Finale de la Coupe de France 2018: Paris danse sous la pluie. Rarement une finale de Coupe de France aura fait couler autant d’encre : une équipe parisienne sans entraîneur, un but superbe de son attaquante Katoto, un orage dantesque sur La Meinau, une arbitre qui interrompt le match, ordonne sa reprise une heure après, refuse un but
lyonnais valable à la 93’…

Rideau sur cette saison 2017-2018, qui s’achève sur un faux pas lyonnais et le rêve devenu réalité des Parisiennes.

Maintenant la fièvre est retombée sur ce match, commencé le 31 mai, terminé le 1 er juin, dans une nuit strasbourgeoise tropicale, orageuse, où des trombes d’eau se seront abattues sur la Meinau. Tout le monde est rentré chez soi, Parisiennes, Lyonnaises, en vacances pour les unes, à la retraite pour les autres.

L’Olympique Lyonnais digère sa défaite, décide de ne plus porter réclamation contre ce match, peut-être consolé par la création du futur Trophée des Champions féminins, opposant le vainqueur du championnat au vainqueur de la Coupe de France. Cette première affiche se tiendra donc au cœur de l’été, entre Lyon et Paris. Elle aura des airs de consolation. Espérons que le temps sera de la partie.

Moins une victoire parisienne qu’une défaite lyonnaise

Maintenant que la fièvre est tombée. Tête froide, on regarde derrière son épaule.
Côté parisien, on savoure ce trophée enfin brandi à bout de bras. Cadeau d’adieu à Laure Boulleau. Il s’était dérobé tant de fois aux Parisiennes, de la plus cruelle des façons.

La dernière en date, l’année dernière, aux tirs au but.

Côté lyonnais on la met en sourdine. Ni les intempéries, ni les décisions arbitrales 1 n’auraient défait les filles de Pedros, si dans leurs jambes, leur jeu, leurs attitudes, il y avait eu l’envie, si au cœur de leur organisation, il y avait eu Marozsan !

La meilleure joueuse UNFP et de la FFF depuis deux saisons était bien sûr titulaire, mais depuis quelques mois, son influence sur le jeu se résume à quelques passes lumineuses, des éclairs de génie. Par intermittence. Jeudi soir, face à la colère de Zeus qui lacérait le ciel strasbourgeois, Marozsan avait décroché …Oui, les conditions étaient cataclysmiques. Oui, le but refusé à Hegerberg, au bout du bout (93’) est une douloureuse erreur d’arbitrage. Oui, le peuple lyonnais peut crier au scandale. On peut se repasser les images encore et encore, pour invariablement aboutir à cette conclusion (merci à Erwan Chapel‏ @Air1_16 de l’avoir résumée de manière si limpide):

1) Hermoso (PSG) balance Henry (OL)
2) Delie (PSG) ceinture Buchanan (OL)
3) Erika (PSG) tient Renard (OL)

4) Renard (OL) se dégage proprement
5) Erika (PSG) désorientée gêne Endler (PSG)
6) Tête de M’Bock (OL)
7) Tête d’Hegerberg (OL)
8) L’arbitre siffle faute d’Erika (PSG) sur Endler (PSG)
9) But

Wendie Renard l’a dit sans détour « On a été volées ». Volées d’un but, d’une prolongation, d’un espoir, on l’admet. Volées d’une victoire, on l’admet moins.

Paris n’a pas volé sa victoire. La capitaine fenotte a ajouté : « L’année prochaine on reviendra plus fort ». Revenir plus fort ! Plus fort qu’un douzième titre de championnes de France, d’un cinquième de championnes d’Europe ? Plus fort que les 53 buts d’Ada Hegerberg toutes compétition confondues ? Plus fortes qu’une saison qui n’aura essuyé qu’une seule défaite (certes en finale) et deux matchs nuls ?

Capitaine Renard ne porte pas son brassard pour rien. Sa formation, elle la connaît sur le bout des crampons. De septembre à mars, mise en orbite. Les Lyonnaises ont piétiné tout ce qui se présentait à leur vue, en championnat, en Women’s Champions League (demandez aux Polonaises du Medyk Konin et aux Kazakh du BIIK Kazygurt ce qu’elles ont pensé respectivement de leur 14 et 16-0 en cumulé).

Après mars, traditionnellement, tout devient plus compliqué. La fatigue, les blessures, les matchs de coupe plus relevés. L’implacable mécanique offensive lyonnaise s’est mise cahoter. Combien de matchs avec 1 but à 0 à peine en fin de première mi-temps ?

La Women’s Champions League est le meilleur des révélateurs. Quart, demi-finale, on monte en gamme. Que cette demi-finale retour contre Manchester City fut étouffante! Dans quel état serions-nous si Lucy Bronze n’avait pas eu l’excellente idée de marquer contre ses anciennes coéquipières ?

Capitaine Renard le sait, le triomphe contre Wolfsburg, l’écrasement en règle de Marseille ne doivent pas faire oublier ce gâchis offensif. Dominer n’est pas gagner. Anatomie d’une inefficacité lyonnaise.

Certains matchs font effet loupe. Cette finale de coupe de France, ce but de Marie-Antoinette Katoto. Il aura fallu une occasion à l’attaquante parisienne. Une seule. Combien de mouvements, d’appels, de centres ratés, de frappes écrasées lyonnaises pour rien ?

La fièvre est tombée sur cette finale un peu étrange, où rien ne tournait rond, pas même le ballon sur cette pelouse éponge. Abily, Thomis, Petit, Bouleau ont tiré pour toujours leur révérence. Dans la revue de tweets post match, celui-ci, de @N_um_A : “Je vais me faire des ennemi(e)s mais je me fais chier devant le foot féminin… #PSGOL.”

Cher @N_um_A, peu de matchs de football, rugby, cricket, que sais-je, joués sous une pluie écossaise auront marqué l’histoire de leur discipline. Ce n’est ni une question d’hommes, ni de femmes. Ce match-ci est au contraire riche d’enseignements.

Les Lyonnaises demeurent ce rouleau compresseur qui, la saison prochaine terrorisera les petites nouvelles, Les Messines, les Dijonaises. Les autres, Parisiennes, Montpelliéraines, fourbissent déjà leurs armes, prêtes à exploiter les errements offensifs lyonnais.

Tenter un coup. L’exemple parisien va faire rêver bien des cervelles ambitieuses.

Lyonnaises, il est bon de se faire surprendre parfois. Mais une fois, une fois seulement.

Camille Cordouan pour les feminines.fr