La buteuse est une espèce rare. Marquer des buts en football féminin est courant. En rater aussi. Mais être buteuse est une rareté. C’est à dire être considérée comme une fille qui, d’une balle anonyme, va la transformer en but, parce qu’elle est là et que son instinct la pousse à n’être que cela, comme on nait passeuse, capitaine, coach, arbitre ou dirigeant. Un état de soi qui vous amène à la performance quand vous réussissez, et au plus fort du doute quand l’échec est là : pas de but marqué.

Le talent de Martina Müller qui donne l’Europe à son club pour son dernier match.
— William Commegrain
Hier, en fin de journée, j’avais pensé à une joueuse française à cet égard, mais à défaut de réponse rapide, j’ai préféré ne faire cet article qu’en prenant comme exemple Martina Müller qui avait annoncé la fin de sa carrière et a joué son dernier match hier, sous les couleurs de son club, Vfl Wolfsburg, dimanche 10 mai, en marquant le seul but de Wolfsburg qui permette au double champion d’Europe (2013-2014) de prendre, sur le fil, la seconde place européenne.

Une buteuse en Or met des buts essentiels. 

Dimanche, elle offre l’Europe 2015 à son clubde cœur Wolfsburg.

Elle marque des buts pour ses derniers matches qui vont permettre à Wolfsburg de sauver une saison avec un titre et d’en construire une nouvelle. Une vraie championne.
— William Commegrain
A 35 ans, cette fille a mis pour le compte de Wolfsburg, des buts essentiels. Dimanche, sur une balle récupérée par Caroline Hansen, qui est plutôt une joueuse qui doit forcer son jeu pour ne pas tenter sa chance personnellement d’autant plus qu’elle a la qualité pour s’y exercer ; celle-ci prefère, dans un 1 contre 1 qu’elle peut essayer, glisser la balle à Martina Müller, pour que l’expérimentée allemande, en dehors de la surface, arrive à glisser une balle essentielle pour son club  à ce moment du match (relégué à la troisième place), avec un tel sang froid qu’elle est hors d’atteinte de la gardienne, ce qui sera le but égalisateur et surtout le but européen de Wolfsburg.

J’ai assez tourné sur les matches de football féminin pour savoir qu’une telle efficacité avec un tel enjeu, aussi éloignée des buts, est rare dans le football féminin.

Elle fait un doublé en Coupe d’Allemagne 2015 face à Potsdam

Ne me demandez pas qui marque pour Wolfsburg, cette saison en finale de la Coupe d’Allemagne  face à Potsdam qui a là, l’unique possibilité d’un titre (4ème de Bundesliga) ? Martina Müller qui ouvre le score à la 11′ pour faire un doublé à la 60′. Le match se terminera sur un 3-0 avec un dernier but d’Alexandra Popp. Mais « la messe était dite », par une certaine Martina Müller.

Elle redonne l’espoir à Wolfsburg face à Paris

Le second but que j’ai récemment en mémoire, c’est celui face au Paris Saint Germain en demi-finale retour de la Women’s Champions League de cette saison. Les allemandes sont présentes mais la défense parisienne l’est encore plus et le tableau d’affichage montre que Paris mène 1-0 à domicile, soit 3-0 sur l’ensemble des deux matches.

La jeune Goessling qui parait avoir un tempérament capricieux semble perdu dans cette partie et ne comprend pas pourquoi le talent allemand ne prend pas le pas sur la détermination française. Pourtant c’est le cas, et il reste 20′ de jeu pour mettre trois buts. On peut quasiment dire que c’est plié.

Sur un tir anodin des 25 mètres, qui lance son pied pour toucher cette balle et l’envoyer d’un pointu du côté opposé où elle devrait aller ?Martina Müller ! D’un tir de sa coéquipière, elle en a fait un but. Pourtant, elle venait juste de rentrer 10′ avant.

On connait le scénario. Trois minutes après, les allemandes en mettent un second. Les parisiennes tiendront au coeur face à l’armada allemande qui en 20′, ne se trouvent qu’à un but du bonheur. La qualification.

Elle donne la Coupe d’Europe à Wolfsburg en 2013.

C’est encore elle qui, face à l’Olympique Lyonnais, lors de la finale 2012-2013, marquera le pénalty sévère qui donnera à Wolfsburg, son premier titre européen (0-1) alors que l’Olympique Lyonnais a tenu offensivement toute la partie.

Elle crée l’histoire de son club au plus haut niveau : l’Europe. Partie de la Bundesliga 2, elle est la joueuse en Or de Wolfsburg et sa buteuse.
— William Commegrain
Il faut marquer un tel pénalty. Il faut que les joueuses vous laissent le tirer. Il faut que le coach sache que c’est Vous qui le mettrez. Il faut beaucoup de choses pour être une buteuse en OR.

Rien de plus à dire.

Cette fille est une buteuse en Or. Elle arrête sa carrière, en faisant une saison 2015 exceptionnelle pour elle et son club. Elle est là aux moments essentiels, dans cette surface, pour « sans savoir comment », « sans se poser la question du pourquoi », mais pour mettre le ou les buts qui feront la Victoire.

Elles sont rares les buteuses. Martina Muller en fait partie. Dommage qu’elle arrête.

William Commegrain lesfeminines.fr

  • Bio :
  • 35 ans
  • Est allée à Wolfsburg alors que le club descendait en Bundesliga 2 en 2005. Venue de l’ancien club de Francfort et ensuite SC 07 Bad Neuenahr.
  • Championne du Monde en 2003 et 2007
  • Championne d’Europe en 2001 et 2009
  • Bronze en 2004 aux JO
  • Ligue des Champions en 2013 et 2014
  • 100 sélections, 37 buts.

uefa-
Previous post

Finale Women's Champions League. En savoir un peu plus sur l'UEFA et son règlement de la finale

Les "bleues" se réunissent à Clarefontaine. Crédit fff. Lesfeminines.fr
Next post

France - Les Bleues se retrouvent dans leur résidence secondaire à Clairefontaine

william Commegrain

william Commegrain

Spécialisé dans le football féminin de l'élite.