Elle est grande. Elle a un nom qu’elle s’est construite de par son talent. C’est le genre de joueuse à qui vous n’avez pas envie de lui demander pourquoi elle a fait du football quand elle était gamine ; car votre esprit est totalement préoccupé, par ce qu’elle est en train de faire, ce qu’elle vient juste de faire.

Courir. Je me souviens être allé à Lyon dans l’espoir de voir Juvisy l’emporter et du haut de la tribune de presse, j’avais été complètement estomaqué par la qualité de placement de Lotta Schelin, aux portes du hors-jeu, jamais hors-jeu. Incroyable de vélocité et de facilité avec une balle quand elle entrait dans la profondeur. Inarrêtable. En zone mixte, les mots étaient sortis sans que je les maitrise : “pour l’Euro 2013, vous me faîtes peur !”. Elles étaient allées en demi-finale, à deux doigts d’accéder à la finale, éliminées par l’Allemagne. Une autre fois, Gaetane Thiney, pour le match aller, sur une défaite (0-4) sous une pluie continue et très anglaise, avait eu ses mots : “c’était Lotta Schelin” (3 buts je crois).

Dans ce match face à Juvisy, elle entre en cours de route. Elle ne touche pas spécialement beaucoup de ballons. Assise sur le banc, elle a vite compris que “les filles étaient fatiguées”. Alors, avec son record de buts pour la sélection suédoise (+ de 80), avec ses sélections (+ de 100 sûr et …?), avec ses capitanats, avec sa qualification 2016 “à l’arrache pour les jeux Olympiques de Rio”, dira-t-elle en souriant ; elle sait que ce match se jouera sur un détail qui ne sera pas celui de l’incroyable.

Le sport demande juste une victoire. Il est un peu plus de 15 heures. La victoire ne devra pas se rêver avant ou se désoler plus tard. Il faut qu’elle soit aujourd’hui, à cet instant, dans un temps bien défini : celui du match. Et seulement à ce moment là.

Lotta Schelin sait, quand Pauline Bremer marque le but qui deviendra vainqueur, que le plus important commence. Conserver et garder le score.

Alors sur une balle qui ne pose pas de problemes puisque c est une relance posee de la defense, Sandrine Dusang la remonte, de côté, sans appui ni soutien. Elle se met a defendre avec acharnement, elle va contre l’ex-lyonnaise, épaule contre épaule, impact contre impact. Et les deux joueuses s’opposent. L’une pour passer, l’autre pour l’empêcher. Nous sommes à 80 mètres des buts. Elles finiront de s’opposer jusqu’à sortir du terrain. La balle a été perdue par Juvisy, Sandrine Dusang a été poussée en touche. Pour rien. Non, pour un détail. Lotta repart se placer devant. Sandrine Dusang revient tranquillement, pour se replacer à côté d’elle. Les deux filles savent que le match se jouera sur un détail. Le détail. Ce moment n’a été qu’un morceau de temps du match. Pour autant, il en a eu la signature. Un détail, qu’aune des deux filles ne voulaient lâcher. Une belle leçon d’expérience et de football.

Lotta Schelin sourira quand je lui rappelerais que cette victoire ressemblait au tournoi de qualification de la Suède pour les JO 2016 dont elles sont sorties vainqueurs : “A l’arrache, c’est sûr mais tu sais il faut avoir plus que de la chance pour passer dans un tel groupe (Norvège, Pays-Bas, Suisse). Nous, nous avons essayé de marquer et après on a fermé.”

Dimanche face à Juvisy, après le but, cela a été la même chose. (extrait interview).

Lotta, cela fait huit saisons à Lyon, il faudrait une statue ! Au final, l’année prochaine, ce sera toujours Lyon ?

On ne sait pas encore, moi je suis en train de réfléchir. Est-ce que ce n’est pas comme Caroline Seger qui dit toujours : “la porte est ouverte !” Mais c’est cela en fait : “la porte est ouverte. C’est comme tu dis, cela fait huit ans et après huit saisons à l’étranger, je veux bien réfléchir par rapport à mon avenir. Parce que en plus, la Suède me manque. ma famille et tout cela. Il y a certains trucs. Il faut bien réfléchir. Après, je vais prendre ma décision dans un certain temps. Je suis en train de réfléchir.”

La suède vous manque, cela veut dire un retour en suède alors ?

Potentiellement ! Une nouvelle aventure, je ne pense pas mais on sait jamais. Je reste toujours en position avec la porte ouverte quand même. Au final, c’est quand même la Suède dans ma tête. Ce ne sera pas ailleurs en France. L’Ol c’est mon club de coeur !!!

William Commegrain lesfeminines.fr

Juste avant le début de la rencontre, j’ avais interviewé le Président de la section féminine lyonnaise, Marino Faccioli, absorbé par ses sms, seul. L’Olympique Lyonnais, c’est quand même 9 titres de suite, 4 coupes de France consécutives, 4 finales WCL consécutives, 2 Ligues des Champions. Et le club qui a fait la plus grosse enchère de la jeune histoire du football féminin français en rachetant le contrat de Griedge MBock (Plus de 100.000 euros) à l’EA Guingamp.

C’est aussi le club de Jean-Michel Aulas qui nous annonçait en zone mixte, au soir d’un score de parité face au Paris Saint Germain, la signature de deux ou trois joueuses de pointures mondiales à l’Ol pour la saison prochaine. C’est enfin le club qui a affiché l’ambition de retrouver le titre européen pour se consacrer à la définition qui lui est propre : numéro 1 européen voire mondial.

Marino Faccioli, Président de la section féminine de l'Olympique Lyonnais. Crédit olweb. Lesfeminines.fr

Marino Faccioli, Président de la section féminine de l’Olympique Lyonnais. Crédit olweb. Lesfeminines.fr

Président, voilà une rencontre importante qui va se jouer dans quelques instants.

C’est une rencontre qui va compter aussi bien pour Juvisy que pour nous. En cas de victoire pour nous, on s’approcherait du titre. En cas de victoire pour Juvisy, elles pourraient s’approcher du PSG. C’est dont une rencontre importante pour les deux équipes.

Cela fait partie des grosses rencontres du championnat.

Lyon-Paris, Lyon-Juvisy ou Lyon-Montpellier ; cela fait partie des rencontres les plus importantes de notre championnat. Celle-ci rentre tout à fait dans ce cadre là.

A voir l’effectif de l’OL, on est dans une fin de cycle pour certaines joueuses, et dans un début de cycle pour d’autres. C’est quoi la construction de l’Ol à court et moyen terme ?

Vous avez présenté un approche objective de notre équipe. A savoir des cycles qui se terminent et qui vont certainement se terminer pour certaines. On n’a pas encore déterminé pour qui il est temps. Ne serait-ce que pour le match d’aujourd’hui. On a encore des échéances avec la Coupe de France, le championnat et la Women’s Champions League. Il faut tenir tout le monde en haleine et pour le moment personne ne sait s’il va rester ou partir.

Ce qui laisse peu de temps pour les joueuses qui seraient amenées à partir, notamment pour trouver une autre opportunité. Cela veut dire que vous voudriez les insérer dans le staff ?

Pour certaines à moyen terme, oui. Pour d’autres qui ont encore la capacité de jouer, je pense qu’elles ont envie surtout de retrouver un club, si tant est qu’on ne les gardent pas.

Une question sur Lotta Schelin ?

C’est notre bijou depuis neuf ans. Effectivement, elle n’est plus aussi performante qu’il y a quelques années mais vous allez voir, elle sera encore là.

On annonce une D2 délicate. On ne sait pas qui va monter mais on pense que l’OM va monter. Voilà un grand nom dans le milieu du football. Il y a deux possibilités. Faire comme Paris et investir énormément pour construire une grosse équipe soit travailler dans le temps. Quelle est votre opinion ?

Nous à Lyon on agit pour qu’il y ait une présence des clubs représentants l’élite du football masculin dans le football féminin. Voir la montée probable de Bordeaux ou de Marseille nous satisfait car on prêche dans ce domaine là. Je ne veux pas faire d’exclusions pour certaines équipes mais quand vous gagnez des matches 13, 14, 15-0 ; cela n’a pas beaucoup d’intérêt. Pas plus pour celles qui gagnent que pour celles qui perdent.

Mais pour que ces équipes là aient des joueuses de qualité qui puissent s’insérer, faut-il qu’ils les prennent ailleurs. Et là, est-ce que vous, Lyon, vous vous sentez concerné par ce genre de démarches ?

Nous, on est à la recherche de toutes les joueuses qui peuvent apporter un plus. Le niveau est très élevé chez nous et donc il faut déjà viser plus haut et c’est pour cela que l’on se dirige le plus souvent à l’étranger qu’en France car en France, les bonnes joueuses dans les clubs sont sous contrat avec leur club, donc elles sont difficiles à déloger et par ailleurs les très très bonnes joueuses sont à l’étranger.

Justement, est-ce que la solution ne va pas être de racheter des contrats ?

On a déjà commencé. Le PSG a commencé avec Marie-Laure Delie. Nous, on a commencé à MBock. Cela reste dans des proportions tout à fait acceptable mais cela va se développer, c’est sûr. C’est un peu la loi du jeu et du marché.

Voilà une lecture de l’univers du football féminin. D’un côté la performance d’un club qui regarde à maintenir cette performance et à la développer pour garder son statut de leadeur et qui pour cela, utilisera les moyens qui lui permettront de réussir cet objectif : prendre des talents à l’étranger qui puissent s’imposer à l’Ol et, si cela doit passer par des rachats de contrats, cela passera par des rachats de contrats mesurés.

De l’autre, l’univers de la joueuse. Là, une star : Lotta Schelin. Un palmarès incroyable et certainement la reconnaissance de toutes les joueuses du football féminin français. On pourrait certainement la qualifier du titre de “la Reine Schelin”. Qui comme fille, aspire à retourner en Suède et en même temps, comme joueuse professionnelle, laisse “la porte ouverte”.

Ces deux démarches sont opposées de base. Elles se rencontreront dans une négociation complémentaire. Ce qui est appréciable dans cette relation : c’est que les raisonnements sont très professionnels. Lotta Schelin partira pour une destination professionnelle. Son mot d’ordre : “il faut bien réfléchir”. L’Olympique Lyonnais la gardera ou non pour une raison professionnelle.

Ensuite, cela n’empêche pas le sourire. Le monde professionnel n’est pas un monde fermé. Qui connait Lotta Schelin sait que cette fille pratique son métier avec 99% de sourires. C’est ainsi. Et c’est tant mieux.

William Commegrain lesfeminines.fr