14ème journée : Montpellier-PSG. La seconde place en jeu. Même si les résultats sont à l’avantage du PSG avec 5 victoires sur trois dernières saisons et 1 match nul ; la rencontre face à Montpellier est un pur 50/50 quand on sait que Lindsey Horan et Kenza Dali ont été les buteuses primordiales des oppositions, que Linda Bresonik et Kosovare Asllani ne font plus partie de l’effectif parisien. Ne reste, pour se souvenir des buts marqués que Sabrina Delannoy pour un pénalty à la 91′ en 2012-2013 et Shirley Cruz pour une victoire à Gramont sur le score de 1-2 (source footofeminin).

C’est un vrai 50/50 qui se décidera sur les 90 minutes de jeu. Au match aller, les deux équipes avaient fait match nul au Camp des Loges (0-0). Dun côté, Paris SG s’était incliné lourdement face à l’OL (5-0) quand Montpellier a réussi un match nul à domicile (0-0). De l’autre côté, Paris s’est imposé avec un gros match face à Juvisy (0-5) quand Montpellier a gagné difficilement à Bondoufle (1-2) après avoir été mené (1-0).

Montpellier (2è) – Paris Saint Germain (3è à -1 pt). C’est du 50/50 pour le ticket de la seconde place européenne. Entretien avec Farid Benstiti, le coach du PSG.

Bonjour Farid. Comment vois-tu le match face à Montpellier ?

– Déjà, cela va être un combat. Depuis 3 ans qu’on les rencontrent, cela a toujours été des matches à l’arraché. On s’attend à un drôle de match là-bas ;

Ce stage à Saint Raphaël, c’est pour le match qui vient ou pour mettre en place une dynamique avec Lyon qui vient derrière et la Coupe d’Europe ensuite ? Comment l’as-tu intégré dans ton planning de travail ?

– D’abord le match de Coupe de France qui arrivait dès la rentrée de Janvier (Albi Asptt) ne nous permettait pas de faire un stage bien organisé avec la rentrée des étrangères et la logistique de transport. Une logistique compliqué d’autant plus que l’idée initiale était de partir tout de suite en stage à l’étranger après le retour des vacances.

A cela s’est rajouté le problème des attentats, le problème de l’insécurité à l’étranger. Avec la direction, nous avons décidé de rester en France pour rassurer tout le monde et trouver un confort de logistique. Ça c’est pour l’aspect organisationnel.

Ensuite la deuxième semaine nous paraissait aussi pertinente. Le fait de jouer Montpellier nous inscrivait dans une démarche de travail à la fois tactique, physique, technique et mental pour le reste de la saison. Il fallait donc placer ce stage à ce moment là.

Enfin, le lieu. Pourquoi le Sud ? Tout d’abord Christophe Gamel, mon adjoint connaît très bien le CREPS de Bolouris où les installations sont très bonnes. Le temps est très bon. Aujourd’hui, on a pratiquement eu 80% du temps d’ensoleillement pendant une semaine. L’accueil en France, d’un club comme le PSG, féminin ou garçon, nous donne un environnement très favorable facilité par la municipalité de Saint Raphaël.

Cohésion, solidarité, sportif comme l’aspect tactique, technique et mental sont les ingrédients pour essayer de faire le maximum afin d’atteindre nos objectifs.

Lors du match aller au Camp des Loges face à Montpellier (0-0), j’avais trouvé les étrangères pas trop dans l’enjeu du match. J’ai le sentiment aujourd’hui que c’est quelque chose d’oublié et qu’elles sont en plein dans l’enjeu et l’importance du match.

 Là on peut se rendre compte d’un état d’esprit totalement différent des étrangères avec une prise en compte des enjeux sur cette seconde partie de championnat. Je n’ai aucun doute sur l’état d’esprit. Après c’est le football qui parlera mais de ce point de vue là, je n’ai vraiment pas d’inquiétude. La dynamique est lancée, je crois.

Ce qui aujourd’hui est positif c’est que l’on respecte beaucoup plus un club comme Montpellier qui travaille depuis X années sur le football féminin. Il ne faut pas l’oublier et moi, je ne l’ai pas oublié. J’ai le sentiment que le PSG et nos joueuses, notamment les étrangères ressentent tout de suite l’importance de ce match et l’enjeu capital pour la suite.

On est à la juste mesure de “comment Montpellier doit être considéré” :  c’est à dire à sa juste valeur.

On a le sentiment, de l’extérieur qu’avec ce match, on est dans l’image d’un championnat idéal où, si tous les matches pouvaient être comme celui-là, ce serait un championnat de niveau mondial. On ne voit pas la différence qui existe entre les deux équipes, si ce n’est une heure et demi de jeu et comment le football va tourner ..

– Oui, c’est ce qui est très intéressant car aujourd’hui on a des ambitions importantes et élevées des trois clubs : Lyon, Montpellier et Paris et Juvisy qui vient un petit peu derrière car ils ont un peu moins de moyens que nos trois clubs.

Avec ces trois clubs, on a des demi-finalistes européens en puissance. Si on avait la possibilité que d’autres clubs emboitent le pas, on aurait un championnat à cinq ou six clubs de niveau international.

En tant que coach, comment as-tu vu évoluer ton équipe ? Quels sont les points forts que tu as vu ressortir du début de saison.

Je trouve qu’on s’est amélioré mais que l’on est irrégulier. On peut faire preuve d’un niveau mondial comme d’un niveau national. J’ai vu une équipe très solidaire et combative quand il y a des enjeux importants après on pêche un peu en ne se mettant pas à l’abri alors qu’on maitrise le match. Sur ce plan on est irrégulier.

Là, où on sera meilleur dans la seconde partie du championnat : c’est l’adaptation de mes étrangères. Leur irrégularité, sur un espace temps est de plus en plus réduite. A titre d’exemple, plutôt que d’avoir deux matches sur trois d’irrégularités, on en est à un match sur trois. Là où je vois que nos étrangères ont évolué, c’est qu’elles sont dans le sportif. Complétement. C’est pour moi indispensable et quand on sait la qualité qu’elles ont en étant uniquement dans le sport et plus dans l’adaptation, .. alors ! On connaît la qualité de ces joueuses là.

Lindsey Horan (repartie aux Etats-Unis) avait fait la décision à la 88’ (1-0), but de la tête lors de la dernière rencontre à Montpellier. Comment vois-tu le score ?

L’année d’avant aussi, sur un match à Montpellier où on gagne vraiment,  .. 2-1 sur la fin du match aussi. Un but de Lindsey.

Cela prouve bien que Montpellier, ce n’est jamais facile et que nous ne vendrons jamais la peau de l’Ours avant de l’avoir tué. Cette équipe là est à un cheveu de la qualification européenne.

Chaque année, cela a été la même chose. Match très serré. Où la qualité individuelle, car je crois que la qualité collective, elle y sera, du côté de Montpellier comme du côté du PSG, je crois que la qualité individuelle sur certains postes fera basculer le match. Je compte sur certaines de mes joueuses pour être à 200% de leur potentiel sur des actions décisives qui pourraient nous faire faire la différence.

Prochainement ce sont les Jeux. Toi qui a des internationales de tous pays, comment vois-tu cela ?

– Les Jeux. On n’est pas en terrain conquis. On est toujours dans les Amériques. On est dans le pays du football qui est dans le Brésil. J’ai du mal à nous situer, pas sur le niveau international des matches amicaux mais sur le niveau international où on a un potentiel assez gros et que l’on passe à un cheveu à chaque fois. Je pense que c’est mental.

J’espère que nos joueuses vont s’inscrire mentalement dans ce projet d’aller chercher cette compétition avec au moins une médaille.

D’autant plus que tu as les suédoises (dans l’attente d’une possible qualification), les brésiliennes, les allemandes et avant les américaines. Tu as une belle vision du niveau international. Du mental des adversaires potentiels de l’équipe de France.

Il faut savoir que la France de Wendie Renard a une qualité technique au-dessus de la moyenne lorsqu’elle commence son match avec son onze de départ. Il y a une nette différence. Après, là, où on voit que c’est un sport collectif et un sport d’orgueil. De « patriotisme » positif, c’est dans ces compétitions là où l’état d’esprit est recentré sur le drapeau, l’envie de vaincre, l’identité nationale, l’esprit sportif. On est véritablement ce qui se fait de mieux dans le très très haut niveau des compétitions internationales où l’état d’esprit et le dynamisme patriotique sont essentiels aux victoires.

Si d’autre pays ont de l’avance aujourd’hui, c’est essentiellement sociologique. Nos jeunes doivent retrouver le goût de la Nation et on perd contre des Nations qui ont gardé ce challenge là : les Etats-Unis, l’Allemagne. Quand tu rencontres l’équipe d’Allemagne, les gens sont transcendés. Cela reste social et nous devons retrouver une vraie identité d’engouement et d’ambition nationale française qui doit s’inscrire dans un projet commun à travers le sport.

Et si on arrive à faire comprendre à nos équipes de France que cela va être “la guerre” – une bagarre mais une vraie bagarre- je pense qu’elles peuvent gagner cette compétition ou ces compétitions.

D’ailleurs le PSG a cela. On a vu une équipe très soudée sur ses couleurs et les valeurs du PSG.

– La différence entre les garçons et nous, c’est que l’on a changé régulièrement nos joueuses depuis trois, quatre ans dans le cadre du projet du développement de la structure. On a pas la régularité et la possibilité d’inscrire nos joueuses dans la culture PSG de manière, je dirais, excessive, et je pense que ce mot n’est pas péjoratif et qu’il est bon dans ce sens là.

Je parlais de la Coupe de France où le PSG a cette culture naturelle depuis 20 ans de gagner ces compétitions là, de gagner les Coupes.

C’est inscrit dans les gènes du PSG et ce n’est pas encore inscrit dans les gênes de nos joueuses, qui ont un besoin de s’imprégner de cette culture là.

Il faut que nous inscrivions nos nouvelles joueuses comme celles qui viennent d’arriver dans un projet à long terme. Car cela met du temps. C’est quelque chose qui s’apprend, se digère, s’imbiber du club. C’est ce qui se passe dans les clubs comme Lyon, les clubs allemands.

Le PSG féminin doit durer avec ses joueuses et doit durer dans son projet.

D’où le rôle essentiel du manager de pouvoir ressentir cela et le percevoir pour le communiquer.

– Je ne sais pas si je détiens la vérité mais voilà. Je me dis toujours que cette instabilité de résultats, elle n’est pas forcément de notre fait. Elle est aussi du constat que l’ont fait du football international et du foot en général féminin car c’est très compliqué de pouvoir s’inscrire dans la durée avec des internationales étrangères car il y a toujours, cette mentalité à l’ancienne des fédérations, où l’équipe nationale est la priorité des instances.

Il ne faut pas oublier que, pour que les clubs investissent, il faut donner la priorité aux clubs, comme les garçons.

Pour ma part, je crois qu’il faut l’inscrire aussi dans un autre environnement. Le football féminin de l’élite ne peut pas être géré par le football masculin. Merci Farid et bon match. 

William Commegrain lesfeminines.fr