Les anglais sont des gens à part. Ils avaient une femme, Mo Marley, reconnue et identifiée par tous pour remplacer Mark Sampson. Depuis 2001 en charge des U19-U20 comme d’Everton, au même moment, et ils nous sortent Phil Neville (41 ans, ex-Everton), 18 ans de professionnalisme et 57 sélections avec les 3 Lions à la tête de l’équipe nationale féminine. Sans coaching de haut niveau et sans expérience chez les féminines.

De la même manière, voilà que la FA WSL crée, à grandes pompes, un championnat totalement professionnel avec un budget très bas. Au minimum de 450.000 €. Grosso modo, le budget d’une D2F française qui veut monter en D1F. Surprenant quand on sait que les clubs professionnels anglais perçoivent des droits TV qui leur donnent 100 millions de £ au dernier de la Premier League (Sunderland en 2016-2017), soit le budget total du 4e de notre Ligue 1.

Le championnat anglais passe au tout professionnel.

La fédération anglaise a décidé d’accélérer le mouvement et de forcer tous les clubs de la FA WSL1 à passer leurs joueuses en contrat professionnel et à présenter un budget minimal estimé à 450 000 € annuels avec un système de franchise ouvert à un maximum de 14 équipes au niveau 1 et 12 équipes au niveau 2.

Conséquences de cette décision annoncée au tout début de la saison 2017/18, les montées et descentes entre la FA WSL 1 et FA WSL 2 ont été annulées. Pas de relégation de l’équipe la plus mauvaise de FA WSL 1 et pas de montée pour le champion de FA WSL 2. Les équipes en lutte pour la montée ont été dépitées et en particulier leurs joueuses qui ont fait passer le message sur les réseaux sociaux.

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Classement FASWL 2 au 31 janvier 2018. crédit lesfeminines.fr

Classement FASWL 1 au 31 janvier 2018. crédit lesfeminines.fr

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Classement FA WSL2 au 31 janvier 2018. Crédit lesfeminines.fr

Classement FA WSL2 au 31 janvier 2018. Crédit lesfeminines.fr

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La franchise anglaise en toute franchise : une “D1” quasiment complète (10 sur 14) et une “D2” à compléter (7 sur 12)

Apres une première phase d’enchères ouvertes aux 20 clubs de FA WSL 1 (10 clubs) et 2 (10 autres clubs), la fédération anglaise a attribué 17 licences au total sur un volume maximum de 26. Dix pour le niveau 1 et sept pour le niveau 2.

Trois équipes ont décidé d’aller dans une autre voie :

  • Watford Ladies (FA WSL  2) qui s’est retirée car l’équipe masculine n’a pas voulu financer une nouvelle licence à la grande surprise de l’équipe féminine. En effet, un nouvel entraineur était arrivé en Janvier 2017 et avait recruté des joueuses avec la promesse de se présenter pour le niveau 1. Au bout du compte Watford Ladies va descendre en régional aux niveaux 3 ou 4 à définir par la fédération anglaise.
  • Oxford Ladies (FA WSL 2) ne s’est pas présentée non plus, mais espère revenir au deuxième tour en Mars. En effet, la Fédération Anglaise ouvre son championnat professionnel à toutes les équipes qui ont une section féminine cette saison à un niveau inférieur à la FA WSL, donc en particulier les équipes de la FA WPL au niveau 3 et 4.
  • C’est la même situation pour l’équipe de FA WSL 1, Sunderland Ladies, au plus haut niveau qui avait déjà annoncé l’année dernière son retour au modèle semi-professionnel pour des raisons financières, car la section masculine est endettée à hauteur de  140 M€ et se bat pour survivre. Sunderland espère donc, tout comme Oxford, trouver un apport frais d’argent et un partenaire pour créer une nouvelle structure qui permettra de faire une demande de licence au mois de Mars.

Enfin, les nouveaux championnats à partir de 2018/19 auront un nouveau nom pour des raisons de marketing.

La FA est très open !

Comme dans tous les championnats européens où les fédérations construisent grands pour des équipes qui sont “condamnées” à être “petites soeurs” des équipes professionnelles masculines, la Fédération Anglaise ouvre aussi son championnat professionnel à tous les clubs qui ont des équipes de jeunes sans avoir d’équipes seniors.

Mais quel intérêt me direz-vous ? Eh bien, il y a un club anglais de Premier League, Southampton FC, qui a une section féminine dans son académie jusqu’en U20, c’est-à-dire au niveau des équipes réserves. Il y a également un club qui a une structure qui s’arrête à l’équipe u16. C’est un très grand club de Premier League à qui la Fédération Anglaise fait les yeux doux depuis des années. Ce club est Manchester United.

Il serait étonnant qu’United demande une licence car l’équipe féminine a été supprimée depuis une dizaine d’année. Elle ne reportait pas d’argent et donc était considérée comme inutile. Et il ne semble pas que les propriétaires actuels aient change d’avis.

The New FA WSL en 2018-2019 pour la Coupe du Monde en France.

Cette construction entre dans l’objectif de la Coupe du Monde 2019 en France avec une équipe anglaise classée 3e FIFA. Jamais encore arrivée à ce niveau international. Troisième de la dernière Coupe du Monde au Canada (2015), avec un passé correct de finalistes de l’Euro en 1984 et 2009 et participante aux JO sous l’emblème du Royaume-Uni.

Au jeu des franchises, on voit des équipes de niveau inférieur prendre une place au niveau supérieur. Elle a une garantie, c’est de ne pas redescendre puisque les franchises ne peuvent être destituées que pour des raisons financières (dépôt de bilan), une volonté de la franchise de se retirer mais pas pour des raisons sportives.

On voit donc une équipe de N3 postuler à la N1. Pour quel intérêt sportif (avec quelles joueuses) et surtout structurel ? Le staff, la structure du club sont des éléments clés pour jouer au très haut niveau d’une division d’élite dans un championnat qui se veut ou qui doit (3e Fifa) être concurrentiel sur le plan européen.

Les divisions seront les suivantes à ce jour :

  • Niveau 1 – 14 équipes maximum, 10 équipes déjà sélectionnées  ligue 100% professionnelle
  • Manchester City (1), Chelsea (2), Liverpool (3), Arsenal (4), Birmingham (5), Reading (6), Bristol City (8), Everton (9), Yeovil (10) et Brighton 4eme en FA WSL 2 à ce jour. Southampton ne s’est pas présenté.
  • Candidats déclarés : 9eme en 3eme Division pour le moment, West Ham qui amènerait un budget de 1M€.  !
  • Candidats potentiels : Southampton FC, Manchester United FC

Le niveau 2, semi-professionnel, attire plus car il correspond à la situation actuelle du football féminin de l’élite anglaise. Les candidats de niveau 3 et 4 sont plus nombreux avec la même garantie de ne pas descendre. Seul un club de la division inférieure pourra monter.

  • Niveau 2 – 12 équipes maximum, 7 équipes déjà sélectionnées ligue semi-professionnelle
  • Doncaster (1), Millwall (2), Durham (3), Sheffield FC Ladies (6), London Bees (7), Tottenham (8), Aston Villa (9). Rappel Oxford et Watford n’ont pas présenté de dossiers quand Brighton va passer en niveau 1.
  • Candidats déclarés de niveau 3 et 4 : Charton, C&K Basildon, Crystal Palace, Derby, Sheffield United
  • Candidats potentiels : des équipes de niveau 3 et 4 se préparent à demander une licence mais il n’y en aura pas pour tout le monde car il ne reste que cinq places disponibles.

Il existe une promotion pour le niveau 2 pour le champion du niveau 3 la FA WPL. Il y aura un barrage en Mai entre le Champion de la Division Sud et le champion de la Division Nord et le vainqueur aura le droit de demander une licence pour le nouveau championnat de Niveau 2. Par conséquent, la Fédération Anglaise n’annoncera les nouvelles licences qu’en Juin afin de pouvoir réattribuer une licence qui aurait été déjà accordée  au champion de la FA WPL.

Bilan : j’y suis, j’y reste. 

Le nouveau championnat anglais devrait être composé de 11 ou 12 équipes toutes professionnelles. L’enjeu sera d’y être puisqu’on pourra y rester. Le mercato d’été sera sans doute très mouvementé en interne. Avec le budget énoncé, les joueuses étrangères de haut niveau ne seront pas légions (d’autres propositions plus intéressantes) et l’intérêt sportif sera limité. En effet, comme dans tous les championnats féminins, la course au titre est souvent acquise ou disputé en deux à trois équipes. En retirant la course au maintien, on perd en terme d’intérêt sportif.

A l’inverse, cela peut donner un intérêt en terme de spectacles. Ce qui est une des clés du succès du football féminin pour avoir du public. Sans enjeu, les équipes vont se livrer à l’image de ce qui se fait aux Etats-Unis et qui rencontre un certain succès justifiant d’une autonomie.

Il y aura  des joueuses de FA WSL 1 et 2 qui tenteront de se faire recruter par les équipes pros et des joueuses qui redescendront dans les divisions inférieures ou arrêteront car elles ne peuvent se permettre de passer pro.

Par exemple, la capitaine de Yeovil (10e actuel de la FA WSL 1 sur 10) Ellie Curson vient de quitter le club, car elle va se concentrer sur son métier d’enseignante et ne peut pas continuer au plus haut niveau. La même chose est arrivée pour la capitaine d’Everton (9e de la FA WSL 1) Michelle Hinnigan qui a dû quitter le club après 16 ans de présence car elle a préféré se consacrer à son métier de professeur plutôt que passer professionnelle.

L’intérêt pour les clubs sera d’y être avec la garantie d’y rester. Pour le reste, c’est pour l’instant l’inconnu. Les clubs anglais ont des moyens, voudront-ils les investir sur le football féminin ? Ce n’est pas une histoire de montant, cela risque d’être une histoire d’intérêt. Et aujourd’hui, l’intérêt sportif européen, c’est de vouloir dépasser l’Olympique Lyonnais pour avoir le seul graal qui justifie actuellement un investissement et son retour : une série gagnante de la Coupe d’Europe féminine.

Dans cet univers, trois gros clubs feront tourner l’équipe nationale anglaise qui a très peu de joueuses évoluant à l’étranger comme Lucy Bronze (Olympique Lyonnais) avec un budget de 2 millions de £. La FA ayant néanmoins prévu une montée en puissance avec des franchises qui devront augmenter leur budget à 500 et 600.000 £ les saisons suivantes.

Pour rappel, l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint Germain tournent sur des budgets bien supérieurs à 6 millions d’euros et les autres clubs de la D1F françaises sont bien supérieurs aux minimas anglais. Les matches anglais sont repris par la TV comme ceux de la D1F le sont par Eurosport, France TV et C8 pour l’Equipe de France.

En fait, le football féminin ne se décide pas, en terme de performances pour l’équipe nationale, au niveau des salaires reçus. Il y a bien d’autres ingrédients.

Sylvain Jamet avec des interventions de William Commegrain