leod, 33 ans, 110 sélections, qui s’est très nettement imposée dans toutes les ligues professionnelles de football américaines et qui finit sa carrière au FC Rosengard, n’a pas dit autre chose dans la lettre qu’elle a publiée sur twitter, à l’annonce des dix meilleures joueuses FIFA de l’année 2016.

“Camille is a clever player”. The best she had ever seen.

Camille a tout de la Professeur des Ecoles du football féminin.

Son sourire déborde de son visage. Cette jeune femme est née pour vivre et pour bien vivre. Elle pratique dans le football comme on aimerait tant voir d’autres vivre leur profession. Elle est née pour cela ! C’est sa vie, sa réalité et elle porte cette vérité humaine comme on porte un étendard, un drapeau. Tout le monde le voit sans qu’on ait besoin de le montrer. C’est là comme une évidence et un plaisir.

J’imagine la vie “après le football” de Camille Abily et je me dis que si elle a l’idée de lancer des stages “Camille Abily”, elle ferait un tabac d’autant plus mérité qu’on pourrait être certain de la qualité de l’accueil prodigué, de la volonté d’amélioration qui sera apportée, de la vérité bretonne de “sa promesse commerciale”.

Vous pourriez y envoyer vos enfants les yeux fermés. Ils reviendront plein d’étoiles dans les yeux. Garantie : “valeur humaine”.

Si ces quelques lignes ouvrent une opportunité, c’est avec plaisir alors que je les écris. Pourtant, je ne crois pas avoir interrogé une seule fois Camille Abily. Elle ne m’apprécie pas. Je crois savoir pourquoi. Je sais que c’est faux. C’est ainsi. On croit ce que l’on a envie de croire.

Camille est une sportive de haut niveau.

L’image que je voudrais partager avec vous est assez ancienne. C’était en 2012 voire 2013. J’assistais à un entraînement de l’équipe de France à Clairefontaine. L’exercice avec ballon se terminait et la fin de la séance s’était organisée autour de fractionnés de 150 à 200 mètres. Je ne sais plus si c’était Corinne Diacre qui avait en charge le travail ou Dédé .. ?

C’est un exercice difficile où les meilleures capacités physiologiques se dessinent avec le temps. Comme au jeu des chaises musicales. Le contraire de la célèbre phrase de Corneille “nous partîmes 500 mais par un prompte renfort, nous nous vîmes 3000 en arrivant au port”. Là, en général, il en reste peu. Voire très peu.

Elles étaient deux. Au coude à coude. On aurait dit des soeurs jumelles. Camille Abily et Sonia Bompastor. Elles se tiraient “la bourre” et pas une ne voulait lâcher. Il ne s’agissait pas d’arriver 1ère à l’épaule. Il s’agissait de tenir. Car, il y avait longtemps que la performance .. c’était de tenir. Tous les autres étaient loin. Dispersées. Habituées. Regardant sans regarder mais en voulant savoir. Qui allait lâcher ?

Aucune des deux. Elles ont fini ensemble. Dans le même souffle. En pensant. “J’y suis arrivée” et après, quand l’esprit reprend pied sur le corps et que la tête réclame “sa nourriture plantureuse” : la volonté d’être devant, de gagner, d’aller plus loin. J’imagine qu’une pensée est rapidement venue à leur esprit : “la prochaine fois, je passerais devant !”. Les deux filles ont senti qu’à un moment, l’autre était à la limite. Oubliant qu’elle aussi l’était.

“Si je dépasse cette limite, je gagne”. Voilà ce qu’il restait. L’ambition sportive pour Demain. L’état d’esprit des SHN.

Camille fait partie de ces sportives qui ne cherchent pas la lumière des spots ni des caméras pour bien vivre sa vie de SHN (sportive de haut niveau). C’est dans ce genre de confrontation qu’elle prend sa force et ses certitudes. Par le travail au quotidien. Elle n’est pas bretonne pour rien !

Camille, c’est aussi de la technique. Voyez le ciseau marqué par Camille sélectionné dans les 10 plus beaux buts UEFA 2016 (avec Messi), il vaut le détour et recalez-vous le dernier but marqué en Equipe de France face au Canada sur coup franc.

http://dai.ly/x4llvxc

Camille est à l’orée de la fin de sa carrière.

Il ne faut pas s’en cacher. Le temps passe. Des joueuses arrivent. Les sélectionneurs changent. Les méthodes. Les visions et les choix. C’est la météo du sportif de haut niveau dans les sports collectifs.

Philippe Bergerôo, dès le 1er match face à la République Tchèque (20 septembre 2013, Bondoufle, République Tchèque 2-0) en a fait sa capitaine “de terrain”. Celle qui possède les galons du jeu au milieu de terrain. Attendant d’elle qu’elle joue soit en retrait soit en dix, en fonction de ce qu’elle sent des failles du jeu de l’adversaire.

C’est un rôle primordial. C’est un rôle essentiel. Vous pourrez la voir en 6 comme quinze minutes plus tard en 10 ou 9 1/2 dans la surface. Elle a la même capacité que Shirley Cruz pour les connaisseurs sauf que le coach lui a donné plus de clés que celles que possédaient la parisienne. Elle peut sortir de son rôle pour en créer un autre, si l’opportunité se présente.

Les dernières récompenses individuelles.

Camille est nommée pour faire partie de la liste des meilleures joueuses FIFA de l’année 2016. C’est un honneur qui ne reviendra pas même si elle est partie pour tout gagner avec l’Olympique Lyonnais. Elle le sait. L’année 2016 a été exceptionnelle. Pour la seconde fois pour elle et pour la seconde fois dans l’Histoire française (2012, 2016), elle a réalisé le triplé : France et Europe.

Championne de France 2016, Coupe de France 2016, Championne d’Europe 2016.

Alors pour cette récompense individuelle que huit lyonnaises peuvent avoir, tout va dépendre des Jeux Olympiques.

Pour une fois, Camille le dit : “Pensez à moi !”. Elle veut être dans le trio final voire mieux. En bonne bretonne, elle n’a pas tort. Elle le mérite.

Camille Abily est à l’image de la série que nous avons offert à nos filles – sans problème de genre – “Martine va à l’école”. Souvent dans l’esprit de la faire rêver à un monde “de 1ère de la classe”. Du sourire, des valeurs et du bonheur.

Il y a longtemps que Camille est devenue professeur. C’est tout aussi certain qu’elle a conservée son sourire, ses valeurs et son bonheur.

Le jour où elle recevra la médaille. Il sera impossible de rater son sourire et son bonheur.

Camille, la fille qui joue avec le bonheur.

William Commegrain lesfeminines.fr

  • avec le retrait de Laura Georges, Camille Abily est la joueuse la plus capée de la sélection française pour les JO de Rio en 2016.
  • Elle a été choisie pour faire partie des 10 plus beaux buts UEFA de la saison 2015-2016.
  • Elle a été choisie pour faire partie des 10 meilleures joueuses FIFA 2016
  • Championnats de France (11). 2 avec Montpellier, 9 avec l’OL
  • Coupe de France (7)
  • Women’s Champions League – Coupe d’Europe – (3)
  • Vainqueur championnat américaine en 2010
  • Meilleure joueuse aux USA en 2010.
  • Buts en sélection (32). Source fff.fr
  • Buts en championnats : 145. Source statsfootofeminin.
  • Buts en Coupe de France : 20 Source statsfootofeminin.
  • Buts en Coupe d’Europe : 32 Source statsfootofeminin.