Elle est du 9-4. Elle est d’origine malienne. Elle est la benjamine des dix-huit sélectionnées. Elle a commencé le football tard, dans une équipe qui n’existe plus aujourd’hui, faute de joueuses. Ce genre d’équipe qui essayait d’exister dans la banlieue parisienne, avec sur la photo, des filles de tous les âges, de toutes les corpulences, de toutes les origines et qui, des fois, se prêtaient les joueuses pour qu’un 11-11 puissent se faire, trop contentes quand elles pouvaient avoir un banc.

Elle a vécu dans une cité de l’après-guerre. Juste après. Celle des loyers de 48. Avec des briques de Vaugirard. Rouges. Des escaliers en colimaçon et des appartements petits qui sont, tirés à quatre épingles quand vous entrez à l’intérieur. Ce ne sont pas les cités dortoirs. Non, on est dans des cottages anglais. Soignés mais petits.

Quand tu entres, tu passes une grille. Soit tu es d’ici. Soit tu n’y es pas. Les allées sont faites pour jouer. C’est dans ces ensembles que tu rencontres tes meilleures copines, tes amies, que tu vas à l’école, à côté. Pas loin. Et quand tu reviens, tout le monde te reconnaît. Il y a juste toi qui te rends compte à quel point tu es entrée dans un autre monde.

Car tu vas aller à Rio. Tu vas aller dans le village Olympique. Tu peux être championne Olympique et peut-être qu’un jour, tu iras jouer aux Etats-Unis pour y vivre ta vie. C’est la NASA qui relance son programme spatial cette trajectoire ! Peut-être que dans cette Ville qui a 100.000 habitants, alors que plus haut une jeune femme a été brûlée vive ; dans cette agglomération Ivry-Vitry, toi, Kadidiatou Diani, née un 1er Avril comme un bon tour à la vie, 21 ans, tu seras celle qui sera montée le plus haut. Au dernier étage de l’ascenseur social.

La Gazelle du 9-4

Plus timide que Kadi ce n’est pas possible. Plus ambitieuse qu’elle, c’est impensable. Dans ces deux qualificatifs extrêmes s’expriment le jeu de cette attaquante, plutôt excentrée, côté droit.

Elle a une telle vitesse balle au pied, qu’elle s’échappe d’Elodie Thomis, un TGV pour s’approprier une course plus élancée, féline qui se rapproche d’un 400 mètres, quand, dans la seconde partie du stade, tribune opposée, commence l’effort. Elle, elle est simplement en régime, mesurant ce qu’elle a sous le pied, un regard sur l’adversaire, en accélérant progressivement pour s’échapper et s’imposer.

C’est une joueuse qui dans le “une-deux” vous fait manger le gazon. C’est clair. Une balle dans l’espace et c’est terminé. Elle est passée.

Sa première entrée dans le groupe pro de Juvisy se fera à Maquin, juste après le titre de Championne du Monde des U17 mais on la découvrira réellement lors de sa titularisation en demi-finale de la Ligue des Champions par Sandrine Mathivet face à l’OL, jouant la carte de la jeunesse après une défaite 3-0 à l’aller. Elle mettra le seul but du club de l’Essonne, d’un superbe “plat du pied enroulé”, pleine lucarne opposé. Mettre un but à l’Ol, c’est loin d’être courant. Elle répondra, en zone mixte : “j’ai vu la remise, j’ai vu le trou, j’ai marqué”.

J’avais été schotché par la certitude devant le geste demandé. Gaetane Thiney dit d’elle. C’est la seule qui va plus vite que moi, balle au pied.

Visiblement, “Kadi” aime bien les premières, puisqu’elle a aussi marqué lors de sa première cape internationale, face à la Nouvelle-Zélande. Entrée suite à un imbroglio de blessures. Avec Elodie Thomis qui se fait remplacer par Marina Makanza, qui dans la foulée, se blesse, pour offrir sa 1ère cape à la jeune du 9-4.

Son but en équipe de France viendra après un peu plus de 10 minutes de jeu dans la partie. A la réception d’un mouvement. “J’ai tiré, on m’a contré. J’ai retiré. J’ai marqué. ” Du gauche, pied faible (88′). Première sélection, premier but.

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Kadidiatou Diani, lors de la saison 2015-2016, est sortie de sa timidité du terrain (20 matches, 10 buts) pour s’imposer dans l’équipe de Juvisy et faire mal aux adversaires avec ses percussions qui obligent l’équipe à redescendre, en état désordonnée d’abord pour finir paniqué plus le match avance dans le temps et la durée.

La joueuse se promène facilement des deux côtés du terrain et cherche l’appui, portée vers l’avant tout en étant très posée lorsqu’elle se sait supervisée. Elle fait précisément ce qu’on lui a appris et demandé de faire. Plus consciencieuse qu’elle, ce n’est pas possible. Et là, une autre qualité s’exprime. La puissance défensive parle. Son tempérament explose. Elle s’impose immédiatement dans ses duels face à l’adversaire.

L’opposition ne lui fait pas peur. Elle sait qu’elle peut être la meilleure.

Kadidiatou Diani est dans ces deux environnements. Féline, puissante, buteuse. Prête à 21 ans à se mesurer aux meilleures. Si on lui donne cette chance.

Il faut juste que Kadidiatou Diani impose des choix. Elle n’aurait jamais dû signer pour trois ans quand on est attaquante de l’équipe de France, 3è mondial, à 21 ans, seule sélectionnée en dehors du PSG et de l’OL et qu’on fait les Jeux. Les internationales américaines signent pour 1 an et changent de club si besoin. Pas si facile quand on vient du 9-4.

William Commegrain lesfeminines.fr