Le Tennis a su s’organiser pour devenir un produit médiatisé, démarrant de la ligne du zéro en 1980 pour être ce qu’ils sont en 2020. A l’évidence, le football féminin va devoir le faire. Quatre tournois différents à la même date ! C’est “du grand n’importe quoi !”

Les historiques Cyprius Cup avec 10 équipes européennes sur douze pour cette édition et l’Algarve se complétaient à merveille. L’Algarve ayant la priorité des meilleures nations, Chypre recevant les autres ou celles du Top Ten qui désiraient des oppositions moins fortes avant l’été, période de compétitions internationales à venir (Euro, JO, Mondial). La SheBelievesCup est venue perturber cette organisation en proposant une autre concurrence, du plus haut niveau avec ce qui peut être considéré comme le Top 5 mondial.

On est à trois tournois aux mêmes dates. Esprit “colonie de vacances” pour les joueuses. Et pour les téléspectateurs ou spectateurs – réseaux sociaux compris – qui va suivre les trois compétitions en dehors des aficionados – pas si nombreux – au regard du mass market féminin ?

Tout cela ne porte pas encore à confusion car chaque nation va se contenter de suivre les évolutions de leurs couleurs dans un tournoi, mais ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas Demain.

L’UEFA doit profiter de son leadeurship.

Le football féminin doit passer par des rendez-vous trimestriels de qualité s’il veut trouver une cible intéressée, suiveuse et grandissante. Cela passe par des RDV à enjeu avec les équipes nationales.

Le rapport à l’intérêt est au minimum dix fois plus important pour l’équipe nationale, en terme d’audience et de spectateurs, qu’il ne l’est pour un club. Le record pour l’EDF est de 5 millions pour le quart de finale du mondial 2015 face à l’Allemagne. Celui pour l’OL est d’ 1 million avec la finale européenne de 2016 grâce aux tirs au but en faveur des filles de Jean-Michel Aulas face au Vfl Wolfsburg, qui est venu récupérer le 20h00, après avoir commencé à 18h00. RDV quotidien du volume devant l’écran.

Si l’écart a été de 1 à 5 pour ces records, il est bien celui de 1 à 10 quand les échéances sont moins lourdes de conséquence.

Une UEFA novatrice pour les hommes.

L’UEFA vient de créer une Nation League novatrice pour se substituer aux matches amicaux des hommes, tout en lui donnant un enjeu avec quatre places directement qualificatives pour l’Euro à venir. Si cette réflexion puis action sont venues pour les équipes nationales alors que le produit masculin est déjà très médiatisé au niveau des clubs, c’est que les raisons ont été, certainement diverses et variées mais assez fortes, pour construire une nouvelle compétition auprès des équipes nationales dans un calendrier déjà très structuré.

Alors on a du mal à comprendre que le raisonnement ne se soit pas appliquée à la gente féminine, d’autant que l’équipe nationale est la source essentielle de public et d’audience et que dans ces tournois féminins, c’est surtout l’UEFA qui se déplace et qui compose les groupes.

La Cyprius Cup compte dix équipes européennes sur douze. L’Algarve, sept sur douze. Et la SheBelievesCup, trois sur quatre. Soit vingt équipes européennes sur vingt huit participantes. Cinq équipes pour l’Asie, deux pour la Concacaf, une pour l’Afrique et aucune pour l’Amérique du Sud.

L’UEFA, fer de lance, doit proposer un produit nouveau pour les équipes nationales féminines.

Construire une médiatisation mondialisée, avec des tournois répartis dans un calendrier.

Le football féminin international en est certes à ses premiers balbutiements, dans un environnement où la compétition n’est déjà plus la seule solution. Dans la période à venir 2020-2050, elle n’aura de raisons d’être, comme un couple, qu’avec son pendant : la médiatisation.

Déjà maintenant, l’objectif de médiatisation est aussi fort que celui de la compétition, en partant de l’idée que ce qui sera télévisé sera aimé. On le voit à travers toutes les décisions structurelles prises par les fédérations avec une médiatisation sur-dimensionnée en comparaison de l’intérêt sportif dans le but de déclencher un phénomène porteur.

Le football féminin n’est porteur, à l’inverse du football masculin dont l’intérêt se porte sur les clubs, que pour les équipes nationales. Tant pour l’image de ce sport que pour les joueuses. Une Pernille Harder a explosé en Europe avec l’Euro 2017 et pas avec le Vfl Wolfsburg, hors les aficionados locaux. Et on pourrait multiplier les exemples à foison, pour tous les pays.

Pour un produit mondial comme le football – le plus mondialisé – on ne comprend vraiment pas alors pour quelles raisons le football féminin n’organise pas un calendrier des tournois pour les équipes nationales aujourd’hui, quand demain, il sera bien trop tard et difficile pour le faire !

Faire une ligue mondiale des équipes féminines dans trois zones mondialisées.

Suivre une équipe nationale, son équipe, à travers trois tournois mondialisés dans l’année, à des dates calibrées. Face aux autres. Voilà ce qui va faire connaître le football féminin.

Constituer trois niveaux (A-B-C) avec trois tournois labellisés “Grand Chelem”. Fait de quatre équipes pour respecter la force des matches tous les trois jours. Trois lieux dans trois zones continentales distinctes pour une audience continentale.

Chaque zone recevant les trois niveaux mais à des dates différentes. La zone 1, prenant les quatre meilleurs en Octobre (niveau A), Les quatre suivantes en Janvier (niveau B) et les quatre dernières du Top 12 en mars (niveau C). Douze équipes pour chaque zone, soit neuf matches homogènes du Top 12 mondial à voir sur un continent. Un engagement sur trois ans. Chaque zone démarrant avec un groupe de valeur différente par année. Un produit médiatisé par continent et une présence continue sur l’année n’occupant que trois des six semaines FIFA/UEFA habituelles. Le reste ouvert à des matches amicaux.

Le même planning, organisé et vu autrement.

Douze, cela n’en fait pas trente me diront les passionné.es de la calculette. Faisant les mêmes propositions à des lieux satellites pour les dix-huit équipes autres. Enfin, on verra du football féminin de haut niveau, homogène, trois fois dans l’année dans un esprit de compétition, sur tous les continents.

Voilà des RDV pérennes et continus avec le football féminin. Du meilleur niveau. Dans des rencontres homogènes. Ce qui plaît aux spectateurs, téléspectateurs, aux médias, aux joueuses évaluées et évaluables face des oppositions de même niveau et en conséquence aux sponsors, adeptes du Monde qui aime l’inconnu du résultat sportif.

Pour mémoire, en Allemagne fer de lance historique du nombre de spectateurs, le dernier “Bayern de Munich – Essen” – après la trêve de deux mois allemande – s’est joué devant 245 spectateurs le 18 février 2018. Paris Fc – Guingamp n’a réuni que 161 spectateurs ! Seuls le Paris Saint Germain et l’OL arrivent au millier pour le premier et aux millier(s) pour le second. Cela laisse rêveur.

La carte des clubs a ses solutions pour créer de l’audience et des spectateurs mais elle ne peut pas être traîtée avec le même raisonnement que pour les hommes, dans une voie classique et sans innovation.

Celles des équipes nationales est le bon support aujourd’hui. Elles jouent devant cinq mille à trente mille spectateurs. Rien à voir. Les chiffres sont identiques en France et en Europe. A l’exception des Etats-Unis. Le football féminin et sa crédibilité passe d’abord par les équipes nationales. Et cela, soulagera bien les clubs.

En attendant, quatre tournois différents en mars, puis plus rien. Une ineptie en terme de médiatisation.

William Commegrain lesfeminines.fr

Sinon : L’équipe de France B va jouer devant le Kosovo (97), le Kazakstan (67) et la Roumanie (39) dans un tournoi “éducatif”. La Turkish Women’s Cup – Alanya . Comment évaluer les joueuses françaises pour la Coupe du Monde 2019, alors que la Pologne (30), Irlande du Nord (55), Mexique (24), Ukraine (27) sont disponibles.

Cyprius Cup : Pays de Galles (35), Finlande (28), Italie (17), Suisse (17) – République Tchèque (34), Espagne (13), Autriche (21), Belgique (22) – Hongrie (43), Slovaquie (47), Afrique du Sud (54), Corée du Nord (11) –

Algarve Cup : Australie (4), Norvège (14), Chine (16), Portugal (38) – Canada (5), Suède (10), Corée du Sud (14), Russie (25) – Pays-Bas (7), Japon (9), Danemark (12), Islande (20).

ShebelievesCup : Etats-Unis (1er FIFA), Allemagne (2), Angleterre (3), France (6).