Il sera dit que le football féminin se développera lorsque le football masculin peinera. Dans les années 70, les hommes de l’Equipe de France sont au plus mal sur le plan international.

Les Bleus ratent la Coupe du Monde 70 au Mexique puis celle de 1974 en RFA et regarderont les championnats d’Europe 72 et 76 à la TV pour les passionnés qui se seront d’abord rabattus sur l’Equipe en rêvant aux exploits des Néerlandais, Brésiliens et Allemands.

Le football féminin construit son nid dans un vide masculin que Saint-Etienne réveillera (74 à 78) pour voir ensuite Platini éclater en Italie après avoir fait trembler les gros en 78 (Italie, Argentine, Hongrie). C’est donc le 30 Août 1969 qu’est officiellement reconnu la pratique du football féminin par la fédération française.

Pierre Geoffroy (janvier 71 à Juillet 78) crée une équipe de France sans compétition

Sur une période sept ans (71 à 78), seuls 17 matches seront joués par l’Equipe de France féminine ! Tous amicaux. Il faut trouver des adversaires, il faut pallier aux moyens, il faut savoir et pouvoir recevoir comme se déplacer et il faut des compétitions. L’équipe de France féminine fonctionne comme le font les équipes africaines et sud-américaines actuellement. Ponctuellement. Et pourtant, les idées de manqueront pas.

Des initiatives de compétitions vont se construire.

En 1970 est créée une Fédération Internationale et Européenne du Football Féminin, indépendante du football masculin constatant que les choses ne vont pas assez vite pour le football des femmes. La fédération organise en Italie (1970) son premier championnat du monde « Copa des Mondo Femminile » fait de nations mais aussi de clubs pour faire le nombre (Allemagne, Angleterre, Autriche, Italie, Mexique et Suisse mais aussi Vienne, Boldklubben Femina, etc.. et le club Danois remportera la finale face à l’Italie (2-0)

Une équipe de France en 71 et une premier projet de Coupe du Monde

Il a ouvert le grand livre de la sélection nationale féminine un 17 avril 1971 face aux Pays Bas (victoire 4-0) sous la Présidence de Jacques Georges (1972) et de Fernand Sastre (1972 à 1984) plus préoccupé à construire l’Histoire du football masculin et qui apportera à la France l’organisation de l’Euro 1984 et celle de la Coupe du Monde 98.

Pierre Geoffroy restera a tout jamais le premier des 8 sélectionneur(e)s à ce jour a avoir coaché l’équipe de France féminine de football. Pierre Geoffroy, un précurseur en la matière, qui avait initié et inspiré le club de Reims dès les années 60. Journaliste à l’Union, le grand quotidien régional de l’est de la France, il participe avec son équipe tout juste siglée FFF à la seconde édition de la Coupe du Monde au Mexique où elle terminera cinquième. 

Une compétition qui sera finalement créée par la FIFA qu’en 1991.

Equipe de France 1971 de football féminin. La sélection était composée de Marie-Louise Butzig (Gard.), Régine Pourveux, Marie-Bernadette Thomas, Nicole Mangas, Colette Guyard, Betty Goret, Marie-Christine Tschopp, Jocelyne Ratignier, Michèle Monier, Jocelyne Henry, Claudine Dié, Maryse Lesieur, Nadine Juillard, Marie-Claire Harant et Ghislaine Royer. Crédit lesfeminines.fr

Equipe de France 1971 de football féminin. La sélection était composée de Marie-Louise Butzig (Gard.), Régine Pourveux, Marie-Bernadette Thomas, Nicole Mangas, Colette Guyard, Betty Goret, Marie-Christine Tschopp, Jocelyne Ratignier, Michèle Monier, Jocelyne Henry, Claudine Dié, Maryse Lesieur, Nadine Juillard, Marie-Claire Harant et Ghislaine Royer.
Crédit lesfeminines.fr

Un championnat d’Europe qui se lance

De son côté l’UEFA avait admis le principe d’une compétition continentale dès 1982 avec l’organisation des championnats d’Europe. Les filles du Stade de Reims, meilleure équipe française durant deux décennies (1960 /1980) constituent en majorité l’ossature des bleues. Rouen et Bergerac complètent la liste. Grande innovation à l’époque : le premier stage national organisée par la FFF. Il se tient à l’INF et réunit 24 joueuses.

L’idée d’une véritable Coupe du Monde est dans les tuyaux, mais le temps sera encore bien long avant la reconnaissance d’une telle manifestation. Pour l’heure, il ne s’agit encore que des prémices ; de la volonté de fédérations avides de confrontations internationales organisées sur un même lieu. Des fédérations complices et souhaitant promouvoir le football féminin à l’ombre du football masculin.

Un autre projet de Coupe du Monde que la France remporte

Dans la foulée de la Coupe du Monde masculine en Argentine en juin 1978 où la Mannschaft avait triomphé de l’Argentine sur ses terres et des regrets de l’équipe de Platini passée proche de l’exploit en qualification face à l’équipe de Mario Kempes, Pierre Geoffroy emmène ses protégées à Taiwan.

C’est en octobre, et cette Coupe du Monde en « carton » rassemble 13 équipes. Un chiffre porte-bonheur puisque le Stade de Reims déguisé en bleu remporte le trophée à égalité avec la Finlande selon une formule en mode championnat. Une poule finale de six sans vainqueur et sans…vaincue !..

Francis-Pierre Coché, un libournais à la rescousse (1978-1987).

Le championnat d’Europe est crée.

Son passage à la tête de l’équipe nationale durant neuf ans sera synonyme de discrétion et de résultats contradictoires. Son bilan fait état de 35 matches joués avec 13 victoires,7 nuls et 15 défaites, et deux absences aux premiers championnats d’Europe organisé par l’UEFA en 1984 (matches aller-retour pour la finale et victoire de la Suède) et en 1987 (tournoi final et la Norvège vainqueur à domicile).

Ces équipes nordiques dominent alors le football européen et se révèlent inaccessibles pour les joueuses de Francis Pierre Coché. Un cinglant 4-0 à domicile entre autre face aux suédoises un jour de mai 85.

Il faut bien admettre que Fernand Sastre alors président de l’instance fédérale (1972-1984) a d’autres chats à fouetter, notamment l’organisation du championnat d’Europe masculin en France en 1984 qui sera brillamment remporté par les Bleus de Platini, Rocheteau et consorts, pour leur premier titre international.

Mais il est également possible d’ajouter que l’un des meilleurs dirigeants, que la France du sport collectif ait connu, n’était pas très sensible à l’idée du développement du football féminin.

Notre sympathique libournais laisse sa place à Aimé Mignot en mai 87. 

Football féminin. le traitement du port à l'époque. Credit lesfeminines.fr

Football féminin. le traitement du port à l’époque. Credit lesfeminines.fr

Aimé Mignot, le précurseur et réformateur (1987-1997)

Solide comme défenseur avec l’Olympique Lyonnais (424 matches en D1) et solide comme entraineur : huit ans au sein de son club d’adoption (1968-1976), cet aixois à l’accent chantant n’avait à priori pas le profil pour entrainer l’équipe de France féminine.

Rare vainqueur de la Coupe de France comme joueur et capitaine(1964) puis comme entraineur(1973) sous les couleurs lyonnaises, il avait bifurqué après une fin de carrière comme coach à Alès en 1981 vers le poste de CDT (81/85) du département du Rhône puis de CTR (85/87) pour la Ligue Rhône Alpes.

Jean Fournet-Fayard, successeur de Fernand Sastre depuis deux ans, lyonnais pur jus et ami d’Aimé Mignot lui propose le poste de sélectionneur des féminines en 1987 alors qu’il encadre des stages d’entraineurs à Vichy avec Georges Boulogne. « Mémé », comme Jacquet, qui lui succédera comme coach à l’OL, hésite mais accepte ce challenge et plonge dans l’inconnu en juin 1987.

Il découvre un staff inexistant et se doit de structurer ce qui est alors à l’état embryonnaire. Avec l’aval de J.F-F, il modifie le paysage du championnat français des clubs de D1 qui regroupe 48 équipes en quatre poules. Il le limite à 12 pour constituer une compétition plus homogène. On lui doit d’une certaine manière le championnat d’aujourd’hui même si il y a eu des tentatives de modifications depuis.

Une première qualification pour le Championnat d’Europe.

Sur le terrain, les résultats sont encourageants car pour la première fois de son histoire l’équipe de France avec une certaine Corinne Diacre, clin d’œil du destin, accède au championnat d’Europe. C’est en 1997, où la Suède et la Norvège co-organisent l’épreuve. Huit nations seulement sont représentées (16 aujourd’hui). Tenue en échec par l’Espagne lors du premier match (1-1), la France réagit contre la Russie (3-1) mais s’incline sur le même score face à la Suède. Ce qui ne lui permet pas d’intégrer le dernier carré.

A noter également à cette époque, les 31 sélections de Brigitte Olive devenue Henriquès, actuelle vice-présidente déléguée de la FFF, sous la baguette d’Aimé Mignot, malheureusement absente du championnat d’Europe pour cause de blessure.

Le bilan de l’ex capitaine de l’OL des années soixante est de 34 V 17 N et 28 D sur 79 rencontres disputées dont 35 matches de compétitions. Le football féminin international se lance. Il aura mis une petite trentaine d’années. Une coupe du Monde est crée en 91. Les USA l’emporte pour laisser celle de 1995 à la Norvège et voir la Chine faire la finale de 99 remporté par les USA. En 1996, le football féminin apparait comme sport Olympique remporté par les USA devant la Chine. Le Brésil pointe son nez (3ème aux JO et 3ème au Mondial 99).

Tous les continents commencent à apparaître. De son côté, L’équipe de France commence à prendre de la consistance.

Jean-Louis Morin pour les féminines.fr avec William Commegrain.