Quand je suis sorti de Jean Bouin, je n’ai pas manqué d’être surpris. D’abord sur ce que l’on m’avait dit dans la salle de travail ; ensuite, j’avais en mémoire la bonne humeur de Philippe Bergerôo qui surprenait par rapport à la défaite.

J’allais, absorbé par ces deux émotions pour en faire un enseignement et des actions, et je me suis dit que l’idéal de l’instant, de tout cela, moi qui avait assisté à peu de défaites de l’équipe de France, était de restituer une forme de “vérité”, non pas celle du terrain puisque nous n’y sommes pas et nous savons, tous ceux qui ont pratiqué longtemps, que le ressenti du terrain est différent de celui de l’observation. Avec sa part d’excès ou de justesse suivant si le ressenti est partagé ou non. La parole aux supporters et aux spectateurs.

Les spectateurs sont là, même si le stade a eu du mal à se remplir (10.000). C’est le chiffre du football féminin.

Alors, j’ai vu deux drapeaux flotter à la terrasse d’un café, l’un bien enroulé, l’autre encore sous le vent des spectateurs et supporters de Jean Bouin et je me suis stoppé devant ce petit groupe avant de prendre le taxi réparateur à cette heure.

Trois personnes. Un couple, la trentaine et une dame plus âgée, la mère certainement.

L’homme était encore sous la découverte du jeu féminin et se fichait de la défaite. Il avait vu une bonne deuxième mi-temps avec de l’enthousiasme et se disait que c’était largement suffisant à son bonheur compte tenu qu’il avait un a priori négatif sur le jeu féminin. Il était dans “les femmes jouent au football”. Tout cela dit, avec le sourire vainqueur des deux femmes qui l’entouraient. J’étais assez content de voir cela. Une vérité du public féminin. Occasionnel. Enchanté, quelque soit la performance.

La seconde, ancienne joueuse, était plus réservée. Plus dans la compétition et l’exigence. Elle avait vu des situations de jeu qu’elle n’attendait pas et condamnait les deux buts pris et la domination sans occasion réelle à se mettre sous la dent. Elle était déçue. Et cherchait dans le nom des joueuses absentes les solutions à un meilleur résultat. Elle n’était pas que sur la situation de Gaetane. Ne la comprenait pas. Elle était sur l’ensemble. Elle était sur le dossier France. Elle était déçue.

Ils m’ont demandé mon avis. Je leur ai donné. Pour une équipe 3ème mondial, la victoire n’est pas de faire jouer de jeunes joueuses ; la victoire c’est normalement de gagner. Notamment face à une équipe 12è FIFA, même si c’est une équipe qui commence à devenir plus forte que son classement. Le sentiment que j’avais ressenti, c’est que la victoire avait été de faire jouer de jeunes joueuses. Ce qui avait mis de côté la défaite.

J’ai dit que j’avais passé ce stade de la découverte du football féminin et qu’au stade des ambitions légitimes de la France (une médaille dans une compétition internationale), c’était une contre performance car en face, il y avait aussi de jeunes joueuses.

On s’est séparé, chacun avec le sourire. Ne cherchant pas à savoir qui avait raison. Ne disant pas tout mais ne disant pas rien non plus. On avait tout simplement pas le même regard au même moment.

Mais puisque être correct ne sert à rien et que parce que j’ai le privilège de l’écriture par rapport à eux, alors je vais l’utiliser, sans penser à une équité :

“Penser qu’il suffit d’aller voir des filles jouer au football sans tenir compte du résultat, en oubliant qu’elles sont sportives de haut niveau, prétendantes à une médaille dans une compétition internationale : c’est réducteur, incorrect par rapport à leur travail et discriminant par rapport aux hommes . Ce sentiment ne donnera pas une médaille dans une compétition internationale. Les filles savent depuis longtemps et de mieux en mieux, jouer au football, même si ce n’est pas du niveau des garçons. Je pense que le public français doit dépasser ce stade.

Attendre une victoire face au 12ème mondial, à domicile, c’est normal quand on est 3ème mondial. Avec ou sans jeunes. Les adversaires étaient aussi très jeunes. Il s’agit d’une contre performance. Sans dommage. Tant mieux.”

 William Commegrain lesfeminines.fr