Trocadéro. Musée de l’Homme. 19 Septembre 2017. La salle est pleine. Bruissante. D’un murmure dont on sait qu’il est maitrisé, chacun parlant à demi-mot, mais avec ce besoin de communiquer comme on est tous dans les moments importants. Parler, retrouver, saluer, découvrir et reconnaître. La salle est pleine de gens forts et puissants. Et puis dans l’instant, le silence. Cela commence. 20 minutes de présentation, 20 minutes pour rêver. Il n’en faudra pas plus pour que les joueuses de l’Equipe de France entrent dans le monde extraordinaire du rêve. Celui de lever cette Coupe du Monde qui est devant elle et pour laquelle Christian Jean-Pierre, comme tout bon sportif qui se respecte, demande, voir implore qu’aucune joueuse ne la touche : « cela porte malheur. »

Il ne sera pas contredit par Laura Flessel, dont on ne sait plus si elle est Ministre des Sports malgré ses huit événements majeurs avec les JO de 2014, tellement son palmarès de sportive a accompagné chacune de nos émotions olympiques à espérer que la quinzième touche soit française. Aux couleurs Bleue-Blanc-Rouge. Elle nous le confirme : « je ne l’ai pas touché ». Et pourtant, comme tous trophées, ce n’est pas l’envie qui manquait. C’est incroyable comme un bout de métal pour avoir la valeur d’une telle émotion. Il faut dire qu’il y a tant d’efforts derrière. Tant de larmes. tant d’injustice pour celles qui n’y seront pas et tant de justice pour les vingt trois, qu’un jour Corinne Diacre annoncera.

Amandine Henry, sous les feux des micros, le dit : « je ne sais pas quand je commencerais à faire le rêve de lever la Coupe du Monde » puis dans une respiration où le bleu de ses yeux se mélange avec celui de l’océan Atlantique qui l’emporte souvent loin de la France, pour atterrir dans le championnat « le plus relevé du monde » ; elle confesse ce matin, regard déjà loin, avoir pris le grand cheval blanc ailé de l’espérance et du rêve : « avec toutes ces diapos, cela m’a donné des frissons et beaucoup d’émotions ! ». Déjà prête au rêve.

Le moment de briller ! Dare to shine !

Il faut dire que le slogan de la World Cup 2019 appelle à la performance : « Le moment de briller » avec une traduction anglaise bien plus portée sur la performance « Dare to shine ! ». Oser briller. Ose, cette chanson de Yannick Noah qui a porté tous les rêves pour pouvoir les rendre accessibles. Ose. Un message vers toutes les jeunesses, de corps et d’esprit. Briller ! Quoi de plus Français quand on parle des Femmes que d’entendre le mot briller ! La diffusion d’un parfum subtil aurait donné encore plus de corps à ces mots évocateurs.

« Oser », c’est ce qu’il a fallu à Brigitte Henriques pour porter le football féminin au sein de la fédération française et pouvoir « cerise sur le gâteau » obtenir l’organisation de la Coupe du Monde. « Oser » peut faire peur. Et on pourrait le comprendre avec l’objectif du Président de la FIFA, Gianni Infantino, ex-UEFA, presque à la maison dans cette Maison de l’Homme du Trocadéro, qui se fixe un objectif « d’1 milliard de téléspectateurs ».

1 milliard de personnes qui, du 7 juin au 7 juillet, seront les yeux rivés sur la France et ses territoires, ses stades, ses villes et ses Femmes. Cela fait du monde. Cela fait de l’émotion. Le logo est une architecture de couleurs qui s’entremèlent pour, dans un salto final, éclater du rouge carmin, du bleu outremer, d’un bleu pastel à côté d’un orange de la couleur des couchers de soleil. Ce logo est beau. Il est tout simplement beau. A croire qu’il a été imaginé par un Artiste de France.

Les stades seront remplies. Personne n’en doute. C’est tout un plan qui va être mis en place pour que les neuf stades de la compétition reçoivent chacun deux têtes de séries dans une compétition qui sera décomposée en six groupes de quatre pour un total de 52 matches qui se termineront en apothéose, au Groupama Stadium de Jean-Michel Aulas pour les demi-finales et la finale mondiale. « Dare to shine ! ». « Le moment de briller ! ». Le président Lyonnais se bat depuis 30 ans pour mettre cette phrase du passé au présent et lui donner un futur féminin lyonnais.

Alors si pour chacun d’entre nous, il n’y aura pas de performance pour y être, autre que celle que Dieu voudra bien nous accorder, soit la santé ; il n’en est pas de même pour celles qui seront sur le terrain.

Gagner sa place dans une équipe qui se reconstruit : « c’est une chance incroyable pour toutes les joueuses de pouvoir vivre un rêve en 2019 ».

Pour que les rêves deviennent réalités, il faut de l’incroyable. Et aujourd’hui, on peut dire que l’incroyable a frappé à la porte des rêves de toutes les françaises de la D1F. Par un coup de baguette magique, les vingt trois joueuses de Corinne Diacre sont venues de toute la France quand le comptable de la fédération avait été trop content de négocier, en quantité, un billet lyonnais voire de quémander quelques UBER ou taxis pour ramener les joueuses parisiennes (PSG et PFC) à Clairefontaine.

Est-ce qu’elles peuvent imaginer leurs chances d’avoir une nouvelle sélectionneuse qui a décidé d’un changement total. Corinne Diacre, « générale à Clermont » et qui pourrait devenir « maréchal » en 2019, à la manière d’un Aimé Jacquet. Avec un message clair : « je veux reconstruire une équipe à ma façon, avec un bon mélange entre les anciennes et les jeunes pour y mettre un peu de fougue, apporter de la confiance, qu’elle soit réciproque et alors, cela devient plus facile d’exploiter son talent qu’elles ont toutes ». L’ex-joueuse de l’ASJ Soyaux-Charente a un plan bien arrêté pour 2019 « Toutes ont répondu positivement à ce que j’attendais, avec plus ou moins de talents, de réussites mais il y avait l’envie ».  Cela ne l’empêchera pas de continuer sur sa voie : « Des joueuses, il y en aura d’autres à voir. il faut ouvrir plus et ne pas sélectionner seulement celles qui viennent de l’Ol et du PSG » argumentant sur son parcours personnel, avec 121 sélections, en les ayant obtenu au sein de l’ASJ Soyaux-Charente.

Alors, qu’elles soient de « l’Olympique de Marseille, des Girondins de Bordeaux, de Soyaux, de Rodez, Guingamp, Albi » toutes les joueuses qui montrent un niveau potentiel international sont sélectionnables dans des matches « de préparation » qui ne seront pas des « matches amicaux ». L’objectif étant d’avoir une équipe de France « composée de bonnes joueuses, même si elle pourrait ne pas être constituée nécessairement des meilleures joueuses ».

Les joueuses l’ont entendu. Elle a dû souvent le répéter pendant son premier stage. Je veux de l’envie et des « joueuses qui ont les dents qui rayent le parquet tellement elles ont envie ! ». Grace Geyoro, le jeune joueuse de 20 ans, qui déjà, accompagnait Amandine Henry, avec un autre Cheval Blanc Ailé, en voyant le lancement mondial, en se disant : « A 20 ans, je suis là et la Coupe du Monde est en face de moi » se fiche complètement où jouera le PSG lors de son prochain match face à Lille.

Elle veut, à l’image des joueuses néerlandaises de 2017 (Championne d’Europe) « être toujours la meilleure à son poste ». Pour être dans cette liste de 23. Etre connue et reconnue dans le Monde. Cela elle ne le dira pas vraiment. A 20 ans, on n’a pas l’habitude de le dire. L’égo des filles n’est pas le même que celui des garçons. Mais en la poussant un peu, en rigolant, elle se dit qu’il va falloir y être, « que la réussite des Pays-bas fait envie et qu’elle a envie de vivre la même émotion » et elle ne doute pas que d’autres, auront envie dans un futur proche, elles aussi, d’y être.

Il faut dire que Corinne Diacre, grande, calme et silencieuse dans le civil, n’a pas peur d’oser. Elle le dit. Elle a grandi. Elle a muri. Elle a appris. Elle n’est pas la même qu’il y a quatre ans. Prendre ou ne plus prendre. Nommer une capitaine ou partager les rôles. Si elle pense que c’est nécessaire, elle le fera. Ne nous a-t-elle pas dit, en zone mixte : « j’ai retiré le brassard à Wendie Renard car je pense qu’elle doit se recentrer sur ses performances individuelles car elle est très en deca de ce qu’elle peut faire. ». 

Quand vous entendez cela en zone mixte. Vous vous dîtes qu’il y a quelque chose à retenir. La joueuse lyonnaise de 27 ans, au palmarès incroyable peut mal le prendre ou bien prouver le contraire. Et alors là, si c’est vrai, ce n’est pas dans les 10 meilleures FIFA qu’elle sera mais directement la première et unique meilleure joueuse mondiale.

Corinne Diacre fait passer ses messages.

En attendant, tout a été fait pour que des futures sportives et des joueuses rêvent en 2019 d’être de l’aventure de cette Coupe du Monde. Les appétits vont être aiguisés.

William Commegrain lesfeminines.fr

La Coupe du Monde aura lieu en France du 7 juin au 7 juillet 2017. Du 7 au 20 Juin, auront lieu les matches de poule. Les huitièmes auront lieu du 22 au 25 juin. Les quarts du 27 au 29 juin. Les demi se joueront à Lyon du 2 au 3 juillet. La finale pour la place de 3è, le 6 Juillet et la finale le 7 juillet au Parc OL.

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Spécialisé dans le football féminin de l'élite.